Vitrine - Disque classique

Berg – Complete Chamber Music
Alban Berg: Quatuor à cordes, op. 3; Hier ist Friede, op. 4, no 5; Quatre pièces pour clarinette et piano, op. 5; Adagio (second mouvement du Kammerkonzert pour violon, piano et treize instruments à vent); Suite lyrique (1926). Quatuor Schoenberg (Janneke van der Merr et Wim de Jong, violon; Henk Guittart, alto; Viola de Hoog, violoncelle); Pierre Woudenberg, clarinette; Bob Zimmerman, harmonium; Sepp Grotenhuis, piano. Chandos CHAN 9999.

Pour ses 25 ans, l’an dernier, le quatuor Schoenberg s’est offert un projet pour cette année: enregistrer l’«intégrale» de la musique de chambre de Berg. Le projet est à la fois ambitieux, compte tenu de la teneur de la musique, et minimaliste, car Berg n’a, au fond, que fort peu composé, abandonnant les numéros d’opus après son opéra Wozzeck (op. 7) pour ne pas donner l’impression que son catalogue serait court par comparaison avec ses illustres prédécesseurs.

La première chose qui frappe ici, c’est qu’on n’a pas affaire à une «vraie» intégrale mais à une édition d’à peu près tout ce que Berg a imaginé et de ce qu’il en a tiré. Je m’explique: par exemple, les miniatures que sont les Vier Stücke für Klarinett und Klavier (quatre pièces pour clarinette et piano), op. 5, sont offertes non pas dans la version originale — et pourtant, il se trouve bien un clarinettiste sur cet enregistrement — mais dans un arrangement original pour alto et piano.
Cette pratique s’explique cependant par l’ancrage de cette si avant-gardiste seconde école de Vienne dans la tradition. La source: Brahms. Ses deux sonates pour clarinette et piano existent également en version pour alto. Si, dans ce cas, c’est le compositeur qui a commis la chose, sur cet enregistrement, c’est l’altiste même du Quatuor Schoenberg qui s’est arrogé ce privilège.

Et, ma foi, avec bonheur! On redécouvre une autre facette de ces magiques et minuscules instants de musique où tout est aussi intense que lyrique, un concentré d’émotion et de poésie dans des climats sonores encore épatants. Il y a aussi d’autres morceaux que les puristes d’aujourd’hui appelleraient des hérésies.
Reportons-nous dans le contexte économiquement difficile de la Première Guerre mondiale et de l’époque de la montée du nazisme. On compose, certes, mais souventes fois, on n’arrive pas à réunir les effectifs adéquats. Pourtant, on veut être joué. Alors, on arrange ses pièces selon les besoins du moment. Ainsi, Berg a récrit le deuxième mouvement de son Concerto de chambre (conçu pour treize vents, violon et piano) pour piano, clarinette et violon. L’écoute donne une bonne leçon. Le violon joue le violon, la clarinette fait les contre-chants de l’ensemble et le piano — qui ne joue pas dans ce mouvement, sauf pour ces glas graves du milieu, qui soulignent le palindrome — remplace l’ensemble.

Le résultat est intéressant pour le collectionneur mais pas passionnant pour l’amateur. La même constatation se fait sur un autre arrangement de Berg, celui du dernier lied des Altenberg Lieder. Là, par contre, la psychologie est intéressante. À l’époque, lors d’un concert où on avait créé deux de ces cinq mélodies, il y avait eu scandale à leur écoute. Non pas un scandale de mode du genre Sacre du printemps, une vraie émeute, où les gens en étaient venus aux coups et où la police était intervenue et avait vidé la salle.

Berg en avait été profondément troublé. Il n’a jamais entendu ces lieder en entier et, de son vivant, en a refusé la publication. Sauf qu’il aimait particulièrement celui écrit en passacaille, le dernier, qu’il a réarrangé. Au lieu du grand orchestre et de la voi