Festival de lanaudière - Paavo Järvi et son orchestre: champions du monde... et même pas dopés!

Paavo Järvi et la DKP ont offert un cadeau musical aux Québécois en leur accordant le privilège d’entendre la totalité de leurs Symphonies de Beethoven. Photo: Baptiste Grison
Photo: Paavo Järvi et la DKP ont offert un cadeau musical aux Québécois en leur accordant le privilège d’entendre la totalité de leurs Symphonies de Beethoven. Photo: Baptiste Grison

La Deutsche Kammerphilharmonie (DKP) et Paavo Järvi sont venus offrir aux Québécois un cadeau musical dont la portée peut à peine se décrire. Ni Tokyo, ni Chicago, ni New York n'auront finalement le privilège d'entendre la totalité de leurs Symphonies de Beethoven.

Ce parcours est présenté chronologiquement. Le périlleux programme de vendredi, regroupant les Symphonies n° 1, 2 et 3, amène à percevoir autrement le choc de la Symphonie héroïque. Un choc par la puissance, dès les deux premiers coups assénés, mais aussi par la quête de nouveaux coloris orchestraux. Il devient ainsi palpable avec quelle viscéralité Beethoven a été le premier compositeur à se mettre lui-même en musique, ou comment il a fait de la timbale un instrument expressif et non seulement un «articulateur rythmique».

La force du «projet Beethoven» de la DKP et de son chef se niche dans la révélation fondamentale que les détails ne sont pas des détails, mais les éléments constitutifs — tous importants — d'un édifice. Ces détails sont à chercher dans le moindre recoin: la percussion change de couleur en abandonnant les baguettes en bois après la 2e Symphonie; associé à des trompettes anciennes; le premier cor imite, en bouchant son pavillon, les sonorités des cors de l'époque (effets sidérants dans l'Héroïque, le 1er mouvement de la Quatrième ou le 3e volet de la Cinquième); les cordes jouent en permanence sur le dosage du vibrato.

Les exemples se multiplient à l'infini, car le détail n'est pas ici l'objet d'une obsession maniaque, mais bien d'une quête de sens. De la mise en évidence du détail naît en effet une vraie circulation musicale entre les pupitres. C'est pour les avoir vus jouer ce jeu-là avec passion et maestria que l'on peut qualifier les musiciens de la DKP de «champions du monde»! Je ne connais aucun orchestre témoignant d'une telle complicité et d'un tel engagement. Cette dimension a sauté aux yeux de tous, même profanes, et a valu aux interprètes un accueil digne de véritables rock stars. Car l'évidence saute aux oreilles. L'ovation après la Septième restera dans les mémoires des festivaliers.

Les grands moments de cette intégrale (dont restent à commenter, demain dans Le Devoir, les deux dernières symphonies) se bousculent. On citera la 1re, la 3e, la 5e, la 7e et les volets finaux de la 2e et de la 4e Symphonies, cette dernière au second mouvement, hélas, perturbé par la pluie. Les mouvements lents (2e, 6e, 7e!) ont bénéficié d'une légèreté de touche et de nuances quasiment inouïe.

Des points «faibles»? La Pastorale, très belle pourtant, n'a pas encore trouvé sa place dans le concept de l'intégrale. Elle est encore trop pastorale, trop descriptive, avec des ralentis, quelques fortissimos corsetés, des aplanissements d'accentuation qu'on ne trouve pas ailleurs dans le cycle. Curieusement, les cors, extraordinaires jusqu'à la Cinquième, ont paru plus neutres et moins puissants samedi soir (6e et 7e). Quoi qu'il en soit, Järvi et la DKP ont fait deux tiers du chemin à parcourir dans cette partition. Peut-être les échos de quelques grands anciens, tels Mitropoulos, Szell ou Paray, apporteront-ils quelques pistes intéressantes au féru d'enregistrements anciens qu'est Paavo Järvi!

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INTÉGRALE BEETHOVEN

Concerts I à III. Symphonies n° 1 à 7. Deutsche Kammerphilharmonie Bremen, dir. Paavo Järvi. Amphithéâtre de Lanaudière, vendredi 27 et samedi 28 juillet.

