Concerts classiques - Embrasement collectif

Valery Gergiev avait 48 heures, après son éblouissant Eugène Onéguine de samedi au Métropolitan Opera de New York, pour inculquer à l'OSM des rudiments de «Musique russe 101». Il a choisi une option bien plus hardie en ne tenant aucun compte du chemin à parcourir pour que notre orchestre s'identifie à l'âme russe la plus profonde, la plus torride et la plus généreuse. Gergiev n'a pas fait la moindre concession sur sa vision de la Symphonie Pathétique, dont il est, à mon sens, le plus grand interprète vivant.

Donnant de sa personne en se démenant comme un beau diable, il a porté l'orchestre dans des tempos dévastateurs, une agogique brûlante, faite d'élans passionnés et d'abattements profonds. Évidemment, avec un temps de répétition si réduit et des risques si énormes, tout n'a pas fonctionné idéalement, mais l'interprétation n'en fut pas moins inoubliable et viscérale, de celles dans laquelle la musique devient un embrasement collectif, un acte charnel.

Les violons, aux phrasés à la fois cravachés et sculptés, ont rarement payé autant de leur personne, les trombones sont de plus en plus glorieux, les trompettes excellentes, les bois somptueux. Il ne reste plus, pour la représentation de ce soir, qu'à enlever ces pare-sons devant le timbalier et aux cors, «off beat» dès leur première intervention et radins de leurs efforts, à essayer de comprendre ce qui se passe, au moins par respect pour leurs généreux collègues, qui ont joué le jeu.

En première partie, Alexandre Toradze, tel un gros chat déchaîné, a montré, avec une acuité rythmique saisissante, qu'il est l'un des plus grands dynamiteurs de pianos de la planète. Hélas une sorte de tétanie généralisée l'amène à claquer des talons en même temps que la musique s'anime. Au prochain Noël, son copain Gergiev devrait lui offrir, pour ses concerts, des pantoufles en Phentex.

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LES GRANDS CONCERTS

Stravinski: Concerto pour piano et instruments à vent, Circus Polka, Capriccio pour piano et orchestre. Tchaïkovski: Symphonie n° 6 «Pathétique». Alexander Toradze (piano), Orchestre symphonique de Montréal, dir. Valery Gergiev. Salle Wilfrid-Pelletier, lundi 26 février. Reprise ce soir.

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Collaborateur du Devoir

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