Vitrine du disque

Country pop

DUETS

FRIENDS & LEGENDS

Anne Murray et invités

EM

Anne Murray est une institution canadienne, l'idée même qu'on se fait du Canada anglais le dimanche soir en janvier: un feu de foyer ne crépitant pas trop fort. Imaginez la 401 sur le «cruise control», direction Toronto. Gare à la somnolence.

En quelque 40 ans de chanson country-pop, la chanteuse de la Nouvelle-Écosse donne l'impression d'avoir servi tout son répertoire sur la même note, sans saillie ni aspérité. Réductrice perception? À lire les témoignages de ses soeurs de chanson dans le livret de cet album de duos, on le croirait. D'Emmylou Harris à Carole King, de Shania Twain à k.d. Lang, de Martina McBride à Céline Dion, des Indigo Girls à Isabelle Boulay, toutes sont éperdues d'admiration pour la dame, plusieurs ont grandi en l'écoutant, et toutes ont accouru pour chanter en sa compagnie. Notre vieille certitude en vacille sur son socle: la vérité est que le timbre chaud et grave d'Anne Murray se marie plus qu'agréablement à tous les autres, et que les réussites abondent. Mieux, Cotton Jenny, avec Olivia Newton-John, et You Won't See Me, reprise des Beatles avec Shelby Lynne, rappellent qu'Anne Murray s'est un jour déhanchée. Yes 'mam.
Sylvain Cormier

Classique
CHAUSSON
Poème de l'amour et de la mer. Deux mélodies de l'opus 2. Duparc: Mélodies. Jean-François Lapointe (baryton), Louise-André Baril (piano). Analekta AN 29924.
C'est avec plus de deux mois de retard sur sa date de commercialisation que nous est arrivé ce disque de Jean-François Lapointe, l'un de ces musiciens québécois davantage reconnus à l'étranger que chez eux. Lapointe a entrepris l'an dernier pour Analekta l'enregistrement d'une série de disques consacrés à la mélodie française. Un tel projet est également en cours chez XXI Productions, avec Marc Boucher. J'ai un petit faible pour les prestations de Boucher, car certaines choses me gênent dans l'expression vocale de Lapointe. Parmi ses atouts il y a le timbre, très plein, la connaissance du style, l'absence de préciosité, la façon de faire vivre les mots et la beauté de certaines nuances piano. Le gros défaut à mes oreilles est un resserrement, une crispation de la voix, accompagnée d'une certaine nasalisation, dans les nuances forte (cf. «Toi que transfiguraient la jeunesse et l'amour», dès la première mélodie) et des couleurs moins riches dans le registre grave. Chacun y sera plus ou moins sensible. Personnellement, j'ai beaucoup de mal...
Christophe Huss

Classique
MEDTNER
Oeuvres pour violon et piano (volume 1). Sonate n° 3 «Épique». Trois Nocturnes op. 16. Conte de fées. Laurence Kayaleh (violon), Paul Stewart (piano). Naxos 8.570 298.
Naxos est devenu discrètement mais sûrement l'un des plus grands promoteurs de musique classique «made in» Canada. L'étiquette de Hong Kong a enregistré Luc Beauséjour, Jean-Philippe Tremblay, sans compter les disques du Torontois Kevin Mallon et bien d'autres. Voici la violoniste Laurence Kayaleh, associée au pianiste Paul Stewart et captée à la salle Pollack en décembre 2006. Maintenant que l'École de musique Schulich s'est dotée d'une vraie salle d'enregistrement dans le sous-sol du bâtiment inauguré en 2006, Montréal deviendra peut-être un centre artistique au service du label le plus prolifique du monde... En tout cas, ce disque très convaincant est à la fois une très belle carte de visite pour les deux artistes et un ajout intéressant au catalogue. Comme toujours, la musique de Medtner, dans une sonate fleuve de 46 minutes, reste assez épigonale. Brahms, Tchaïkovski et même des ombres françaises y défilent. Mais le manque d'originalité n'empêche pas de passer une très belle heure de musique romantique chaleureuse et passionnée.
C. H.

