Vitrine du disque

Pop
LIVE IN CONCERT 2006
Barbra Streisand
Disque double
Columbia - Sony-BMG
Appelez-ça une drôle de coïncidence. Moi, j'appelle ça un rappel à l'ordre. Une semaine avant la déferlante Céline, les disquaires recevaient ça. La Streisand. Son extraordinaire spectacle de l'an dernier.

Ça relativise les superlatifs. Il n'y a qu'à écouter ce double CD (ou visionner le DVD correspondant) pour mesurer l'écart, pour entendre ce qu'elle a, elle, qui manque à l'autre, à toutes les autres. Je réitère mon constat de 2006: Barbra Streisand est à 64 ans, comme à 40, comme à 20, la plus grande chanteuse de l'univers connu. C'était vrai quand elle chantait People à Central Park en 1967, c'était encore vrai quand elle nous a chanté People en fin de première partie au Centre Bell. Personne, depuis Sinatra, depuis Judy Garland, depuis Elvis, n'a ce sens inné de la nuance, cette profondeur dans le timbre, cette maîtrise des effets, cette pureté de la note tenue à volonté, ce mélange unique de totale classe et de sacré chien. Un spectacle parfait, sauf la participation des bellâtres d'El Divo. Babs se trompe seulement quand vient le temps de choisir avec qui chanter.
Sylvain Cormier

Chanson
LA DIVA DES ANNÉES 60
Monique Leyrac
Trois disques + DVD
Analekta
Dans le tohu-bohu Céline, une voix d'hier s'élève. Pas le plus grand registre, pas le coffre de Fort Knox, pas même la note toujours parfaite. Pourtant, quelle voix! Quelle vérité dans chaque mot chanté! Quelle douceur dans le timbre! Quel art d'interpréter! Grandissime, sublime Leyrac. Merci à Analekta pour ce coffret qui permet à la plus exquise chanteuse de l'histoire de la chanson québécoise d'exister en magasin. Merci pour l'heure des chansons les plus mémorables de ses nombreux disques des années 50, 60 et 70, à la gloire du répertoire de nos chansonniers. Merci pour ses spectacles les plus célébrés, le Nelligan, le Félix, intégralement réédités. Et merci pour le DVD, si court soit-il: au moins, on la voit, et voir chanter Monique Leyrac sur scène, c'est comprendre. Richesse de contenu qui n'excuse pas la pauvreté du contenant: ce boîtier de papier carton, ce titre réducteur (rien que les années 60?), ce design de peu de goût (ce jaune?), ce livret déficitaire (de quels vinyles, les chansons?), ça jure et ça choque. Mais l'essentiel demeure: Monique Leyrac chante.
S. C.

Classique
TELEMANN
Cantates pour basse. Klaus Mertens, Il Gardellino. Accent ACC 24167(Gillmore)
L'ensemble Il Gardellino a été créé en 1988 par Marcel Ponseele, qui est au hautbois baroque ce que Callas était au chant. Ponseele s'était alors entouré des meilleurs spécialistes, oeuvrant par ailleurs à La Petite Bande ou à La Chapelle royale. Il Gardellino nous a donné plusieurs disques magiques chez Accent, dont Concerti d'amore et le programme Concertos baroques pour hautbois. Après un disque mi-figue, mi-raisin consacré aux frères Graun, Ponseele et ses amis nous reviennent avec un remarquable disque Telemann qui concernera tous ceux qui s'intéressent à la cantate baroque allemande (Bach, Graupner, etc.). L'auteur de la notice introductive attribue au fait que Telemann était lui-même baryton son investissement dans ces oeuvres. Les quatre cantates intimistes enregistrées ici confient au soliste la tâche d'illustrer ou de commenter la morale des écritures, d'en livrer le message. Klaus Mertens est parfait dans ce rôle de prédicateur porté par une musique éloquente. Le CD est complété par deux très beaux trios avec hautbois.
Christophe Huss