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Collaborateur du Devoir
4 commentaires
  • Michel Frechette Girard - Inscrit 30 juillet 2007 00 h 27

    Merci beaucoup, Monsieur Huss

    Certains experts diront que mes billets étaient mal situés en rangée BB hier après midi, AA hier soir(samedi) et BB à nouveau ce soir(dimanche).Trop près pour tout entendre.Mais en tant que profane, je n'allais pas à un concert symphonique seulement pour l'écouter mais aussi pour le voir.Pour voir j'ai vu , quels moments inoubliables si près d' un chef et des musiciens qui communiquaient autant et si bien , dans la discipline et en même temps dans la joie réelle de jouer cette musique, dans l'enthousiasme aussi comme dans la rigueur et la concentration...J'avais vraiment l'impression qu'ils étaient heureux d'être là.
    Sérieux, ils le sont sans jamais tomber dans la rigidité .Leurs corps parlent et font partie des instruments qu'ils jouent et dans le cas du chef sa présence est forte mais aussi chaleureuse.À l'évidence , il est le complice d'un groupe qui participe au projet et le suit volontairement dans une interprétation souvent bouleversante.
    Je ne suis pas un connaisseur , loin de là.Je crains même d'avouer qu'il y a 4 semaines, je ne connaissais pas les symphonies de Beethoven sinon quelques mouvements plus célèbres.Mais sans plus.C'est l'écoute de la collection proposée par Monsieur Fruitier qui m'a donné le goût d'écouter vraiment les symphonies de Beethoven.Je me suis procuré les neuf symphonies dirigées par le chef Herbert Karajan...et je me suis laissé transporter.Puis je vous ai lu à propos de ce chef qui venait présenter une intégrale au Festival de Lanaudière.J'ai lu ce que vous écriviez sur Paavo Jarvi, son parcours , sa quête...J'ai lu sur un blogue, votre avis sur le premier CD de ce projet Beethoven...Je me suis procuré des billets .Je vous remercie de nous avoir informés de la valeur de ce chef.Vous vous sommes très reconnaissants ma conjointe et moi .Nous venons de vivre grâce à vous, un moment que nous porterons en nous , très longtemps.Sans vous, nous aurions manqué une grande et belle expérience...
    Comme profane, je n'ai pas beaucoup de moyens pour noter une prestation symphonique. Les frissons qui ont parcouru mon corps... étaient la seule partition dont je disposais.Merci à vous, à Jarvi et pourquoi pas à Beethoven ...
    Michel Fréchette
    Montréal

  • Nicole Poupart - Inscrite 30 juillet 2007 09 h 44

    Paavo Järvi et son orchestre: champions du monde...

    Extraordinaire! Vous avez raison, j'en ai encore des frissons.

  • Johanne Sansfaçon - Abonnée 30 juillet 2007 23 h 46

    De concert avec vous!

    Nous sommes totalement sous le charme et le choc de ce week-end intensif de pur bonheur!
    N'est-ce pas Beethoven qui disait que de comprendre, ne serait-ce qu'une seule fois, sa musique transporterait l'âme de son auditeur dans une éternelle félicité?
    Quel plaisir chaleureux avons-nous eu droit en écoutant et regardant interagir avec une telle complicité les musiciens entre eux et le chef avec eux. Ils n'ont pas seulement joué de la musique, mais ils ont joué avec elle. De les voir était si captivant que même l'auditeur non musicien pouvait se faire une idée virtuelle de ce que ça peut être de jouer de la musique d'ensemble. Nous avonts été témoin d'un ébat sonore chargé d'une telle intensité et d'un tel souffle que c'en était grisant pour le coeur, le cerveau et l'âme. Leur sourire complice, leur silence entendu, leur écoute palpable, tout leur être n'était que musique et nous avions devant nous un organisme musical vivant prenant la mesure d'une oeuvre qui a révélé plus d'une fois l'intelligence immense, l'humanité infinie et la passion sans mesure d'un homme du 19e siècle qui avait tant à dire et à partager. Merci Ludwig Van Beethoven.

    J'ai senti du fond de mon âme les symphonies 1, 3-8. Les idées et les structures étaient révélées dans une telle cohérence que nous avions l'impression d'écouter un texte récité dans notre propre langue. Le dernier mouvement de la 5e symphonie de même que la 7e sont venus toucher droit au coeur ma compagne. Bravo et merci M. Jarvi. Bravo au Festival d'avoir programmé cette série. Elle restera gravée à jamais en nos coeurs.
    Frédéric Vogel et Joanne Sansfaçon

  • Christophe Huss - Abonné 31 juillet 2007 10 h 36

    Merci Monsieur Frechette

    Cher Monsieur
    Merci de votre très touchant témoignage
    Vous ne connaissiez peut-être pas les Symphonies de Beethoven il y a un mois mais vos mots montrent que vous avez compris l'essence même de la musique et de ce qui s'est passé cette fin de semaine.
    Je vous souhaite de continuer à explorer avec cet émerveillement et ce même bonheur le monde inépuisable de la musique classique à travers le regard de ses plus grands interprètes.
    Christophe Huss