Cabrel et Zachary, de Lafayette à Montréal

Francis Cabrel et Zachary Richard chantant côte à côte à Lafayette, en Louisiane.
Photo: Francis Cabrel et Zachary Richard chantant côte à côte à Lafayette, en Louisiane.

Scott, Louisiane — Sans raison apparente, la grosse Cadillac Eldorado de Zachary Richard a pris feu dans son garage. Le moteur ne tournait pas et rien n'explique en fait l'embrasement spontané de ce paquebot des années 60 que le poète-chanteur chérissait au point de s'être plusieurs fois prêté au jeu des photos avec elle. «Le diable était sûrement dans cette Cadillac! C'était juste une Cadillac maudite, c'est sûr! Tout y a passé à cause d'elle. On a dû tout faire reconstruire. C'est en bois maintenant, comme la maison, et ç'a donné ça», c'est-à-dire une sorte de hangar de ferme, en planches un peu frustres qui semblent avoir été battues par le vent depuis toujours mais qui s'harmonisent comme un accord parfait avec sa maison et le paysage vert de ce sud de rêve.

Depuis, Zachary s'est racheté une Cadillac. Une neuve, très grosse, rutilante, noire comme un piano laqué. Il s'en sert au moins une fois par semaine pour se rendre à New Orleans faire les courses et remplir le garde-manger de produits un peu plus raffinés que ceux qu'on trouve tout près de chez lui, dans ce vieux pays des Cadiens.

À côté de sa nouvelle Cadillac, accroché au mur, se trouve un beau vélo de course très léger. «J'ai acheté le vélo à Montréal et j'ai commencé à m'entraîner sur les routes des alentours. Ce printemps, j'avais le projet de faire le tour de l'Afrique à vélo. C'est un projet qui m'intéressait vraiment beaucoup, mais je n'ai pas vraiment le temps et mon dos me fait un peu souffrir.» Il n'empêche que Zachary, svelte et énergique, est en pleine forme. Il aime toujours danser sur scène, accordéon au cou, et il danse, danse et danse, comme le montre son spectacle avec Francis Cabrel...

Mais ce hangar de Zachary est plus qu'un hangar. On y trouve son grand studio d'enregistrement personnel. Sur les murs, partout, de belles photographies, la majorité en noir et blanc, retracent la carrière de cet enfant chéri de la Louisiane. «Avant, tout était très compliqué pour les enregistrements. Mais avec les ordinateurs et mon studio, je peux commencer ici des chansons, voir ailleurs comment ça avance, puis comparer, ajouter, tout mettre de côté, reprendre quand je veux... Tout est possible. Ici, c'est un endroit où je n'enregistre rien de façon définitive, mais ça me donne tout de même plus de possibilités qu'avant, tu vois, pour travailler les chansons comme je veux, vraiment à ma façon.»

Francis Cabrel vient d'arriver à la maison avec du vin et ses musiciens. Timide, comme à son habitude, mais parfaitement détendu après la réussite du spectacle de la veille. «Avant l'ouragan Katrina, je ne connaissais pas vraiment Zachary autrement que par ses disques et sa célèbre chanson reprise par Julien Clerc [Travailler, c'est trop dur]. Zachary est un de ceux qui ont voulu vite organiser quelque chose pour porter secours aux victimes du désastre. J'ai accepté de chanter avec lui sans hésiter. Depuis, on est devenus amis», explique Cabrel. Et c'est de cette rencontre sous le ciel du désastre qu'est venue l'idée d'un spectacle commun, d'abord présenté au Festival international de Lafayette, puis repris demain à Montréal, dans une version améliorée, dans le cadre du Festival de jazz, à la salle Wilfrid-Pelletier.

Les écrevisses

Dehors, on a dressé trois grandes tables que Zachary couvre de longs plastiques blancs taillés à même un immense rouleau dévidoir. Sur les tables ainsi protégées, on déverse des monceaux d'écrevisses chaudes, bien rouges et vivement assaisonnées, selon la coutume locale. «On a aussi des écrevisses chez moi, explique Cabrel en retrait, mais jamais autant qu'ici! On en mange tout de même un peu, chaque année, une soixantaine au plus. Mais ici, regardez, c'est plusieurs centaines juste pour ce repas entre amis!»

Pour Cabrel, qui mène cette année une petite tournée américaine en deux temps, il y a encore beaucoup de leçons à tirer des chansons et de la musique du Nouveau Monde. «Aujourd'hui, j'essaie de revenir aux valeurs sûres. Plus ça va et plus je pense qu'il faut revenir à des choses de base, un peu comme le fait Neil Young par exemple. Il faut aller à la vérité... C'est ce que fait Zachary. Ce n'est pas la peine de mettre 30 tonnes d'orchestration sur une chanson. Il faut d'abord qu'elle soit juste. Je pense que si une chanson comme Petite Marie dure, par exemple, c'est à cause de sa vérité dans la simplicité. Je m'intéresse à cet aspect de la musique plus que jamais.»

