Festival? Quel festival?

Le spectacle donné par Van Morrison était un des moments forts du 28e Festival international de jazz de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le spectacle donné par Van Morrison était un des moments forts du 28e Festival international de jazz de Montréal.

Il se trouve qu'au FIJM, je suis complémentaire. Le jazz, Marsalis, Stern et assimilés, j'y pige que dalle, j'y encadre que nib, pour parler polar. Alors je donne dans la périphérie grand public. Mesurez ma chance. La semaine dernière, Van Morrison, Dylan, le programme double Cabrel-Zachary, c'était tout pour ma pomme. Pensez si j'avais la banane. Surtout que c'était tout bon. Non. Fameusement bon. Des soirées ex-cep-tion-nelles. Van The Man a mené son orchestre comme un p'tit chef, le Belfast Cowboy se prenait pour John Ford dirigeant La Chevauchée fantastique. Dylan, lui, était Dylan, ce qui en dit déjà beaucoup. Qui plus est, il avait le tibia mobile, très rock'n'roll attitude, et même les doigts lestes sur sa Strato, comme quoi l'arthrite, pfuit! Cabrel plus Zachary, c'était trois heures de spectacle et des duos comme on en voulait: oui, on peut être inondé et content.

J'ai eu la semaine country-folk, aussi. Périphérique, toujours, mais moins Wilfrid. Avec Rickie Lee Jones, les Cowboys Junkies, Maud et Garth Hudson, Eleni Mandell, j'ai fait le plein d'âme, de miel et de sulfure. Rickie Lee a été électrique et intraitable (on est Duchess Of Coolsville ou on ne l'est pas), Margo Timmins des Junkies a été suave (est-elle jamais autrement que suave?), le bon Garth nous a fait visiter sa planète (avec Maud pour guide), et Eleni a été craquante, coquine et câline. Vouloir plus, je ne sais pas où j'irais. Certainement pas dans un autre festival de jazz.

Le fait est que j'ai passé ce FIJM pour ainsi dire hors-FIJM. Je n'étais pas le seul. J'explique. On arrive par les couloirs souterrains, on va à Wilfrid, et puis bye bye. On franchit l'entrée du site par la Catherine, angle Bleury, hop au Spectrum, et on ressort vite fait bien fait du site. Dix mètres aller, dix mètres retour. Même pas une saucette. À plus forte raison quand on va au Club Soda ou au Savoy du Métropolis: on n'est même pas dans le périmètre. C'est dire: on peut très bien passer sa semaine au FIJM sans être de la fête. Tout en profitant des formidables occasions que le FIJM procure. Pour qui aime la musique mais pas la foule, c'est vraiment bath.

Collaborateur du Devoir