Rencontre avec le trio Omnikrom - Plus grand que nature

Omnikrom est surtout connu du grand public pour le scandale médiatique déclenché l’été dernier autour du débat sur les paroles salaces du rap.
Photo: Omnikrom est surtout connu du grand public pour le scandale médiatique déclenché l’été dernier autour du débat sur les paroles salaces du rap.

La limite entre la réalité et la fiction est plutôt floue chez Omnikrom. Tels de grands adolescents, ce trio de rap-électro s'amuse avec des paroles alambiquées sur des rythmiques enflammées. Leur musique constitue pourtant un vent de fraîcheur dans le paysage québécois, et ils sont aidés dans leur démarche par DJ Champion, TTC, Numéro# et Ghislain Poirier.

Omnikrom est surtout connu du grand public pour le scandale médiatique déclenché l'été dernier autour du débat sur les paroles salaces du rap. L'article paru dans La Presse et qui avait provoqué la polémique était pourtant fallacieux, car il se basait sur une pièce qui aurait été interprétée aux FrancoFolies, ce qui ne fut pas le cas. Cela dit, les écarts de langage des trois jeunes dans la mi-vingtaine d'Omnikrom sont en fait révélateurs d'une tendance lourde à l'ironie au sein de cette génération qui se plaît à briser les conventions du «politiquement correct» établies par la génération de baby-boomers vieillissante.

Une pièce de leur premier album, Trop banane!, lancé cette semaine, s'adresse directement à cette génération: Nananana interpelle ainsi les «vieux» qui ne comprennent pas leur démarche. «Ils sont vieux, il faut les border. Un peu de compassion pour ces vieux bornés», lancent-ils avec leur humour notoire. «La pièce raconte la chose de manière exagérée, presque enfantine», reconnaît Jeanbart, l'un des deux rappeurs du groupe rencontré dans son salon devant son immense téléviseur de 50 pouces. «On s'attaque à une façon de penser plutôt qu'aux vieux en tant que tels, précise son comparse Linso Gabbo. C'est une chose qui est générationnelle, mais ce n'est pas tous les jeunes qui nous aiment non plus. Il y a des jeunes qui ne nous aiment pas, mais ce n'est pas pour les mêmes raisons. Ils comprennent l'humour et la musique, mais ils n'aiment pas ça. Souvent, les vieux ne comprennent pas et ils pensent simplement que c'est "mal".»

Ainsi, la limite entre le grossier et le respectueux, entre la facilité et la profondeur d'esprit, ou encore entre la musique pop et la musique indépendante est facilement brouillée. «Je vois plutôt ma vie comme un dessin animé», lance en boutade Gabbo, pour expliquer ces tiraillements.

«Les jeunes ne sont pas stupides non plus, ajoute Jeanbart. Ils ne pensent pas que ce qu'on raconte est la réalité. Il faut aussi qu'il y ait des endroits pour se laisser aller et vivre dans l'imaginaire.»

Amateurs de jeux vidéo et de télévision, ils lancent des élucubrations qui deviennent plus grandes que nature. «Aux nouvelles télés, tout est grossi, remarque Jeanbart. Dans les films, tout est dix fois plus gros que dans la vraie vie. On a grandi avec cela. C'est probablement pourquoi notre génération aime les exagérations. On fait donc de la musique exagérée.»

«Plus tard, à 60 ans, je pense que je vais encore jouer à des jeux vidéo, ajoute Gabbo. C'est quelque chose qui fait partie de ce que nous sommes. On a vieilli à notre façon et maintenant c'est le temps de prendre le contrôle des choses et de voler les jobs [rires].»

Le trio est vu par les mélomanes comme un «antidote festif aux blues existentialiste», rapporte avec justesse leur biographie. Jeanbart réfute pourtant l'idée qu'ils sont de grands adolescents: «Je ne suis pas un grand adolescent, je suis un grand enfant de huit ans!», remarque qui provoque un fou rire chez Gabbo ainsi qu'auprès du musicien et DJ Figure8, homme de l'ombre du groupe.

En plus des FrancoFolies cet été, ils seront en performance gratuite aux Foufounes électriques à Montréal mercredi prochain en compagnie de Numéro#.

Collaborateur du Devoir