Assis au coin de la galerie de bois de Zachary Richard, Cabrel parle simplement, très à son aise, alors que la lumière chaude et rasante de la fin du jour balaie doucement son visage de vieux routier de la chanson française. Même s'il est au sommet de sa gloire, Cabrel demeure un inquiet permanent, jure-t-il. «J'ai toujours fonctionné à très court terme pour la musique. Je ne me suis jamais imaginé durer, au départ. Je doute beaucoup, tout le temps. Je voulais vraiment faire autre chose dans ma vie. Je pensais au début que je ferais un ou deux disques. Pas plus. Mais ç'a fonctionné! Je demeure pourtant toujours inquiet face à ce que je fais. J'ai vraiment essayé de faire autre chose, mais au fond, la chanson, c'est tout ce que je sais faire. Mon succès constitue, encore aujourd'hui, un mystère pour moi. Je touche du bois parce que ça peut s'arrêter demain. C'est toujours ce que je me dis. De sorte que je suis un peu comme un débutant à chaque fois que je monte sur scène ou que je lance un nouveau disque, ici ou ailleurs... »

Passionné d'ornithologie, Zachary Richard, jumelles à la main, s'éclipse volontiers avec Cabrel pour lui montrer quelques-uns des oiseaux qu'il affectionne tout près de chez lui. Les deux hommes partent à pied tranquillement du côté de chez Barry Jean Ancelet, cette autre figure de proue de la «renaissance» cadienne des années 70, qui habite pas très loin de là.

La veille, à Lafayette, Cabrel et Richard ont présenté devant une foule ravie et compacte quelques-unes de leurs grandes chansons respectives pendant plus de deux heures. Cabrel, d'abord, a enchaîné une suite des succès qu'il accumule depuis 30 ans. Puis, dans une sorte de deuxième partie, Zachary a livré ses chansons. Le passage de l'un à l'autre s'est avéré facile puisque les deux hommes partagent des musiciens communs depuis quelques années.

L'arrimage de leurs deux univers se fait grâce à un court pont de duos, dont celui créé en marge du désastre de Katrina. Au fond, ce spectacle à deux voix s'avère plutôt un programme double, du moins dans la forme retenue en Louisiane. Mais pour leur venue à Montréal, Cabrel et Zachary ont promis d'ajouter un peu plus d'éléments communs. À Lafayette, il faut noter que le spectacle se concluait magnifiquement par l'arrivée sur scène d'une chorale d'enfants, des élèves du programme de français, rien de moins que «l'avenir du français en Louisiane», a dit Zachary Richard avec énergie et fierté.

Notre journaliste s'est rendu en Louisiane à l'invitation de l'Office de tourisme de l'État de la Louisiane et du Festival international de jazz de Montréal.
3 commentaires
  • G. Tod Slone - Inscrit 5 juillet 2007 05 h 19

    Les Quebecois, "foule ravie et compacte" ?

    Pourquoi gaspiller tant de temps et d'encre sur la Cadillac de Zachary Richard ? Est-il possible d'ouvrir une revue ou un journal au Quebec sans voir la gueule de Zack ?

    Les journalistes du Devoir n'ont-ils rien d'autre a foutre que d'ecrire des articles sur Zack comme si c'etait le seul niaiseux a parler francais en Louisiane ? N'ont-ils rien d'autre que de propager cette connerie nationale/catholique du « vieux pays des Cadiens » qui est en voie de devenir vieux pays des Wetbacks ? Esperons que les Quebecois se fatiguent un jour d'etre « une foule ravie et compacte » et de bouffer les imbecilites ecrites par les journalistes du Devoir !

    Le crime et la corruption sevissent en Louisiane ! Allez, faites un tour dans ce pays de merveilles a la Alice catho-franco... et blablabla... mais surtout en Nouvelle Orleans et a Baton Rouge la ou les petits Noirs sans ames flingue a la main aimeraient vous foutre des coups dans la gueule pour la simple couleur de votre peau franco !

    Les journalistes du Devoir doivent se regarder dans la glace et se demander quel est leur vrai devoir ? Etre payes pour faire de la guidounerie de la presse ou ecrire des articles serieux et engages contre les pouvoirs qui cherchent a detruire la democratie et rendre le peuple bete et servile et surtout gaga devant les starlets comme le vieux Zack ? Mais quel triste tas d'ecrivains quand meme !

    Au plaisir,
    G. Tod Slone, redac'chef
    The American Dissident
    www.theamericandissident.org

  • G. Tod Slone - Inscrit 5 juillet 2007 05 h 31

    PS

    Et penser que le conseil du Devoir n'est autre que "Le Cerveau a besoin d'exercice quotidien" ! Mais avec l'exo qu'il nous offre, que vous nous offrez, on deviendra surement « ravi et compact. » Haw !

  • Julien Beauregard - Inscrit 5 juillet 2007 23 h 30

    Le monde vs Monsieur Tod Slone

    Apprenez monsieur les rudiments du journalisme. Un article couvrant l'actualité de deux artistes présentement en ville, en duo, pour le festival de Jazz, n'ont pas nécessairement à voir leur couverture dans une exposition dénonciatrice de la situation dramatique et perpétuelle d'ici comme ailleurs.

    Corruption, malédiction et pauvreté : y en a partout. C'est peut-être un "Devoir" que d'en écrire des lignes, mais pas besoin d'en faire une propagande de tous lieux, tous instants.

    Ce ne seront pas là vos dernières niaiseries réactionnaires, cher "american dissident", et mon message passera sûrement dans le broyeur mais j'aurai au moins la satisfaction personnelle d'avoir au moins donné une leçon de vie à quelqu'un qui se croit seul dans ce grand monde endormi. Le monde est très gris à défaut d'être dychotomique.

    PS : c'était un bel article. J'ai lu les contes et poêmes de Zachary Richard et sa spontanéité d'expression me ravit. Cabrel et Richard inspirent l'appaisement spirituel. On goûte presque le sud de la France ou le vent humide de la Louisianne.