Musique classique - Ashkenazy, Barenboïm et Zimerman au rendez-vous de Beethoven

Étrange hasard des calendriers: en l'espace d'un mois ont paru trois intégrales en DVD des Concertos pour piano de Ludwig van Beethoven. Et pas n'importe lesquelles...

Trois monstres sacrés du piano, Vladimir Ashkenazy, Daniel Barenboïm et Krystian Zimerman, se frottent au pilier du répertoire que sont les concertos de Beethoven. Les approches esthétiques tout comme les produits qui les documentent sont très différents.

«Pour la première fois en vidéo», mentionne Decca en présentant l'intégrale Ashkenazy-Haitink. En fait, il s'agit de véritables archives, puisque les films ont été tournés par la BBC lors d'une intégrale donnée par les deux musiciens à Londres en 1974. Cette parution rend justice à Vladimir Ashkenazy, dont l'intégrale sur disques avec Georg Solti n'a pas marqué les esprits, et pour cause: la mésentente entre le chef et le pianiste était aussi notoire que patente. Avec Haitink, plus fin dans ses dosages dynamiques et plus patient dans sa manière de sculpter les phrases, l'entente est de toute évidence meilleure, comme en témoigne notamment un remarquable 3e Concerto.

L'approche pianistique reste cependant un peu carrée, plus solide que poétique et inspirée. L'avantage en est l'absence de licences interprétatives; le handicap, l'absence de vrais frissons, que le son monophonique assez étroit et des cadrages ennuyeux n'aident d'ailleurs pas à éprouver. Vraiment, la grande intégrale Ashkenazy de ces concertos est celle — fort méconnue et sous-estimée — réalisée pour Decca à Vienne avec Zubin Mehta au tournant des années 80.

En l'honneur de Bernstein

Le ton change avec Leonard Bernstein à Vienne. De petites inflexions parcourent le discours orchestral. Au rigorisme d'Ashkenazy-Haitink succède l'hédonisme de Krystian Zimerman et du chef américain. Il s'agit là de témoignages parmi les derniers de Bernstein avec le Philharmonique de Vienne, cet orchestre qui l'adulait. Bernstein mourut avant l'enregistrement des Concertos n° 1 et n° 2, que Zimerman, en hommage, dirigea du clavier, un exercice auquel il n'était pas encore aguerri. Il faut noter la volonté de Zimerman de préserver la cohérence stylistique d'une intégrale marquée par une invention rythmique et sonore perpétuelle: à chaque mesure il peut tout arriver. Tout n'est pas d'une réussite égale. Ainsi, le concerto L'Empereur est plus convaincant que le 4e Concerto, un peu surjoué.

Mais pour ceux qui ont déjà une ou plusieurs intégrales en disque, ces DVD bien filmés et bien enregistrés présentent une source d'inspiration et de découvertes.

Le magicien de notre temps

Comme toujours, les DVD de Daniel Barenboïm n'ont rien à voir avec la production courante actuelle. Les documents récents (mai 2007) possèdent une évidente plus-value technique, malgré le soin apporté (en 1990, 1991 et 1994) aux enregistrements de Zimerman à Vienne. L'image 16/9 est digne de la haute définition et le son DTS multicanal est (presque) un régal.

Quant à la musique, elle surfe sur l'état de grâce qui marque la plupart des interprétations de Barenboïm ces dernières années. En symbiose totale avec son orchestre, la Staatskapelle de Berlin, qu'il a amené à un niveau de qualité éblouissant, Barenboïm livre, en concert, une intégrale d'une sensibilité à fleur de peau, faisant alterner la fougue et la plus extrême finesse. Comme dans la direction musicale de Bernstein, la surprise peut venir à chaque mesure, par un accent, une idée, un toucher allégé.

Presque un régal, disais-je: il est en effet dommage que la mécanique du piano (étouffoirs) fasse autant de bruit. Mais musicalement, ces DVD vous permettront de vivre à domicile de très grands frissons.

- DVD parus

Ashkenazy Haitink (1974). Decca, deux DVD 074 3214.

- Recommandé

Zimerman-Bernstein (1990-1994). DG deux DVD 073 4269.

- Notre choix: Barenboïm (2007). EuroArts 205 6778 (Naxos).

Collaborateur du Devoir

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