Critique du nouvel album de Céline Dion - D'elles ne vaut pas plus qu'elle

Aimer D'elles aurait été, comment dire?, un soulagement. Y en a jusque-là d'être le vilain de service, d'être perçu d'office comme celui-qui-va-encore-casser-du-sucre-sur-le-dos-de-Céline. Celui qu'Enjeux appelle dans l'espoir d'obtenir matière à controverse. Je n'ai rien contre Céline Dion, personnellement. Ni contre René Angélil. Je soupçonne même que dans une autre vie, où j'aurais été intervieweur plutôt que critique, on se serait bien entendus.

Ça ne risque pas d'arriver. J'écoute D'elles pour la dixième fois en deux jours et constate, à mon corps défendant, que malgré tous ces textes d'écrivaines d'indéniable calibre, malgré les efforts indéniablement sincères de la chanteuse pour les rendre avec la plus grande sensibilité possible, cet album n'est pas la réussite espérée. Loin de là. D'elles ne vaut pas D'eux. D'elles ne vaut pas plus qu'elle. Et Céline Dion n'a jamais été aussi mauvaise interprète.

Grosse affirmation, je sais. Tentons une explication. Céline Dion a un registre hors du commun, ne chante que des notes absolument justes, notes qu'elle peut pousser à volonté. Avec ces atouts, elle fait quoi? Elle fait de son mieux. Elle déploie des efforts considérables pour que les émotions que les chansons lui font ressentir en rapport avec sa propre vie imprègnent les enregistrements. À plus forte raison dans le cas de ces chansons-ci, écrites sur mesure pour elle par les Janette Bertrand, Denise Bombardier, Lise Payette et autres Françoise Dorin: pour ces textes qui la bouleversent assurément, Céline se donne corps et âme, à n'en pas douter. Seulement voilà, si Céline Dion chante juste, elle interprète faux. De la même façon qu'on dit d'une actrice qu'elle joue faux. Entre l'intention et le résultat, quelque chose ne passe pas. À travers D'elles, plus que jamais auparavant, ses interprétations sont affectées, dénuées de naturel. Exemple: quand elle choisit de lire en chuchotant les premiers vers de la Lettre de George Sand à Alfred de Musset, bonne idée en soi, le rendu est désespérément factice. Elle lit de tout coeur, et pourtant, on dirait qu'elle fait semblant. Tout est trop appuyé, sursignifié, mélodramatisé. L'émotion, la vraie, se perd, se noie.

En vérité, Céline Dion empire. L'émotion n'était pas à ce point surjouée au temps des chansons d'Eddy Marnay, au temps de Dion chante Plamondon et de L'amour existe encore. Jean-Jacques Goldman, pour l'album D'eux, était presque parvenu à établir la connexion entre l'intérieur et l'extérieur. On a l'impression que toutes ces années passées à se frapper la poitrine soir après soir à Las Vegas ont amplifié chez Céline les tics, les maniérismes, allant jusqu'à ériger en «style» cette façon d'en faire tout le temps trop. Ça va loin. Ça va jusque dans la prononciation des voyelles, tellement fermées qu'on dirait que Céline a la bouche constamment pleine de patates chaudes. Écoutez comment elle prononce le mot «coeur» dans la même Lettre. Quand elle passe dans le haut registre, ce qu'elle fait tôt ou tard dans la plupart des chansons, le timbre devient nasillard, voire criard. Bizarreries de chanteuse trop longtemps laissée à elle-même.

Tout ça est bien désolant. L'idée de commander des textes à ces femmes d'envergure était heureuse et donne lieu à d'intéressantes perceptions de Céline. Denise Bombardier cerne bien «la douleur de cette mal-aimée», même si la comparaison avec la Callas a ses limites. L'image de l'«épaule opportune / Où cacher son bonheur» est fort bien trouvée par Françoise Dorin dans la chanson qui ouvre l'album, Et s'il n'en restait qu'une (je serais celle-là). Janette Bertrand, reine de l'empathie, offre une Berceuse qui, sur papier, semble écrite par Céline elle-même: c'est quand Céline la chante que le texte semble emprunté. Un comble.

Textes de qualité, musiques de tâcherons: l'équipe de faiseurs de tubes — Érick Benzi, David Gategno, Jacques Veneruso, Gildas Arzel — a dûment fait des tubes. Pop à numéros, ballades télégraphiées. Étonnamment, c'est le tandem Marc Dupré-Jean-François Breau qui s'en tire le mieux: leur version d'On s'est aimé à cause ne pèche pas par grandiloquence. Et la grandiloquence est la tendance forte des arrangements de l'album: c'est presque une règle, les chansons commencent délicates, finissent pompeuses. Comme si chacun avait voulu récrire la chanson de Titanic. De fait, l'air de La Diva évoque irrésistiblement celui de la chanson-thème du film La Belle et la Bête. La création intervient peu ici: on frôle le copier-coller.

