Musique - Vous reprendrez bien un peu de Navet Confit ?

Désormais appuyé par une maison de disques d’envergure, Navet Confit, alias Jean-Philippe Fréchette, a pu s’installer pendant six semaines en studio pour créer son nouvel opus.
Photo: Jacques Grenier Désormais appuyé par une maison de disques d’envergure, Navet Confit, alias Jean-Philippe Fréchette, a pu s’installer pendant six semaines en studio pour créer son nouvel opus.

Pourquoi ne pas se faire plaisir quand on en a les moyens? Ce pourrait être la nouvelle devise de Navet Confit, alias Jean-Philippe Fréchette, qui, après quatre mini-albums et un disque complet faits sous le signe de la débrouillardise, est maintenant appuyé par une maison de disques d'envergure. Pour son deuxième opus, il s'est donc payé la traite en concoctant un disque double de 24 chansons et en invitant une série d'artistes émergents talentueux, dont Émilie Proulx et Fred Fortin.

L'auteur-compositeur-interprète est en quelque sorte le défricheur d'une certaine famille musicale qui ose faire une pop-rock fouillée, un peu expérimentale, souvent hors des soporifiques standards radiophoniques. Avant Alexandre Champigny, Le Husky, Mahjor Bidet, El Motor et toute une série de musiciens locaux, Jean-Philippe Fréchette a attiré l'attention des grands médias en 2006 avec son premier album, LP1. «C'est une coalition! s'exclame Fréchette, qui avoue être un bon ami dudit Champigny. Nos disques arrivent en même temps, ça va avoir plus de poids, ça va peut-être mieux se transférer au public. C'est ça le plus dur, se rendre jusqu'au public, c'est le truc qu'il faut penser le mieux, qu'il faut travailler le plus.»

Justement, le jeune homme de 27 ans nous assure que, pour ce nouvel album intitulé LP22, il n'a pas lésiné sur les efforts. Ses chansons sont sur la table à dessins depuis plus de deux ans, et il a été aidé par une bourse du Conseil des arts et des lettres lui permettant de se concentrer sur la création musicale et littéraire. «Je pense que j'ai vraiment donné le plus que je pouvais. En étant bien préparé comme ça, tu arrives en studio et ça va bien, parce que tu es en pleine possession de ce que tu es en train de faire.»

Du salon au studio

L'expérience du studio est pratiquement toute nouvelle pour ce grand zigoto que rien ne semble pouvoir perturber. À ses débuts, Navet Confit était un musicien de salon, qui bricolait ses albums sur son ordinateur personnel, une heure à la fois, par-ci par-là, avec un budget pratiquement... inexistant! Mais depuis plus d'un an, Fréchette a été engagé par La Confiserie, filiale «découverte» de l'étiquette GSI, qui compte dans ses rangs de vieux routiers de la chanson tels que Daniel Lavoie, Gilles Vigneault, Jean-Pierre Ferland et Claude Gauthier. Non seulement porte-t-il le chapeau de codirecteur artistique de cette branche émergente, mais il en est aussi un des artistes, en compagnie d'Émilie Proulx.

Appuyé financièrement par une maison de disques, il a donc pu s'installer pendant six semaines en studio: trois pour créer et trois pour mixer. «Ça change un peu la vision de l'enregistrement. Dans un univers contrôlé comme ça, tu peux juste tasser ton micro pour aller chercher un autre son, pour la batterie par exemple, raconte Navet Confit. Je suis devenu vraiment minutieux pour la première fois de ma vie.»

Le fait d'être en studio a permis à Navet Confit de faire entrer d'autres musiciens dans son univers un peu éthéré. Celui qui continue à gérer son étiquette de disques personnelle, Dry and Dead, a pigé dans son cercle rapproché en invitant

Carl-Éric Hudon, Émilie Proulx, Alexandre Champigny et le trio rock Polipe, mais est aussi sorti de son réseau en conviant Fred Fortin, Vincent Peak et Jacques Bertrand Jr (Jeremi Mouran), habituellement associés à une scène beaucoup plus rock. «Ça fait longtemps que je voulais ouvrir le projet Navet Confit, j'avais le goût de jouer avec du monde. Et j'avais le goût d'avoir des cordes et des cuivres, du piano... En plus, un album double de 24 chansons, ça ne doit pas être linéaire, j'avais besoin d'avoir des teintes, des sonorités différentes.»

De l'importance du «tu»

Et ce LP22, c'est un album-concept? «Non!», s'écrie le musicien, rejetant du revers de la main cette idée. «Il n'y a pas une histoire, mais il y a beaucoup de trucs qui reviennent, dans la linguistique, précise l'amoureux de littérature. Le sujet que j'emploie est très souvent la deuxième personne du singulier. Il y a le "tu" normal, qui s'adresse à une autre personne, mais il y a aussi un "tu" qui peut désigner plusieurs personnes, ou qui peut te désigner toi-même. Il y a un flou intéressant, qui revient souvent et qui fait que mes textes peuvent être interprétés de plein de façons.»

Ses pièces sont pour la plupart issues de courtes nouvelles, qu'il transpose ensuite en chansons. «Dans le fond, je n'écris jamais des chansons directement, dit Fréchette. La plupart du temps, ça part d'autre chose, que ce soit d'un journal, d'une nouvelle ou de n'importe quelle forme d'écriture, d'où je vais repiquer des phrases, par exemple. Et plus ça va, plus je transpose ça en musique.»

Pour ce deuxième long jeu, Navet Confit a voulu simplifier au maximum les textes, en utilisant le moins de mots possible et en se servant beaucoup des répétitions afin de créer des images chez l'auditeur. «Le moins, des fois, c'est le mieux. C'est surtout le ton de l'interprétation qui va donner un sens, l'intonation, le détachement, le retrait, l'espèce de nonchalance que j'utilise. Le même texte interprété par Annie Villeneuve, ça n'aurait pas de sens, ce serait ridicule.»

L'album est divisé en deux faces, la première étant nommée «Les films, les moyens de transports, les souliers, les cheveux et les magasins» (!) et l'autre, simplement «Consexuel», justement pour rire des albums conceptuels tout en signifiant l'aspect un peu plus «lubrique» des chansons qu'on y trouve. «En le montant, j'ai déplacé les pièces d'un disque à l'autre, j'ai eu de la difficulté à faire une séquence d'album... C'est comme une grosse bête que je ne contrôle pas complètement!» À nous maintenant de la dompter!