Opéra jeunesse - L'imaginaire, le sérieux, le beau et le bon

Se lancer dans un genre aussi périlleux que l'opéra pour enfants demande du courage. Et, souvent, comme chez Ravel ou Humperdinck, des attributs colossaux. Avec ses petits moyens, cette nouvelle production de Chants libres réussit, au niveau de la scénographie, un petit miracle. Celui d'offrir aux enfants d'aujourd'hui la même porte sur l'imaginaire que savait le faire La Boîte à Surprise du temps de Pierre Thériault, alors que Sol et Gobelet ont fait rire je ne sais combien de ribambelles de petits — et d'adultes — avec comme tout décor un mur noir, une fenêtre, une table et un réfrigérateur.

Peu d'accessoires donc, costumes réduits au minimum (les plus vieux vont penser que Julie pourrait s'appeler Marie-Quat'Poches), des éclairages et jeux d'ombre efficaces, voilà avec quoi nos acteurs chanteurs arrivent à faire croire à cette histoire de Mouawad. Pour résumer le propos, une jeune fille assiste sans le savoir à la mort subite — mais non violente — de sa grand-mère. Déchirée de chagrin, révoltée, elle s'enferme avec son chien et le cadavre pour attendre la Mort et lui faire face avec courage. La morale: elle accepte le fait de cette inévitabilité et se réconcilie avec la vie. Les interventions d'un psychologue montrent à quel point les concepteurs du spectacle n'ont que peu de respect pour certains aspects de la professionÉ et veulent faire confiance aux enfants.

La pièce avait eu grand succès, il y a quelque temps. Il y a fort à parier que cet version en opéra de Settel en aura tout autant. Un petit orchestre de flûtes et une armada réduite de percussions constituent le fond sonore sur lequel tout va se «chanter».

J'utilise les guillemets, car on va du texte dit au vrai chant atonal en passant par un usage du rap qui fait que les enfants pourront à la fois tout comprendre tout en s'initiant à une forme plus abstraite de la voix. Comme il y a beaucoup de répétition dans les belles mélodies de Settel, les enfants apprennent à apprivoiser bien des genres. Cette conception de l'univers musical est en parfaite adéquation entre l'univers sonore des enfants d'aujourd'hui et le désir de leur ouvrir des portes.

Puis il y a les acteurs. Éthel Guéret (Julie) ne peut que recevoir des bravos. Naturelle, actrice, et avec une voix qui passe d'un registre à l'autre, d'un mode d'émission au suivant avec une souplesse qui efface toute impression de transition, on sent un fil conducteur dans tout ce qu'elle fait.

Le même chose peut se dire des autres protagonistes. Sans caricature autre que celles que commande le théâtre, leur personnage leur colle à la peau. En ce contexte, le message passe. Les effets prennent une redoutable efficacité et les enfants vont en adorer plus d'un. Pauline Vaillancourt voulait offrir de la poésie d'opéra au jeune public. Elle peut être fière, comme toute son équipe, du résultat.