Mais qui s'en soucie? Céline est certaine d'avoir enregistré le disque de sa vie, les contributrices jubilent, les caisses tintent depuis mardi. La dissidence critique est parfois bien superflue.

Collaborateur du Devoir

D'ELLES

Céline Dion

Columbia - Sony-BMG
23 commentaires
  • Royal du Perron - Inscrit 25 mai 2007 07 h 09

    Pauvre Monsieur Cormier !

    Vous avez certes droit à vos opinions mais votre texte, hautement subjectif au demeurant, désole par sa frivolité et son amateurisme. Il nous ramène vers ce que le peuple québécois a de plus petit : le dénigrement de ses compatriotes, surtout si leur réussite est éclatante. Mais vous avez eu raison de conclure en suggérant : « La dissidence critique est parfois bien superflue. »

  • Cathie Normandin - Inscrite 25 mai 2007 07 h 48

    C`est bien vrai...

    Bonjour, j`écoutais beaucoup la musique de Céline Dion quand j`étais plus jeune (j`ai 20 ans) mais maintenant je n`en peux plus. Elle fait des envollées à toutes les 4-5 secondes.
    Elle n`a jamais écris une seule note de musique, aucune parole.
    Ce n`est pas une artiste. C`est seulement une interprète.

  • Emylien LUGO - Inscrit 25 mai 2007 07 h 49

    Réaction d'un non professionnel...

    Bonjour,

    Avant d'évoquer la critique musicale en elle même j'aimerai vous donner mon impression en ce qui concerne la "pseudo objectivité" de l'auteur de cet article qui a beau essayer de nous en convaincre mais ne semble pas vraiment porter le couple Dion-Angélil dans son coeur. Donc, comment pourrait on lire cet article écrit sans aucune impartialité...?

    Personnellement je trouve le concept de cet album éblouissant. La voix n'as rien a envier aux années passées, elle est pleine, puissante, pleine et forte. Forte en émotion, justesse et interpretation.

    Ne vous seriez vous pas prononcé en ce qui concerne "Si j'étais quelqu'un" par pure coïncidence ? Texte de Nathalie NESCHTEIN auteure du receuil "Ma différence". Femme originaire du Sud de la France atteinte de trisomie 21 et qui signe un texte plein d'espoir et nous emmène à réfléchir sur une vision élitiste et hypocrite de la société d'aujourd'hui ? "Si j'étais quelqu'un, Noir ou blanc, Comme les autres, Je serais comme toi..."

    "S'il n'en restait qu'une" est une chanson que chaque personne, les gens simple peut être s'approprient si aisément... Qui constitue ce monde ? En grande majorité les gens simple, Monsieur et Madame tout le monde...Il s'agit d'un espoir d'amour et une force dans la vie, la force de vivre moins égoïstement et se battre pour l'autre...

    "Je cherche l'ombre" possède une orchestration superbe et un style sobre dans l'interpretation, sincère et pleine de sens. "Je cherche l'ombre pour pleurer avec toi mon amour sur cette vie trop courte qui file entre nos doigts et qui mange le jour en m'éloignant de toi" L'amou serait il si improbable ?

    J'en finirai tout de même par un bémol avec "La Diva" qui à mon sens se différencie dans une interprétation qui cherche a en faire trop passer, au pointy d'en perdre le fil conducteur.

    Si l'américanisation de Céline Dion au cours des 5 dernières années a heurté plus d'une personne je peux le comprendre mais de là a classer d'Elle de "vilain de service"...?

    Je n'ai pas la prétention de me positionner comme critique musicale ou autre d'ailleur mais Céline Dion nous sert avec D'Elles, un album à sa hauteur, plein de sincérité, de justesse, d'émotion avec une trés belle interprétation et une musicalité épurée mais vraiment magnifique !

  • jacques noel - Inscrit 25 mai 2007 08 h 27

    Céliiiiiiinnnneeee

    En France, la gloire c'est d'avoir un nom: Piaf, Aznavour, Moustaki, Brel, Bécaud, Greco. Seule exception: Barbara. Mais elle c'est son nom!

    Au Québec, la gloire c'est d'avoir un prénom. Céline, Ginette, Jean-Pierre, Félix, Janette.

    Et là c'est rendu en politique. Après Mario vient d'apparaitre Pauline. Exit Madame Marois, exit les bijoux de la Castafiore. Maintenant c'est Pauline, la fille du mécanicien, la madame d'a-coté à qui on va emprunter une livre de beurre.

  • André Boileau - Inscrit 25 mai 2007 09 h 31

    Merci d'oser le dire

    J'ai entendu des critiques semblables de plusieurs chroniqueurs à la radio de R.C. il y a quelques jours et je me suis alors réjouis du fait que notre "démesure" collective envers Céline Dion n'était pas partagée par tous. Elle a sans doute de grandes qualités techniques mais ses prouesses vocales ne compensent pas à mon avis son vide intérieur.
    André Boileau