Musique classique - Dans les coulisses d'une nouvelle salle de concert

Le Palais Montcalm rénové a enfin ouvert ses portes, en plusieurs soirées inaugurales, les 17, 23 et 24 mars derniers, à Québec. Avant le concert des Violons du Roy, vendredi dernier, Le Devoir a visité les lieux en compagnie de l'acousticien Larry S. King.

Et maintenant, Montréal! C'est sans doute la réflexion qui est venue à l'esprit des observateurs montréalais en déplacement à Québec la semaine dernière. La salle Raoul-Jobin, administrée par la Société du Palais Montcalm, a sans doute de beaux jours devant elle. Dans le milieu, les nouvelles vont vite et le confort sonore ne nuira certainement pas à la réputation de la place et à son pouvoir d'attraction sur les artistes.

La réussite acoustique de la nouvelle salle est indéniable. Ce succès a été atteint avec un budget du quart de celui prévu pour la nouvelle salle musicale de la métropole, dite «salle de l'OSM», et un nombre de sièges moitié moindre. Larry King, un ancien acousticien de la fameuse firme Artec, celle-là même qui agit en roue libre à Montréal, évite soigneusement les questions qui pourraient le mettre en porte-à-faux par rapport à ses anciens employeurs. Lorsqu'on lui demande si la simplicité des éléments modulants l'acoustique à Québec est une réponse à la surenchère des gadgets acoustiques d'autres salles, il cherche avant tout à savoir si la question est «d'ordre général» ou «relative à Montréal».

Acoustiques ajustables

Il y a une grande différence entre les salles construites dans les années 60 et 70 et celles qui fleurissent depuis une quinzaine d'années. Comme des tables à rallonge, dont on peut ajuster la longueur en fonction du nombre de convives, les salles intègrent désormais des éléments modulables qui jouent sur l'acoustique. Artec a été le champion et le promoteur de ces acoustiques modulables, mais, d'après notre expérience à Budapest, elle a parfois poussé le bouchon très loin.

De ce point de vue, la salle Raoul-Jobin est très saine. L'élément variable est un plafond flottant (canopy, en langage technique). Bernard Labadie a jugé que, pour Les Violons du Roy, ce plafond devait être à 12,06 mètres au-dessus de l'orchestre. D'après notre expérience du concert, il aurait avantage à le monter encore un peu. Ce plafond pourra par contre descendre pour le concert d'un quatuor ou un récital de piano. Certains construisent des plafonds en plusieurs parties indépendantes, celui de Québec est en une pièce, mais sa texture combine, de manière alternée, le bois et le feutre.

L'autre élément variable, ce sont des rideaux en velours. Ils restent dans leurs caissons lors des concerts acoustiques (musique classique) et sont tirés lors des concerts amplifiés. Dans ses salles les plus «évoluées», Artec a installé sur les côtés de la salle des «chambres de résonance», avec des portes qui s'ouvrent ou se ferment selon le style de musique et les effectifs sur scène. La salle de Québec n'en dispose pas — par choix acoustique, pour limiter les dépenses et en raison des contraintes imposées par les murs extérieurs, qui ont été préservés.

Dans sa conception, la salle Raoul-Jobin est donc assez simple et fonctionnelle, et ne nécessite pas des ajustements à n'en plus finir. Par contre, un soin particulier a été porté, malgré les contraintes budgétaires, à un nombre important de petits détails.

Minutie

Parmi les compromis effectués pour raisons budgétaires, il y a le recouvrement en bois des murs. À l'origine, il devait monter jusqu'au plafond. En pratique, il s'arrête un peu en dessous. Mais la surface de plâtre est granulée pour accroître la diffusion des aigus. Dans une telle salle, tout est étudié, jusqu'à la surface de recouvrement des colonnes et l'angle des balustrades...

Comme il n'y avait pas, à Québec, la contrainte d'entasser le plus de sièges possible dans la salle, on remarquera que, contrairement à des salles comme

Wilfrid-Pelletier à Montréal, la corbeille et le balcon ne recouvrent qu'un nombre minimal de rangées. Un recouvrement excessif coupe en effet notablement les aigus dans les zones recouvertes. De facto, la philosophie acoustique de la salle Raoul-Jobin est celle du confort et de l'égalité de tous les auditeurs. C'est cette égalité qui fait la qualité de salles européennes telles que la Philharmonie de Berlin ou le Concertgebouw d'Amsterdam, bâties certes sur d'autres modèles.

Dans une salle de concert, le soin apporté au détail va jusqu'au type de bois utilisé sur scène et même jusqu'à l'orientation des planches. «Les Japonais ont écrit des traités sur les paramètres acoustiques des bois de scène», précise Larry King. Celle de Québec est en chêne rouge.

L'atout majeur de Raoul-Jobin, par rapport aux salles montréalaises actuelles, est l'isolation sonore du système de ventilation, qui pourvoit une climatisation pour chaque fauteuil et une distribution d'air similaire à celle de la salle Françoys-Bernier du Domaine Forget.

Peut-être le secret de l'acoustique de la nouvelle salle du Palais Montcalm réside-t-il dans la chambre acoustique qui se situe derrière la scène, un espace délimité par une structure réfléchissante asymétrique et des lucarnes recouvertes du tissu que l'on trouve habituellement sur des haut-parleurs? À moins que ce soit dans les trois tonnes de sable volcanique en provenance de Hawaii, séché et désinfecté par chauffage à 300 degrés, qui se cachent derrière les parois en bois de la salle.

En tout cas, même si le choix d'un oratorio anglais a paru assez étrange pour inaugurer une salle dans la capitale nationale, le nouvel écrin pour la musique a déjà convaincu observateurs et musiciens. Johanne Goyette, directrice de l'étiquette Atma, y enregistrera son premier disque avec Les Violons du Roy, en juin. Au menu: Haendel, toujours, avec sa Water Music.

Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • Cécile C DUBUC - Inscrite 31 mars 2007 09 h 37

    Une accoustique à goûter ?

    Avez-vous des oreilles monsieur ? Comment sonne-t-elle, cette salle ? Quelle expérience sonore avez-vous connue?
    On en entend beaucoup de bien depuis son ouverture. Il semble que les musiciens ne s'attendaient pas à la qualité accoutisque de la salle. Hâte d'y aller moi-même. Mes premières fois datent des matinées symphoniques dirigées et commentées par lwe grand et généreux Wilfrid Pelletier . Je serai contente d'aller écouter les Violons du Roy.
    Bienvenue aux Montréalais!

    C C Dubuc, Québec.

  • Christophe Huss - Abonné 16 avril 2007 17 h 00

    Acoustique à entendre

    Madame
    la réponse à votre question se trouvait déjà dans Le Devoir du 26 mars
    Pour mémoire:

    "L'acoustique, confiée à Larry S. King, de la compagnie JaffeHolden, était évidemment le premier objet de curiosité. La réussite de cette salle, qui met les musiciens à nu, en ne pardonnant rien (par exemple la légère hétérogénéité des sopranos I dans les choeurs n° 15 et 25), est indéniable. Le rendu des fréquences graves est très impressionnant de même que le rendement sonore et les détails dans les passages pianissimo. C'est pour l'heure plus massif, moins aéré dans les aigus que Françoys-Bernier (Forget) et Claude-Champagne (Montréal), mais le silence des systèmes d'aération de la Salle Raoul-Jobin lui fait aisément surpasser Claude-Champagne."

    Christophe Huss