Dick Rivers au Cabaret du Capitole - Chic, dynamique, authentique

Il est chic, Dick. Dans les deux sens du mot. Chic au sens de bien sapé, entre roi du rock et tenancier de saloon. Et chic au sens de chic type: il est fichtrement sympathique, Dick. Au Cabaret du Capitole samedi soir (oui, c'est à Québec que je vais voir mon Dick), c'était patent: Dick Rivers faisait tout pour nous faire plaisir.

À commencer par un spectacle rien que pour nous. Il se trouve que ses succès des années 60 au Québec ne sont pas les mêmes qu'en France. D'obscurs titres d'albums qui sont ici ses incontournables: Viens tout connaître, Je ne peux pas t'oublier, Ne pleure pas, etc. Et surtout Viens me faire oublier, son immortelle des immortelles ici, oubliée là-bas. Il se trouve également que par incurie des compagnies de disques locales, on connaît peu ici ses chansons des années 70, 80, 90, jusqu'aux plus récentes, qui constituent l'ossature de son habituel spectacle en France. Alors, ici, fût-ce pour trois spectacles en trois jours — vendredi au National, samedi au Cabaret du Capitole, dimanche au grand Capitole —, il offre un spectacle sur mesure. Toutes celles que le Québec a aimées sont au programme. Quelques récentes aussi, mais en échantillons. Vous en connaissez beaucoup, des Français à ce point capables d'accommodements envers nous?

Autre chose. Il est fichtrement dynamique, Dick. Ses 61 ans ne l'empêchent pas de se démener comme un forcené du rock'n'roll. Moins crooner que l'on penserait malgré le gros stock de ballades mastoc, le gars se défonce, Alphonse. Les reprises sont musclées, d'Amoureux de vous (Bad Case Of Loving You) à Roule pas sur le Rivers (Proud Mary, à la Ike & Tina Turner), et les récentes originales ont du répondant, surtout la très rockabillesque Elvis avait l'air d'un ange (gracieuseté de Michael Furnon, ex-Mickey 3D). Et puis, respect oblige, Dick se paie en fin de spectacle un festival de rock'n'roll des origines plus que rentre-dedans, alignant Rip It Up, Keep A Knockin' et Hound Dog jusqu'à l'épuisement des troupes.

Autre chose encore, parlant de troupes. Il est pratique, Dick. Ici, il joue avec des musiciens d'ici, une équipe d'ici. Le grand truc à Dick est qu'il parvient à les impliquer, ces engagés de trois soirs. À leur insuffler l'esprit du rock. Samedi, ces musiciens étaient siens, se donnaient à fond pour lui: le guitariste et directeur musical Christian Turcotte était déchaîné, les cuivres pétaient le feu. Un vrai band à Dick. Sacré Dick. À bientôt, l'authentique.

Collaborateur du Devoir