Des résultats heureux, mais sans fermeté

Les lauréats du sixième Forum des jeunes compositeurs du Nouvel Ensemble moderne (NEM) sont maintenant connus. La forme retenue cette année est différente des précédentes. On n'a annoncé que les noms retenus par les membres, par ordre alphabétique. Il y a donc trois lauréats. Suivons l'ordre imposé par le NEM et son organisation.

Luca Antignani, d'Italie, Luis Rizo-Salom, de Colombie, et Christopher Tonkin, d'Australie, sont les candidats que le jury a récompensés de la mention de ses choix. Le public, invité à voter lui aussi pour manifester ses préférences, a choisi l'oeuvre d'Eneko Vadillo, d'Espagne (il a donc su trancher, lui). Aucun «prix» n'est accompagné de bourse, malheureusement, mais les quatre candidats primés verront leur musique gravée sur disque compact avec la collaboration de Radio-Canada.

Mieux encore, ce samedi soir, on pourra réentendre les oeuvres présentées par ces quatre compositeurs lors du concert Gala du Forum, qui se tiendra à la salle Claude-Champagne à 20h. Force est d'admettre que cela s'appelle un choix à voir tant la qualité du palmarès est aussi diversifiée qu'excellente cette année. Pourtant, elle laisse perplexe.

Lors de la dernière édition montréalaise de cette manifestation — car depuis il y en a eu une en Australie —, le jury avait fait preuve de couardise, accordant des premiers prix ex aequo à tous les candidats. Cette fois, il a fait un choix, tant mieux, mais n'a pas su départager ou créer un ordre, s'entendre pour montrer une direction. C'est ainsi qu'on ne parle pas de prix, mais de «choix» du jury. On se plaint souvent que, dans le monde de la musique contemporaine, le public ne sait pas où donner de la tête. Il s'attend donc à des opinions éclairées de gens reconnus pour leurs compétences en ce domaine. C'est le propre d'un jury, même si son verdict peut parfois indisposer certaines sensibilités. Encore une fois, le NEM a pris pour la chèvre et le chou.

On aimerait applaudir à une décision, ou encore se rebeller contre elle. Il semble qu'en concours de composition, les décideurs ne savent pas défendre leurs idées fermement et orienter leur jugement. Bien des gens qui suivent le monde de cette musique dite contemporaine déplorent sa grisaille. S'il faut reconnaître la justesse de ce que ce jury a «choisi», on aurait adoré qu'il nous donne plus de chair dans le traitement de son choix, qu'il ait eu le même courage qu'ont montré tous ces jeunes en montrant leur musique devant eux. On imagine mal un concours international instrumental — voire le Concours de l'OSM — ne pas trouver de «gagnant» au sens où une personnalité se démarque. Au moins, cette fois, on a osé faire un «choix». La prochaine fois, espérons qu'on aura l'audace d'établir une hiérarchie.

On saura alors sur quel pied danser et, surtout, les candidats pourront penser qu'ils participent à une manifestation qui, toute amicale qu'elle soit (comme tous les concours), impose une tenue de grand sens critique, au sens noble du terme, plutôt qu'à de la guimauve «politically correct» où les jeux de coulisses priment sur la musique. Si personne ne peut ni ne veut trancher, à quoi sert ce genre d'exercice? Qu'on l'appelle seulement festival alors, car les lauréats de cette édition, tout méritants qu'ils soient — et ils le sont —, n'ont qu'une bien maigre crédibilité à mettre à leur compte devant la tiédeur du jury. Au moins, le disque saura mieux les défendre. Probablement est-ce là la seule force de cette manifestation du NEM.