Francis Cabrel et Zachary Richard à la salle Wilfrid-Pelletier - À temps double et à temps partagé

Zachary Richard et Francis Cabrel se sont d’abord présentés, pour qu’il n’y ait «pas de confusion». Et puis ils ont expliqué ce qui les avait amenés à Wilfrid hier soir: le désastre de Katrina, le spectacle-bénéfice organisé par Cabrel en France, l’écriture commune de La Promesse cassée. Et puis ils ont réitiéré ensemble cette Promesse, et Cabrel s’est éclipsé.

Zack a enchaîné avec Dans mon rêve, Cap Enragé, la terrible Ô, Jésus. C’était du Zachary Richard des grands soirs, sono impeccable, arrangements plus que riches, et les quatre choristes «directly from New Orleans» étaient particulièrement vibrants, mais au milieu de Ikuan Ishpesh, j’ai eu la nette impression qu’on ne reverrait pas Cabrel avant la fin de la première partie. Que ça allait n’être que ça, la rencontre entre le gars à l’accent du sud (de la France) et le gars à l’accent du sud (de la Louisiane): deux très bons shows accolés, sans communion.

Je me disais: Cabrel est un timide, un perfectionniste. Il n’osera pas se lancer sans filet dans un autre spectacle que le sien. Et puis, tout à mes savantes déductions, alors que Zack boutait le fou à Wilfrid-Pelletier avec son Hootchie Kootchie pour toi syncopé en Bo Diddley Beat, puis ramassait tout le monde à la petite cuiller avec son Blues du voyageur, puis donnait à ses choristes le temps de pleurer La Nouvelle-Orléans, mine de rien, Cabrel est revenu. Et fin seuls, Zack et Francis ont chanté Au bord de Lac Bijou. Guitare, mandoline, harmonie aux refrains. Simplicité, beauté. «Tu vas rester avec nous?», a demandé le Cajun au non-Cajun. Cabrel a souri. Les musiciens sont revenus, et ç’a été La Ballade de Jean Batailleur. Version immense. Clameur conséquente. Cabrel est reparti, Zack a relancé le party avec son plat d’Écrevisses. Wilfrid était debout et se trémoussait. Et personne ne s’est rassis pendant Dancing At Double D’s.
On aurait dit une fin de show. La première partie avait déjà 100 minutes dans le corps. J’ai dû quitter à ce moment-là. Restaient les 18 titres prévus au programme de Cabrel, dont tout un tas de duos avec Zack, assurément. Sans compter les rappels. Travailler, c’est trop dur? Pas pour ces deux-là.

Collaborateur du Devoir