Vitrine du disque

Noël - Quand je voi yver retorner, Aveladeen, 123JAM.com. Voici, pour le temps des Fêtes, un bon complément de l'excellent album Le Premier Noël de Claire Pelletier. Non pas que la musique soit semblable; c'est plutôt à cause de l'influence du monde celtique et des airs anciens. Mais si Aveladeen élargit maintenant le spectre sonore qu'il nous avait fait découvrir sur son premier disque et s'ouvre dorénavant à la France, à l'Angleterre, à la Scandinavie et à la musique autochtone, il délaisse quelques paysages balkaniques. Le trio québécois confectionne son répertoire sans violons ni accordéon, au profit de la caisse claire et du bodhran pour les rythmiques, de même que des cordes de guitare, de mandoline et de bouzouki ou d'un lot de flûtes, de sifflets et de cornemuses. Michel Dubeau, vieux souffleur d'une musique mondiale faite ici, projette avec ses deux compères des atmosphères relax sur des folks instrumentaux, de reels ralentis et quelques passages improvisés. Si on reconnaît quelques classiques de Noël et quelques traditionnelles, plusieurs pièces sont inconnues et certaines, comme la gigue à Philippe Gagnon, sont agréablement surprenantes dans le contexte de Noël. Surtout quand, cette année, je voi yver retorner. - Yves Bernard

Noël - THINK GLOBAL

World Christmas, World Music Network, Fusion III

Joyeux Noël autour du monde! Noël tous azimuts, tropical ou nordique, séculaire ou populaire. Ici, c'est-à-dire en Europe, en Afrique et dans les Amériques, Noël s'adapte aux saveurs locales et se célèbre allégrement lorsque les musiciens sortent percussions, cordes et cuivres pour s'inviter jusqu'au petit matin mais se décline en mode contemplatif, voire plus sombre, lorsque, au nord, on l'évoque sous le ciel noir de la misère. Au sud: le merengue frénétique du Dominicain Reynold, le jibaro portoricain plus rural de Yomo Toro, la douceur chaloupée de l'African Guitar Summit et le parang latino des San Jose Serenaders de... Trinidad. Au nord: le folk-rock bluesy si joliment enraciné de Florent Vollant, extrait de son splendide album Nipaiamianan, la liturgie sécularisée des Italiens de Baraban, le Sainte nuit celtique de Cherish The Ladies, la berceuse sombre et suédoise de Triakel. Mais aussi la voix toujours aussi céleste de la Hongroise Marta Sebestyén, la simplicité bluesy cajun des Basin Brothers et le folk magnifiquement déglingué du guitariste antillais Joseph Spence. C'est Noël et il ne neige même pas... - Yves Bernard

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Chanson - LES FLEURS DU MAL - CHARLES & LÉO

Baudelaire - Jean-Louis-Murat Livre et disque Poésie Gallimard - V2 - La Mémoire et la mer

Les Fleurs du mal ont 150 ans et n'en sont pas moins vénéneuses. Encore faut-il s'approcher le nez. C'est ce que permet le bel objet cartonné qui joint à l'oeuvre l'album Charles & Léo, où Jean-Louis Murat remplit admirablement sa mission propagatrice. Mission confiée par le fils Ferré, Mathieu, lequel avait une cassette de dictaphone où le paternel, en 1977, déposa quelques mélodies sur des poèmes de Baudelaire. D'autres mélodies pour d'autres poèmes, devrais-je dire: le vieux lion en avait rempli tout un album dix ans plus tôt. Les mélodies de 1977 en restèrent là, jusqu'à Murat. Bon choix, Murat: la nonchalance de son phrasé convient parfaitement à ces vers, à ces airs. Personne ne trahit personne, la musicalité du verbe est respectée, le ton de Ferré aussi, et Murat demeure Murat, à la fois intimiste et insaisissable. Les arrangements, aérés, atmosphériques, sont idoines itou. On argumentera que Les Fleurs du mal se suffisent à elles-mêmes: je répondrai que tous les moyens de humer ces rimes délétères sont bons et que le truchement Ferré-Murat est certainement le plus odorant. - Sylvain Cormier

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Classique - VAN NEVEL

«La Quinta essentia». Messes de Lassus, Palestrina et Ashewell. Huelgas-Ensemble, Paul Van Nevel. Harmonia Mundi HMC 901 922 (SRI).

