Palais Montcalm, prise 2

Au terme d'une longue crise identitaire, le Palais Montcalm se réincarne ce soir en Maison de la musique à l'occasion d'un grand concert inaugural mettant en vedette Les Violons du Roy et la mezzo-soprano Julia Migenes. Le Devoir se rappelle la petite histoire de cette salle unique en compagnie de Bernard Labadie et de l'historien Jean Provencher.

Québec — «On a beaucoup cherché quoi faire avec ça», résume Jean Provencher à propos de cette salle de spectacles Art déco située à l'entrée du Vieux-Québec. Avant de sombrer dans une période difficile, au début des années 1970, le Palais Montcalm a longtemps été un endroit incontournable de Québec. «Moi, mon meilleur souvenir du Palais Montcalm, c'est L'Osstidcho en 1968 avec toute la gang. C'était une beauté, le toit a levé!», se rappelle l'historien. Pour d'autres, le Palais Montcalm, c'est Piaf, Dizzie Gillepsie ou encore Glenn Gould. «Dès qu'un artiste le moindrement connu venait à Québec, il se produisait au Palais Montcalm», poursuit-il. L'immeuble est un équipement municipal avec les services les plus divers. Jusqu'en 1986, le Palais comprend même une piscine où, dit-on, Robert Bourassa avait l'habitude de venir nager le midi.

L'édifice a été érigé en 1932 sur le site d'un marché public — la Halle Montcalm, construite en 1877 à l'emplacement actuel du carré d'Youville. «C'est un peu pour répondre aux Anglais qu'on l'a ouvert en 1932. C'était l'époque de Taschereau; il y avait un grand courant nationaliste et la Société Saint-Jean-Baptiste voulait créer un complexe culturel pour répondre au YMCA qui se trouvait juste en face», se rappelle Jean Provencher. D'ailleurs, le Palais Montcalm des premiers jours s'appelait le «Monument National».

Un mandat enfin clair

Les déboires commencent à la suite de la construction du Grand Théâtre au début des années 1970, poursuit M. Provencher. «Quand le Grand Théâtre ouvre en janvier 1971, le Palais Montcalm entre dans une sorte de tunnel. À la Ville, on ne sait plus trop si ça vaut la peine de le garder et d'investir là-dedans.» Et pour couronner le tout, le Palais est en piteux état. «Il fallait le rénover de toute façon. Les équipements commençaient à être vraiment vétustes, raconte Bernard Labadie. Je me rappelle les loges, la première fois que je suis venu y jouer. On appelait ça "le poulailler". Il n'y avait même pas de couvercles sur les bols de toilettes! Il fallait que je me penche pour entrer dans ma loge parce que le cadre de porte était trop bas.»

Or, en 1987, à l'occasion du Sommet de la Francophonie, on finance la restauration de la place d'Youville en créant notamment une grande patinoire juste devant le Palais. «Ç'a confirmé son statut de carrefour dans la ville. On s'est alors dit qu'on avait bien fait de ne pas mettre ça à terre.» L'historien songe avec horreur à l'allure qu'aurait pu avoir le site si on avait cédé la place à un énième hôtel de 15 étages, par exemple. Bernard Labadie abonde dans ce sens. «De mon bureau, je le vois bien: il y a déjà beaucoup d'hôtels et de tours à l'entrée du Vieux-Québec. Si on avait cédé cet espace à une tour de plus, ç'aurait été un quartier d'affaires conventionnel sans son cachet actuel.»

N'empêche, le mandat du Palais va demeurer problématique pendant des années. Ce que l'arrivée du Capitole juste en face, en 1992, ne va pas arranger. En attendant, on y joue de tout: du théâtre durant le Carrefour international de théâtre, de la chanson, tous styles confondus. La SRC y garde un studio d'enregistrement. L'école de musique Arquemuse s'y installe en 1988. Mais le Palais n'a pas sa niche à lui.

Et voilà qu'en 2003, la Ville et le gouvernement provincial s'entendent finalement sur un scénario. Celui d'une Maison de la musique qui servirait notamment de résidence aux Violons du Roy. «Nous, on rêvait d'une salle rénovée depuis une vingtaine d'années», se rappelle M. Labadie. «Ma première intervention à ce sujet remonte à novembre 1990, lors d'une consultation organisée par le maire de l'époque, Jean-Paul L'Allier.» Non seulement la Maison a-t-elle désormais un mandat clair, mais la salle Raoul-Jobin pourrait se démarquer à Québec et à une échelle beaucoup plus large par la qualité de son acoustique, qu'on compare à celle de la prestigieuse salle Françoys-Bernier, au Domaine Forget. Ce qu'on pourra vérifier dès le concert de ce soir, ainsi qu'à l'occasion de la présentation du grand oratorio de Haendel, Israël en Égypte, le 23 mars. Pour l'instant, le grand public est invité à venir visiter la nouvelle Maison à l'occasion d'une journée «portes ouvertes» dimanche.