Térez Montcalm au théâtre Corona - Mêmes attraits, mêmes irritants

Où avais-je vu Térez Montcalm en spectacle la dernière fois? J'ai oublié. Mais tout le reste, tout ce que j'aimais et tout ce qui m'énervait d'elle, le nouveau spectacle que proposait Térez Montcalm en première montréalaise hier au splendide théâtre Corona l'aura rappelé au souvenir. Agréablement et moins agréablement.

Ça m'est revenu à sa première question à la salle. «Pensiez pas vous retrouver ici un lundi 2 décembre? Moi non plus. C'est la vie.» Au-delà de la référence au report du spectacle, dégât d'eau oblige, je retrouvais cette agaçante manie de tourner les enchaînements en faux sondages d'auditoire. «Sentez-vous toute l'énergie que j'y ai mis?», a-t-elle demandé plus tard aux gens du balcon, rapport à l'enregistrement des pistes de voix du nouvel album au Corona l'été dernier. «Ça répond pas fort», a-t-elle commenté sans vraiment attendre de réponse. Cette Térez-là, qui prend toujours les devants, qui s'adresse aux gens comme on mord de peur d'être mordu, m'irritait à l'époque, et m'irritait pareillement hier.

Et je fondais quand la même Térez souriait. Comme dans le temps, aussi. Chaleureuse, entière, désarmante Térez. Téméraire Térez qui s'est présentée seule à la contrebasse, son nouvel instrument d'élection, et advienne que pourra. Micro défaillant, elle a ri et le Corona a ri avec elle. Risque assumé, pari perdu et gagné en même temps. Sacrée Térez. L'aimerait-on autrement?

Peut-être l'aimerait-on un brin plus si le matériel n'était pas d'aussi inégale valeur. Ici Inconsolable, ballade belle à fendre l'âme, là Très inspiré, chanson parfaitement vide où rien ne se passe ailleurs qu'entre musiciens, pur trip d'instrumentistes en circuit fermé. Ici Détaché de tout, chouette groove funk montant haut, là un Flashback n'allant nulle part. C'était pareil la dernière fois et la fois d'avant. Et comme ces fois-là, les reprises sauvaient la mise: Le Cinéma de Nougaro, c'est encore ce qui lui va le mieux.

Si la Térez du nouvel album parvient à varier les effets de voix et les styles musicaux, la Térez de la scène demeure prisonnière de ses tics. Tics vocaux, d'abord: les textes se perdent encore et toujours dans ses scats jazzy. Tics de musicienne, ensuite: au service de ses musiciens plutôt que le contraire, on la perd dans l'ensemble, noyée dans les claviers de Julie Lamontagne, submergée par la batterie intempestive de Marc Bonneau. C'est seulement en début de seconde partie, sans guitare, accompagnée par le piano seul pour Je t'ai dans le peau, qu'elle aura osé ce qu'osent les chanteuses. Interprète palpable, vulnérable et touchante. Pendant ces quelques précieuses minutes, rien ne la protégeait, ni sa musique, ni ses questions. Garde baissée. Un peu plus et nous faisions vraiment connaissance. Pour la première fois.