Pop-jazz
Hey Eugene!
Pink Martini
Audiogramme
Que la fête commence! Le coloré groupe Pink Martini revient à la charge avec ce troisième album, Hey Eugene!, qui ajoute quelques cordes à son arc déjà riche de chansons d'allégeance populaire déclinées en autant de styles et de langues que de pays d'où on les a extirpées. Le portugais roucoule sensuellement dans Cante e dance, le japonais surgit dans Taya Tan, qui rappelle parfois l'humeur un brin rétro, charmante et délicate du film Shall We Dance. La chanteuse China Forbes (dont la voix ressemble à celle de Holy Cole) et ses choristes risquent même une incursion dans le répertoire arabe avec Bukra Wba'do. La formation, qui se qualifie de «"musical" hollywoodien romantique des années 40-50 avec une approche moderne», selon son fondateur et directeur artistique Thomas M. Lauderdale, compte une douzaine de musiciens aux influences les plus diverses. Le petit orchestre s'est tout de même réservé l'anglais pour la chanson principale, Hey Eugene, l'une des pièces-cultes du groupe lorsqu'il chante live, enfin immortalisée sur album. Le résultat, toujours léger sans manquer de rigueur, donne envie de sourire et de rêver. Un bémol: en élargissant son répertoire, le groupe perd un peu l'unité du son plus jazz qu'il avait jusqu'ici privilégié...
Frédérique Doyon

Monde
WORLD CIRCUIT PRESENTS...
Artistes variés
Double CD
World Circuit - Warner
Avant 1997, le label anglais de Nick Gold avait révélé au monde entier tout le génie d'Ali Farka Touré, sorti des placards de nombreux trésors tels l'oudiste soudanais Abdel Gadir Salim ou les Cubains Nico Saquito et Guillermo Portabales, avait poussé de jeunes talents comme la Malienne Oumou Sangaré et les Espagnols de Radio Tarifa. Puis vint le Buena Vista Social Club, formidables retrouvailles avec des papys délaissés et disque charnière de l'histoire commerciale des musiques du monde. Depuis lors, non sans raisons, on a reproché à World Circuit le resserrement de son catalogue autour de la famille du Buena Vista ou de quelques grands noms comme Ali Farka Touré, Toumani Diabaté, Cheikh Lô et quelques autres. Au détriment d'artistes comme Abdel Gadir Salim et Oumou Sangaré, par exemple. Mais cela ne doit pas nous faire oublier l'essentiel: depuis 20 ans, World Circuit incarne tout un pan des musiques africaines et cubaines. Ce disque-compilation, qui renferme six inédits, propose donc une passionnante odyssée à travers de nombreux classiques, dont plusieurs qui ne sont plus disponibles sur le marché.
Yves Bernard

Classique
CABELL
Airs de Puccini, Gounod, Menotti, Gounod, Delibes, Gershwin, Tippett, Berlioz, Charpentier, Bellini et Donizetti. Orchestre philharmonique de Londres, Andrew Davis.Decca 475 7661
La sculpturale soprano américaine Nicole Cabell, lauréate du Concours de Cardiff en 2005 (le plus huppé des concours de chant, avec Operalia), avait fait une ensorcelante apparition au Gala de l'Opéra de Montréal la même année. Son talent n'a pas échappé aux recruteurs de la maison Decca, qui la lancent dans le grand bain avec ce CD mêlant à de grands classiques (O mio babbino caro ou Ah! Je veux vivre) quelques raretés (airs de Menotti ou Tippett). Ce bien beau récital est assumé avec beaucoup de cran. Qualité remarquable: jamais Nicole Cabell n'essaye d'enjôler le micro, de retirer de la sève aux airs juste pour séduire. Mais la chanteuse ne s'aventure-t-elle pas parfois au-delà de sa puissance naturelle? Il en va un peu de Nicole Cabell comme de Salvatore Licitra: la chanteuse sur scène impressionne davantage que la voix devant le micro. La phonogénie ne s'acquiert pas et, chose que nous n'avions pas remarqué au concert, la voix fait dix ans de plus que son âge réel. Admirable, vraiment, mais pas envoûtant.
C. H.