Marie Michèle se défrise au Lion D'Or - La vérité toute frisée

Enchanté de vous connaître, Marie Michèle Desrosiers. Ou plutôt: enchanté d'avoir compris hier soir au Lion D'Or qu'on vous connaissait déjà. Oui, depuis Beau Dommage. Il aura fallu ce spectacle, il aura fallu Clémence DesRochers pour tenir le miroir, histoire que vous vous voyiez dedans et qu'on vous y voie aussi. Belle. Et frisée.

Il a fallu ce spectacle qui n'était pas toujours réussi pour comprendre ce que Marie Michèle Desrosiers réussit le mieux dans la vie. Il a fallu que Marie Michèle fasse sa Clémence, et se plante parce que seule Clémence peut faire sa Clémence, pour qu'apparaisse Marie Michèle. Il a fallu ce monologue très raté au début du spectacle, écrit par Marie Michèle à propos de sa soeur qui la «fait suer», monologue si manifestement à la manière de Clémence (et rimé ça et là par Clémence, en plus) que c'en était physiquement gênant: malgré la robe rouge flamboyante, les frisettes électriques, le sourire radieux, c'est Clémence qu'on voyait, qu'on entendait. Et puis Marie Michèle a chanté Clémence, une fine dentelle intitulée La Patinoire (sur une musique d'André Gagnon), et c'est Marie Michèle qui est apparue.

Ouste Clémence. Ou plutôt: intégrée, Clémence. La chanson et la chanteuse ne faisaient qu'une, et pas seulement parce que Clémence a écrit le texte pour Marie Michèle à propos de cette soeur qui prenait toute la place. Marie Michèle se révélait à travers le texte de Clémence, cent fois plus qu'en essayant de faire du Clémence. C'est ce qu'on a compris dans toutes les autres chansons écrites pour ce spectacle par Clémence et mises en musique par les Michel Rivard, Ariane Moffatt et autres Marie Bernard: c'est quand elle chante que Marie Michèle se défrise. Depuis toujours.

Cela dit, le reste du spectacle n'était pas aussi coupé au couteau. Marie Michèle a fait rire dans d'autres monologues (notamment celui du «compagnon de vie», assez pissant merci): il y avait aussi la femme de théâtre, qui sait incarner des personnages. Mais la vérité frappait, toute frisée: tout ce qu'elle chantait sonnait juste. Aussi juste que l'accompagnement de l'extraordinaire Steve Normandin, à la fois homme-orchestre, meneur de claque et humble serviteur. Beau constat: Marie Michèle Desrosiers n'a besoin que de bonnes chansons et d'un musicien hors pair. Et parfois d'une amie qui voit clair.

Collaborateur du Devoir

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