Concerts classiques - Violon angélique, lenteur orchestrale

Cela commence de manière surprenante. Decker impose un ton incroyable à l'Ouverture tragique de Brahms. Même si le tempo est lent, la plénitude de la sonorité et la profondeur d'expression en font presque un mouvement d'entrée de symphonie. L'OSM est rond et chaud, pesant où il le faut, chantant quand la musique le demande. Oui, même si cette manière de faire-là est un peu passée, la réentendre aussi bien réalisée fait du bien.

On pourrait dire la même chose de la VIIe Symphonie de Bruckner. Sauf qu'ici la tentation de la tradition fait pêcher Decker. Les mouvements vifs sont trop lents et les mouvements lents trop rapides. Ainsi le mouvement initial semble s'éterniser à ne pas savoir comment trouver sa construction tant tout est délayé. Pour compenser, Decker saute — ou plutôt gomme — certaines respirations. Les nostalgiques d'antan sauront peut-être s'en contenter, mais il existe une génération qui a goûté le suc d'une autre sève, une énergie en deçà de laquelle rien ne la contente plus.

Idem pour l'Adagio qui, par contraste, semble bousculé. Les périodes sont bien articulées, certes, mais le souffle manque sérieusement pour arriver au climax. Et dans le Scherzo, pris vraiment trop lentement (même dans l'esprit), tout devient lourd et les violons commencent à fausser, peinant à soutenir ce rythme. Alors on quitte, l'heure de tombée aidant, pour ne pas se taper le problématique finale.

Entre les deux, Chantal Juillet a fait un splendide concerto de Berg. Son violon est partout parfait. Rêveur, mordant, flottant, respirant, et, surtout, tentant de battre le chef afin qu'il accélère la mesure. C'est assurément la plus longue version de ce concerto jamais entendue, qui en tue le contenu dramatique. Decker n'y est pas à l'aise et rate tous les effets subtils, retient tout pour mieux contrôler alors que la soliste cherche à s'échapper. Tout ce qu'il y a de moderne est tué sous cette baguette, sauf la citation finale du choral de Bach. Là, oui un ange est passé. Mais si la violoniste l'incarnait de vie, le chef et l'OSM n'ont pas pressenti son souffle.