Ce disque expose sa caractéristique principale dans son propre titre. Quintessence! Comment définir autrement ce travail de Paul Van Nevel et de son Huelgas-Ensemble, qui célèbrent le nectar du coeur de leur répertoire? Les polyphonies de la Renaissance sont la matière musicale que Paul Van Nevel pétrit le mieux. Avec ses chanteurs, il a su créer un style dans lequel l'individualité fusionne avec l'homogénéité, la liberté avec la rigueur. C'est quelque chose qui ne s'explique pas, qui ne se définit pas. Peut-être est-ce un miracle. Mais peu de musiciens croient aux miracles: ils savent la science et le travail acharné qui se cachent derrière un tel disque. Outre sa beauté sculpturale et envoûtante, ce programme a une vertu didactique: à ceux qui croient que toutes les polyphonies de la Renaissance se ressemblent, Van Nevel démontre les subtiles mais notables différences entre Palestrina, le mystique de la pureté (Messe «Ut re mi fa sol la»), Lassus, le «terrien» (Messe «Mille regretz»), et Ashewell, le gothique. Brillant et captivant. - Christophe Huss

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Classique - SCHMIDT

«Bach Reflections». Partita pour clavier n° 6; Prélude et fugue en si bémol mineur du Deuxième Livre du Clavier bien tempéré. (+ des oeuvres de Liszt et Chostakovitch). David Theodor Schmidt (piano). Profil PH 07071 (Naxos).

Avec Andrea Bachetti, Martin Stadtfeld et maintenant David Theodor Schmidt, Bach a trouvé de jeunes interprètes dignes des plus grands. Je n'avais jamais entendu parler de David Theodor Schmidt avant ce disque que j'ai écouté presque par hasard. Première impression (Toccata et Allemande de la Partita n° 6): «C'est très bon.» Seconde impression (Courante et Sarabande de la même oeuvre): «Mais c'est exceptionnel!» Je suis très curieux de voir comment va se développer la carrière de ce pianiste allemand de 25 ans, en espérant pour lui qu'il trouvera des soutiens à la mesure de son talent. Ce disque frappe par son programme (rigoureux) et son exécution (rigoureuse). Il est articulé autour de Bach et de son empreinte chez Liszt (Variations sur Weinen, klagen, sorgen, sagen) et Chostakovitch (Prélude et fugue en ré mineur). Schmidt, avec une droiture impressionnante, développe son interprétation à travers le toucher et la gestion des dynamiques. Rien n'est destiné à être spectaculaire mais tout l'est, tant ce jeune homme va au fond des choses. - Christophe Huss

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Classique - DEBUSSY

Les oeuvres pour piano (vol. 2): Estampes, Pour le piano, Masques, L'Isle joyeuse, Ballade slave, etc. Jean-Efflam Bavouzet. Chandos CHAN 10443 (SRI).

Aléas de la distribution: le volume 2 de cette intégrale des oeuvres pour piano de Debussy m'est arrivé avant le volume 1! Le temps est révolu où l'oeuvre pianistique était réservée à quelques élus, tels Gieseking, Casadesus ou Benedetti-Michelangeli. Le nombre d'excellentes interprétations de la part de pianistes à la notoriété souvent modeste (Ader, Kay, Osborne, Austbø) va croissant. Et pourtant, le disque nous a rarement donné ce que l'on trouve dans cet enregistrement de Jean-Efflam Bavouzet: l'alliance parfaite de l'esprit et de la manière, du son et de la musique. Le pianiste français, qui n'a jamais déçu au disque, bénéficie dans ce parcours debussyste d'un instrument idéalement réglé et d'une prise de son de référence. C'est exactement ce que méritaient une telle respiration musicale, une telle aptitude à transformer des notes en atmosphères. La beauté de cet enregistrement (commencez l'écoute par les Estampes, vous n'en reviendrez pas) dépasse les mots. C'est un problème majeur pour un journaliste qui est censé le décrire... - Christophe Huss
2 commentaires
  • Jacques Lalonde - Inscrit 17 décembre 2007 13 h 52

    Importance du guide irremplaçable

    J'espère Christophe Huss que vous percevez l'importance de vos chroniques musicales pour vos lecteurs. Alors que les rayons de CD de musique classique se réduisent comme une peau de chagrin, que les émissions radiophoniques de la SRC sont souvent remplacées par des amalgames qui célèbrent à grands renforts de tendances multiculturelles toutes les musiques du monde, je n'ai rien contre mais... votre oreille avisée invite à nous proposer des sélections de nouveaux enregistrements dont vous suggéré l'acquisition. Je ne me suis jamais trompé en suivant vos suggestions, mais je regrette les rares fois où j'ai passé outre.

    Jacques Lalonde
    Gatineau

  • Dominique Alexis - Abonnée 31 décembre 2007 08 h 31

    Je seconde

    Moi aussi, M. Huss, vous m'êtes irremplaçable. Je vous remerciedonc et vous souhaite une excellente année 2008 à tous égards, musique comprise.
    Dominique