La musique en DVD - 3 - Emballant déballage

L'avenir sera peut-être dématérialisé, mais un boîtier sous l'arbre, ça se déballe quand même mieux que de l'espace sur un disque dur. Déballons donc.

ATLANTIC RECORDS 60

THE HOUSE THAT AHMET BUILT

Atlantic - American Masters - PBS

Incroyable histoire que celle d'Ahmet Ertegün, né à Istanbul, fils d'ambassadeur qui découvre la musique afro-américaine, en devient fou fini et, non content de s'épivarder à Harlem entre deux réceptions, fonde avec un copain une étiquette de disques: Atlantic Records. Atlantic, c'est la maison de Ray Charles, des Coasters, de Bobby Darin, d'Aretha Franklin, de tous les soulmans de Stax-Volt à Memphis (Otis Redding, Wilson Pickett, Sam & Dave). C'est aussi la maison de tout un tas de blancs-becs, de Led Zep, Cream et Crosby, Stills, Nash & Young, et même des Stones à partir de l'album Sticky Fingers. Ce petit barbu au crâne luisant, quintessence du cool sophistiqué, noceur de première, est aussi un sacré raconteur, et ce sont ses mille anecdotes, relatées en compagnie d'amis célèbres, de Mick Jagger à Bette Midler, qui épicent ce très rassasiant documentaire, par ailleurs truffé de documents d'archives. Pour tout savoir sur le gaillard pour qui le Zeppelin, lundi, a repris son envol.

CROSSROADS GUITAR FESTIVAL 2007

Rhino - Reprise - Warner

Le premier Crossroads Guitar Festival a eu lieu à Dallas, en 2004, le deuxième en banlieue de Chicago, le 28 juillet dernier: à mille lieues d'un match au sommet entre guitaristes pieuvres (vade retro, Steve Vai!), c'est le rêve éveillé d'Eric Clapton, une sorte d'open house pour vrais de vrais de la six-cordes. Cette année s'y rencontraient des Sudistes rugueux (Sonny Landreth, Johnny Winter), des gentlemans de la Stratocaster (Vince Gill, Albert Lee), des légendes vivantes (B. B. King, Buddy Guy) et quelques héros de l'invasion britannique (Jeff Beck, Stevie Winwood). Pas d'esbroufe, pas d'épate, on jouait pour jouer, et les duos heureux abondaient. Clapton et Winwood ravivant le meilleur de Blind Faith (Presence Of The Lord, Can't Find My Way Home), le même Clapton avec Robbie Robertson martelant le Bo Diddley beat sur Who Do You Love?, c'est rien que du bon, et en plus, c'est pour la bonne cause: le Crossroads Centre, maison de cure pour alcooliques. Et si on échangeait le Festival de jazz pour ça, une année?

THE BEATLES - HELP!

Parlophone - Apple - EMI

Idée reçue: A Hard Day's Night est un petit chef-d'oeuvre avec les Beatles en Marx Brothers juniors, Help! est une parodie facile des James Bond avec les Beatles réduits au statut de figurants dans leur propre film. Revoir Help! sur DVD, fabuleusement restauré, aux couleurs pétantes de santé, rappelle surtout ceci: Help! était une autre planète, brillant collage de vignettes absurdes préfigurant les Monkees, Monty Python et MTV. Le clip moderne d'une chanson est né là, y a qu'à s'émerveiller durant la séquence de Ticket To Ride, tournée dans les Alpes autrichiennes. Notez que le DVD est disponible en deux configurations: un double disque pas cher, avec le documentaire de rigueur et quelques bandes-annonces, ou alors le boîtier grand luxe, hors de prix, avec script annoté, affiche, affichettes de lobby, etc. Chacun ses bébelles. Le film éblouit tout seul.

JOHNNY CASH: THE MAN, HIS WORLD, HIS MUSIC

Sanctuary - EMI

Voyez: Johnny Cash en 1969, sur scène avec June Carter et Carl Perkins, en autobus de tournée, autour de la table de cuisine, en famille avec les beaux-parents, avec les Indiens sur le site du massacre de Wounded Knee, rigolant avec Dylan en studio, recevant un Country Music Award, etc. Documentaire typique de la fin des années 60, façon cinéma-réalité, monté n'importe comment exprès pour faire plus vrai, privilégiant les contrastes aux dépens de la structure narrative, c'est néanmoins Johnny Cash de près, de tout près, avec ce regard dangereux, ce sourire craquant et cette voooooooix sortie du fin fond des ténèbres. Une copie en meilleur état eût été souhaitable. Non moins indispensable.

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Collaborateur du Devoir

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