Russie - Le citoyen du monde Rostropovitch célèbre ses 80 ans au Kremlin

Une photo d’archives du violoncelliste russe Mstislav Rostropovitch, prise le 9 septembre 2004, alors qu’il dirigeait une répétition de l’Orchestre de chambre de Prague en vue d’un concert au théâtre Maestranza de Séville, en Espagne.
Photo: Agence France-Presse (photo) Une photo d’archives du violoncelliste russe Mstislav Rostropovitch, prise le 9 septembre 2004, alors qu’il dirigeait une répétition de l’Orchestre de chambre de Prague en vue d’un concert au théâtre Maestranza de Séville, en Espagne.

Moscou — Le violoncelliste russe Mstislav Rostropovitch, longtemps exilé en Occident, a célébré hier ses 80 ans en Russie, au Kremlin, où le président Vladimir Poutine a organisé une fête en son honneur, même si sa relation avec ses compatriotes reste compliquée.

Le président russe, qui a salué dans un message «un violoncelliste brillant» et «un combattant intransigeant pour les idéaux de la démocratie», l'a félicité en personne lors d'une réception donnée hier soir au Kremlin en présence d'Ilham Aliev, président de l'Azerbaïdjan, pays d'origine de Rostropovitch.

Le musicien, qui a connu récemment des ennuis de santé, est apparu pâle et fatigué, selon des images à la télévision. «Je me sens le plus heureux des hommes», a-t-il dit.

Quelque 500 invités de marque participaient à ce dîner au Kremlin, selon l'entourage du musicien.

La veille, plusieurs grands noms de la musique classique, dont les violoncellistes David Geringas, Natalia Gutman et Ivan Monighetti, ainsi que les violonistes Maxim Vengerov et Viktor Tretiakov, avaient donné un concert en son honneur à Moscou, concert auquel il n'a pas assisté.

Rostropovitch, qui partage aujourd'hui son temps entre la Russie, les États-Unis et l'Europe, a été opéré en février d'une tumeur au foie à Moscou, selon la presse russe; il est en convalescence dans un sanatorium près de la capitale russe.

Le violoncelliste et son épouse, la cantatrice Galina Vichnevksaïa, qui comptent parmi leurs amis têtes couronnées et dirigeants occidentaux, suscitent toujours des sentiments controversés en Russie, après avoir fait carrière et fortune hors de l'Union soviétique.

«Beaucoup de compatriotes les détestent ouvertement et sont jaloux de leur succès, de leur richesse, de leur talent. Beaucoup ne peuvent pas leur pardonner leur courage civique», a expliqué dans une récente entrevue à l'AFP le cinéaste Alexandre Sokourov, qui a tourné un documentaire sur le couple.

Le couple est tombé en disgrâce en 1970 lorsqu'il a accueilli dans sa maison de campagne l'écrivain dissident Alexandre Soljenitsyne, alors malade et sans ressources. Rostropovitch avait aussi pris parti pour lui dans une lettre adressée au dirigeant soviétique Léonid Brejnev.

Victime de représailles, le musicien a émigré à l'Ouest en 1974. En 1978, il a été déchu de la nationalité soviétique et reste à ce jour apatride, ayant refusé depuis toute citoyenneté.

Il a réglé ses comptes avec le communisme en jouant Bach en novembre 1989 au pied du mur de Berlin, en train de s'écrouler, un geste qui lui a permis, selon ses dires, de «réconcilier les deux parties» de son coeur.

Réhabilité en 1990 par un décret de Mikhaïl Gorbatchev, Rostropovitch revient en Russie, d'abord en tournée avec l'orchestre symphonique de

Washington, qu'il dirigeait à l'époque, puis pour défendre la jeune démocratie russe en 1991 contre les putschistes.

Depuis, ses relations avec le monde de la musique ont été ponctuées de scandales en Russie: contrats rompus à la dernière minute, promesses de ne plus jamais se produire en Russie... ce qui a irrité certains.

«Citoyen de la planète» et «profondément russe», capable «de se moquer de lui-même et du monde», il a néanmoins «pleuré comme un enfant en lisant des mauvaises critiques sur ses concerts dans la presse russe», a rapporté hier le quotidien Nezavissimaïa Gazeta.

«Il s'est souvent comporté en Don Quichotte [...] Mais Tourgueniev disait que, sans personnages comme Don Quichotte, le livre d'histoire serait fermé à jamais: il n'y aurait plus rien à y lire», souligne le chef d'orchestre russe Vladimir Spivakov.