Musique classique - Une retrospective d'un genre nouveau

Le 31 décembre au soir, Radio-Canada faisait une place inaccoutumée à la musique classique, avec l'émission 2007 en rappel. Quels enseignements en tirer? Comment les néophytes pourront-ils prolonger à domicile les émotions et découvertes musicales de cette soirée pas comme les autres?

Avec 2007 en rappel, la télévision de Radio-Canada prenait un risque non négligeable: celui du «culturel» et de l'exigence dans le créneau horaire si stratégique de l'accès aux heures de grande écoute (l'access prime-time, en langage technique).

L'objectif était de créer une revue de l'année d'un genre nouveau, la musique classique remplaçant la narration. «Le poids des mots, le choc des photos», slogan de l'hebdomadaire français Paris-Match, devenait, le temps d'un soir à Radio-Canada: «L'émotion de la musique, la force des images».

La première surprise de cette expérience, qui a attiré 337 000 téléspectateurs au total de ses deux diffusions (lundi et mardi), était la part visuelle dévolue au chef et à l'orchestre. De visu, il s'agissait au moins autant d'un concert de musique classique illustré par des images de l'actualité que d'une revue de l'année 2007 habillée par de la musique plutôt que par des commentaires.

Le pari n'en était que plus risqué, puisque même sur des chaînes nationales à forte tradition culturelle (par exemple ZDF en Allemagne) le «concert de la Saint-Sylvestre» (en l'occurrence celui du Philharmonique de Berlin) est diffusé plutôt vers 17h30 ou 18h.

Comme Titi et Grosminet

Ce n'est pas le lieu ici de commenter les choix éditoriaux, notamment au chapitre de l'appariement d'images marquantes et anecdotiques. En tout cas, en ce qui concerne la musique, le sujet a été fort bien pensé: oeuvres faciles d'écoute, orchestre très bien préparé par Yannick Nézet-Séguin, dont l'image passe impeccablement à l'écran.

Le précieux avantage de 2007 en rappel aura été de donner l'inestimable chance de mettre en contact avec la musique classique, au prétexte de la «revue de l'année», des spectateurs qui n'en écoutent pas de prime abord. Jadis, ce «contact passif» avec le classique était assez naturel: écoutez par exemple les bandes sonores de nombreux dessins animés, comme celui avec Titi et Grosminet...

Peut-être avez-vous ressenti lundi un coup de foudre musical inattendu. Alors, si vous voulez retrouver ces émotions musicales chez vous, voici, en reprenant l'articulation de 2007 en rappel, le menu de la soirée et quelques conseils d'achat.

- La vie des hommes. Prokofiev: Danse des chevaliers, tirée de Roméo et Juliette. Le CD de Michael Tilson Thomas chez RCA est parfait et peu onéreux.

- Le meilleur... Extraits des Symphonies n° 7 et n° 9 de Beethoven. La 9e Symphonie par Ferenc Fricsay (DG) ou Osmo Vänskä (Bis), la Septième par Carlos Kleiber (DG). Très belle intégrale à très bon prix: Blomstedt (Brilliant).

- Images de l'année. Holst: Mars et Jupiter, extraits de The Planets. Karajan (DG) ou Dutoit avec l'OSM (Decca).

- Le pire... Tchaïkovski: 4e mouvement de la Symphonie «Pathétique». Les Symphonies n° 4 à 6 par Evgueni Mravinski chez DG.

- Drôle de vie. La drôlerie s'est logée jusque dans le titre apposé sur l'écran: Tableaux d'une exposition de «Boris Godounov Moussorgski». Le compositeur se prénomme toujours Modest et les versions Muti (EMI) ou Ormandy (Sony) de son oeuvre-phare orchestrée par Ravel sont somptueuses.

- Notre planète. Stokowski: orchestrations de La Cathédrale engloutie de Debussy et de Didon et Énée de Purcell. D'intéressants enregistrements des transcriptions du chef Leopold Stokowski ont été réalisés par José Serebrier (Naxos), Leonard Slatkin et Matthias Bammert (Chandos) et Wolfgang Sawallisch (EMI).

Collaborateur du Devoir

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