Festival de Lanaudière - Retour sur terre

Le concert des Violons du Roy, dirigé par un Bernard Labadie très attentif à l’accentuation et au ressort des phrases, fut excellent.
Photo: Le concert des Violons du Roy, dirigé par un Bernard Labadie très attentif à l’accentuation et au ressort des phrases, fut excellent.

Le commentaire du concert des Violons du Roy, donné vendredi soir à l'Amphithéâtre de Lanaudière, suscite une excellente réflexion sur l'exercice critique. Toute critique est relative, certes, mais le principal élément de relativité est à mes yeux le système de référence utilisé. Ce concert de vendredi, si on le juge «excellent», par rapport à quoi se prononce-t-on? Par rapport aux prestations habituelles des Violons du Roy, au Schubert et au Beethoven de l'OSM ou aux concerts de la Deutsche Kammerphilharmonie huit jours avant?

***LES VIOLONS DU ROY

Mozart: Chaconne de la musique de ballet d'Idomeneo. Schubert: Symphonie n° 5. Beethoven: Concerto pour piano n° 5 Empereur. Mihaela Ursuleasa (piano), Les Violons du Roy, dir. Bernard Labadie. Amphithéâtre de Lanaudière, vendredi 3 août 2007.***

La question n'est pas anodine, elle est essentielle, car c'est la source principale de malentendu ou d'incompréhension du «public» — notamment le public occasionnel — par rapport à la critique. Que n'ai-je entendu pour avoir ergoté sur la Neuvième de Beethoven de Kent Nagano, voire pour avoir posé des questions sur ses Gurrelieder de Schoenberg. Non, ce n'est pas forcément «excellent» parce qu'on met 300 personnes sur scène et que ça «paraît bien».

L'expérience de vendredi était à mes oreilles un très bel exercice dans le genre car, après la fin de semaine précédente, on avait un peu oublié que tout n'allait pas de soi en musique. Et en entendant le Beethoven de Mihaela Ursuleasa et des Violons du Roy, on se posait soudain des questions. Pourquoi le tempo ralentit-il souvent quand la dynamique est piano? Pourquoi les interventions bassons-clarinettes-flûtes ne sont-elles pas équilibrées (avec, dans les trois quarts des cas, beaucoup trop de flûte)? Pourquoi trois notes des vents, dont la première est forte et la dernière piano, sont-elles jouées avec une intensité égale? Pourquoi telle entrée de cordes pianissimo est-elle toujours mezzo-forte? Pourquoi Mihaela Ursuleasa joue-t-elle quatre mesures de notes piquées quand Beethoven en a écrit deux piquées et deux liées?

Voilà le genre de questions qui font passer les critiques pour des «chialeux», isolés dans leur tour d'ivoire. Mais voilà aussi, très exactement, les questions qui, lorsqu'elles suscitent de lumineuses réponses (j'englobe ici Éclairs sur l'Au-Delà... de Messiaen par Nagano, la Symphonie pathétique de Tchaïkovski par Gergiev et, au moins, les Symphonies nos 1, 3, 5, 7 et 8 de Beethoven par Paavo Järvi), font la différence entre un «excellent concert» et un événement majeur.

Le concert des Violons du Roy, dirigé par un Bernard Labadie très attentif à l'accentuation et au ressort des phrases, fut excellent. Il nous a valu dans Mozart, Schubert et Beethoven une musique bien phrasée, bien chantée, mais peu nuancée. À l'Amphithéâtre, même à 38, les musiciens n'avaient pas besoin de forcer par peur qu'on ne les entende pas.

Quant à la pianiste, elle a compris après quelques entrées d'orchestre qui remettaient le tempo de base sur les rails qu'elle était accompagnée avec une conscience stylistique aiguisée par Les Violons du Roy et pas par un orchestre symphonique quelconque. Nerveuse, elle a manqué son entrée et, trop excitée, elle s'est laissé déborder par le Finale. Mais ceci une importance marginale par rapport au panache et aux vraies qualités pianistiques de cette remarquable artiste, qui a joué en bis une mazurka de Chopin.

Collaborateur du Devoir