Berlin - La Philharmonie se penche sur son passé nazi

Berlin — Plus de 60 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'un des orchestres les plus prestigieux au monde, la Philharmonie de Berlin, se penche sur son passé durant la période nazie de 1933 à 1945 et tente de clarifier l'attitude controversée de son chef d'orchestre de l'époque, Wilhelm Furtwangler.

«Nous n'avons jamais vraiment fait la lumière sur l'histoire de la Philharmonie sous le national-socialisme», a reconnu l'Américaine Pamela Rosenberg, directrice exécutive du Berliner Philharmoniker, en présentant le programme de la saison 2007-08.

«Un terme comme "faire la lumière" pèse lourd, même de nombreuses années après les événements», a-t-elle ajouté. Mais «qui, sinon nous, a le devoir de lier un regard sur le passé au souvenir de destins personnels?», a-t-elle encore interrogé.

Dans les mois qui viennent, un ouvrage rédigé par l'historien Mischa Aster en coopération avec l'orchestre doit donc être publié afin d'étudier avec précision cette période sombre.

L'orchestre prévoit également organiser une exposition et réaliser un téléfilm qui sera diffusé sur les chaînes publiques.

Au coeur de cette expédition dans le passé, le rôle de Furtwängler qui dirigea le prestigieux orchestre de 1922 à 1945, puis de 1952 à sa mort le 30 novembre 1954 à Baden-Baden. Considéré comme l'un des plus grands chefs d'orchestre de tous les temps, il fut l'objet d'attaques sévères, notamment par les Américains à la fin de la Guerre.

Il fut ainsi interdit de scène en 1945 par les troupes d'occupation américaines qui l'accusaient d'avoir servi le régime nazi.

Resté en Allemagne après l'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir en 1933, le maestro a été utilisé comme outil de propagande hitlérienne tout en aidant des musiciens juifs.

Dès 1933, il critiqua avec virulence la discrimination subie par les musiciens juifs. «En fin de compte, je ne reconnais qu'une seule ligne de séparation, celle entre le bon et le mauvais art», écrit-il au ministre de la Propagande, Joseph Goebbels, pour souligner son désaccord avec cette discrimination.

«Fin 1934, en protestation contre le régime, j'ai renoncé à toutes mes positions et tous mes titres», soulignera-t-il en 1946 dans son témoignage Mon attitude face au national-socialisme.

Il occupa néanmoins une place enviable dans les milieux culturels du Troisième Reich, ses concerts étaient souvent retransmis à la radio pour soutenir les troupes.

Adolf Hitler et le numéro deux du régime, le ministre de l'Aviation Hermann Göring, notamment, assistèrent à ses concerts.

En 2002, le réalisateur hongrois Istvan Szabo a consacré un film, Taking Sides, au cas Furtwangler.

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