Jazz et blues - Éloge des sidemen

L'autre soir au Campus, aux côtés de Duke Robillard, on pouvait reconnaître Doug James. Il joue du baryton, l'instrument par excellence pour signaler les incendies, et le ténor, l'instrument qui indique que la nuit est tombée. Quoi qu'il en soit, il était là pour ponctuer de sa chaude sonorité les affections jazz-blues de Robillard.

On parle de James aujourd'hui parce que souvent on oublie combien les sidemen sont de sacrés musiciens. C'est évidemment le cas de James. Lorsque Robillard fonda le Roomful of Blues en 1970, James était de la partie. Vingt ans plus tard, alors que Robillard était parti depuis longtemps, c'est lui, James, qui devint le patron du Roomful. Puis Robillard le débaucha de nouveau pour en faire un des pivots de sa congrégation musicale, qui a ceci de merveilleux qu'elle rend grâce aux joyeux travaux des années 30, ceux par exemple de Jay McShann, en plus de nous proposer des originaux où l'empathie pour le quidam est évidente.

Toujours est-il qu'il y a quelques mois de cela, James a publié un compact sur étiquette Stony Plain. Il s'intitule Blow Mr. Low. Duke Robillard en est le coproducteur ainsi que le guitariste. Et comme ils sont des musiciens aussi fins qu'élégants, ils ont fait appel à des compagnons ayant leur envergure. Ainsi, Sugar Ray Norcia est à l'harmonica et chante sur deux morceaux, John Packer est à la contrebasse, Matt McCabe est au piano, Carl Querfurth est au trombone, Mark Texeira est à la batterie et Al Basile joue de la trompinette sur deux pièces.

Le programme, c'est tout simple, allie l'antiquité et la modernité. Mais encore? Ils ont enregistré de vieilles pièces comme Cry Me A River, I Want A Little Girl, You Better Hold Me et Dirty, Dirty People et des jeunesses baptisées Extra Axle, Blow, Mr. Low, Bobbie's Boogie, Son Of Mr. Big Horn, Blues For Leo et Dog Ate My Reed. Partout, Doug James, en digne héritier des grands du baryton comme Leo Parker ou Harry Carney et digne fils des ténors texans, laisse des empreintes indélébiles. Dans le genre blues-jazz de Kansas City des années 30, cet album est excellent.

P.S.: Comme la distribution des albums produits par Stony Plain est quelque peu bancale, cet album n'est pas facile à trouver. Mais bon... ça se commande. On s'en excuse, mais après le show que Robillard et James ont donné ces jours-ci, il fallait marquer le coup. Si vous ne trouvez pas de James, achetez-vous des Robillard. Ils sont tous fameux et James est toujours dans le coup.
Blow Mr. Low
Doug James
Stony Plain