Opéra - Une vraie héroïne

La soprano Manon Feubel interprète Amélia, épouse de Renato.
Photo: La soprano Manon Feubel interprète Amélia, épouse de Renato.

À la pause de trois minutes suivant le premier tableau, on se dit que, décidément, Verdi — qui, moins que d'autres, supporte la demi-mesure — devrait rester le privilège des grandes maisons d'opéra. Si l'on quitte la salle Wilfrid-Pelletier vers 23h en ne regrettant pas trop cette honorable soirée, c'est qu'entre-temps est apparue une héroïne à la hauteur de la rude tâche assignée par Verdi. Manon Feubel, en Amelia, a justifié pleinement la confiance que l'Opéra de Montréal lui a accordée dans un rôle d'un gabarit qu'on ne rencontre pas à tous les coins de rue.

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OPÉRA DE MONTRÉAL

Verdi: Un bal masqué. Richard Margison (Gustave III), Gordon Hawkins (Comte Ankarström), Manon Feubel (Amelia), Marianne Cornetti (Ulrica), Pascale Beaudin (Oscar), Valerian Ruminski (Comte Ribbing). Choeur de l'Opéra de Montréal, Orchestre Métropolitain du Grand Montréal, dir. Gregory Vajda. Mise en scène: Stanley M. Garner. Décors: Jean Bard. Salle Wilfrid-Pelletier, le 26 septembre, reprise les 29 septembre, 1er et 4 octobre 2007.

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La soprano québécoise s'était rappelée à notre bon souvenir le temps d'un air au Gala 2005. Elle a littéralement porté la représentation d'Un bal masqué mercredi soir. Car, pour cela, il ne fallait pas compter sur la morne baguette, sans tension ni élan, de Gregory Vajda, un chef incapable de faire miroiter la dualité entre comédie et drame.

Question miroitements, le sol réfléchissant a permis quelques beaux effets de couleurs (un peu simples — genre rouge pour nous avertir: «attention le sang va couler!» — mais efficaces), nous dispensant d'un décorum plus fourni. Rien à redire sur le cadre scénique spartiate: le dénuement ne gêne vraiment que parce que la direction d'acteurs est empâtée et que les protagonistes ne sont pas de grands acteurs. Je ne parlerai donc pas de mise en scène, celle-ci se contentant d'une part d'orienter les chanteurs pour qu'ils chantent campés face au public et, d'autre part, de prévoir des mouvements de foule en permutant cycliquement les gens à droite et les gens à gauche.

Richard Margison avait la lourde tâche d'endosser un rôle flamboyant, l'un des trois ou quatre dans lesquels Luciano Pavarotti était le plus exceptionnel. Sans forfanterie, Margison a le profil vocal de l'emploi et se range sans doute parmi ce qu'on peut avoir de mieux dans un opéra aux moyens limités comme celui de Montréal. Par contre, Gordon Hawkins est en deçà de ce qu'on peut espérer, même à Montréal: sa voix manque de projection et reste dans le masque. Pascale Beaudin s'est donné beaucoup de mal dans Oscar. Je ne suis pas sûr que le choix de ce rôle soit idéal pour elle: il lui manque du coffre et des aigus. La voix de Marianne Cornetti (Ulrica) bouge, mais possède (presque) le volume requis.

L'action avait été finalement replacée à la cour de Suède, Riccardo devenant Gustave III, une opération sans incidence aucune sur l'ébauche de mise en scène et, évidemment, sur la musique, qui reste la même.

Collaborateur du Devoir