Folk
Gee Whiz But This Is A Lonesome Town
Moriarty
Naïve / Deschamps&Makeïeff
Moriarty, groupe franco-américain composé de quatre musiciens et d'une chanteuse, a beaucoup plus à voir avec le personnage de Kerouac qu'avec l'ennemi de Sherlock. C'est sur une route poussiéreuse qu'on voyage avec Moriarty. Une route du sud des États-Unis, disons vers les années 1930. On débouche sur un petit bled perdu, on entend le train passer, le plancher des galeries craque à chaque pas, on essuie une bonne rasade de whisky du revers de la manche, et on soupire un bon coup. De tristesse, de fatigue, de soulagement. Le groupe, guitare, harmonica, contrebasse et dobro en main, nous fait visiter cet univers brut et magique. Comme le montre la pochette, les 12 chansons nous apparaissent comme autant de lettres trouvées à la poste restante, timbrées, étampées, redirigées, abandonnées. Parmi les plus belles missives, mentionnons la douce Jimmy, la sombre Private Lily et l'entraînante Whiteman's Ballad. La voix de la chanteuse, jazzée, du fond de la gorge, pourrait être agaçante pour ceux qui, par exemple, ne pourraient blairer celle de Hank Williams. Sinon, tout passera comme une lettre à la poste.
Philippe Papineau

Monde
LITHA
Skarazula
Indépendant / www.skarazula.com
Litha est le deuxième disque de ce trio québécois d'inspiration médiévale composé d'un cordiste, d'un percussionniste et d'un flûtiste. Quatre pièces de leur premier disque, paru il y a trois ans, font partie de la trame sonore de L'Âge des ténèbres de Denys Arcand. Ici, comme c'est le cas pour de nombreuses formations du genre, la musique ancienne sert de prétexte à la libre reconstitution ou à la composition originale. Si on y retrouve plusieurs instruments qui, comme le cistre, la vielle à roue, le psaltérion, la harpe médiévale, la guimbarde et le chalumeau, sont l'apanage du genre, les trois chanteurs instrumentistes en rajoutent au gré de l'inspiration. Udu africain et surtout oud, flûte kaval et tambours sur cadre comme le daf et le tar: de la matière orientale qui permet de nouvelles explorations en composition aussi bien vers la musique turque de l'Azerbaïdjan que vers la musique arabe ou la tarentelle italienne. Bel équilibre, d'autant que des pièces de danses assez énergiques, comme celles retrouvées dans le répertoire breton, alternent avec le chant sépharade plus doux ou celui du troubadour Marcabru, interprété avec la mezzo-soprano Marie-Annick Béliveau. Beau travail!
Yves Bernard

Monde
CADENCIAS
Jorge Martinez
Indépendant
Il vient d'Argentine, ses racines sont argentines, il en a conservé une sensibilité, en a retenu la guitare avec cordes de nylon, mais sa musique est tout autre. Ici depuis neuf ans, il se spécialise dans le flamenco, qu'il marie aux autres musiques latines et parfois aux modes orientaux. La démarche a quelque chose à voir avec celle de Juan Jose Carranza, un autre excellent guitariste venu de l'Amérique latine, mais en moins traditionnel. De tout le spectre du flamenco, il est davantage touché par la buleria, l'une de ses déclinaisons les plus spontanées et peut-être l'une des plus difficiles à jouer. Mais avec sa voix, qu'il considère comme un instrument permettant de transmettre des émotions que les mots ne pourraient livrer, il adoucit la musique. En faisant souvent des vocalises sans textes. Jusqu'à choquer l'amateur de musique passionnée et de chants profonds. Mais il a de qui s'inspirer: Vicente Amigo, l'un des guitaristes les plus mélodieux de la nouvelle génération, âme forte du nevo. Cadencias est le premier disque de Jorge. Préparez-vous à le voir sur toutes les scènes!
Y. B.

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