Ouverture du Palais Montcalm - Patience récompensée

Bernard Labadie, dans son message liminaire, chiffrait à dix-sept ans et quatre mois la durée de la genèse de cette nouvelle salle du Palais Montcalm de Québec, dans laquelle Les Violons du Roy présentaient vendredi soir Israël en Égypte, l'un des plus étranges oratorios de Haendel.

Cette soirée inaugurale, prévue initialement le samedi 24, avait été doublée la veille, pour se voire anticiper par une «inauguration» à saveur plus populaire, samedi 17 mars, pour laquelle Julia Migenes avait été choisie à la hâte dans l'arrière-ban des has been du milieu classique.

Dans sa longue allocution, la mairesse Boucher n'a pas manqué de souligner, vendredi, que le vrai lancement avait déjà eu lieu, tout comme, en dissertant sur la concurrence des pays de l'Est avec Québec en tant que destination touristique, elle a cité «les villes extraordinaires de Budapest, Bucarest et Prague»! Trente et un ans après Nadia Comaneci, la Roumanie a toujours la cote...

Le laïus était peut-être destiné à souligner subtilement que la Salle Raoul-Jobin n'était pas «la salle des Violons du Roy», même si Les Violons en sont les locataires privilégiés. En pratique, selon un schéma éprouvé, la nouvelle salle sera administrée par la Société du Palais Montcalm, qui devrait la remplir pour moitié par les productions des Violons et ses propres spectacles et pour moitié en la louant à des producteurs extérieurs.

L'acoustique, confiée à Larry S. King, de la compagnie JaffeHolden, était évidemment le premier objet de curiosité. La réussite de cette salle, qui met les musiciens à nu, en ne pardonnant rien (par exemple la légère hétérogénéité des sopranos I dans les choeurs n° 15 et 25), est indéniable. Le rendu des fréquences graves est très impressionnant de même que le rendement sonore et les détails dans les passages pianissimo. C'est pour l'heure plus massif, moins aéré dans les aigus que Françoys-Bernier (Forget) et Claude-Champagne (Montréal), mais le silence des systèmes d'aération de la Salle Raoul-Jobin lui fait aisément surpasser Claude-Champagne.

Le choix d'Israël en Égypte était en ceci étonnant que l'ensemble valorisé au premier chef par cette oeuvre n'était pas Les Violons du Roy (pourtant exceptionnels) mais leur choeur, La Chapelle de Québec. Israël en Égypte est en effet un oratorio choral, dans lequel la justesse, l'endurance et la précision des choristes ont créé l'événement musical.

Il n'y a pas lieu, devant les enjeux de la soirée, de rentrer dans des détails musicologiques et interprétatifs. Relevons donc simplement quelques idées majeures de Bernard Labadie: une approche musicale vive et très mobile, enlevant à l'oeuvre toute la crasse de la tradition victorienne grandiloquente; le choix d'une mezzo (brillante Allison MacHardy) et non d'un alto masculin, la très bonne distribution de solistes, ainsi, surtout, que l'inclusion d'un choeur d'entrée, résumant la Lamentation qui initia cet oratorio et que certains interprètes (par exemple John Eliot Gardiner) omettent complètement aujourd'hui.

Même si un concert inaugural nous aurait fait attendre autre choix d'oeuvre, nul doute qu'à la fin de la soirée, avec force et brio, Les Violons du Roy et La Chapelle de Québec avaient montré à tous qu'ils étaient dignes d'être les hôtes privilégiés de ce splendide nouvel écrin pour la musique. Les interprètes donnent rendez-vous au public montréalais ce soir à l'Église Saint-Jean-Baptiste.

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LES VIOLONS DU ROY

Haendel: Israël en Égypte. Tracy Smith Bessette et Shannon Mercer (sopranos), Allyson McHardy (mezzo), Frédéric Antoun (ténor), Joshua Hopkins et Étienne Dupuis (barytons), La Chapelle de Québec, dir. Bernard Labadie. Palais Montcalm, Québec, vendredi 23 mars 2007. Reprise à Montréal ce soir à 20h, Église Saint-Jean-Baptiste.

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Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Claire Tremblay - Inscrite 26 mars 2007 10 h 46

    courte intervrention

    J'aurais, assurément, glissé, dans cet article, un petit mot sur celui qui a porté ce projet à bout de bras: Jean-Paul Lallier. Il a su, dans la poursuite de cette oeuvre, résister à l'immixion indécente de notre radio-poubelle régionale et, souvent, aux propos pervers souvent répétés par l'ex-mairesse de Sainte-Foy devenue spakerine à la radio.

    Marius Diament

    mdiament@bellnet.ca