Charles Dutoit est nommé à la tête de l'orchestre de Philadelphie

L'orchestre de Philadelphie a annoncé hier la nomination de Charles Dutoit comme chef et conseiller artistique de l'Orchestre de Philadelphie pour une durée de quatre saisons à compter de l'automne 2008. Il assurera huit semaines de présence à Philadelphie, dirigera les concerts d'été à Saratoga et emmènera l'orchestre en tournée.

Dutoit réalise ainsi un rêve de très longue date: être nommé à la tête d'un des big five américains, le club restreint des orchestres de pointe du continent, qui comprend les orchestres de New York, Chicago, Boston, Philadelphie et Cleveland. Cette distinction ne revêt plus aujourd'hui des différences aussi creusées avec les orchestres dits B ou C. Nul doute qu'un concert inspirant dirigé par Esa-Pekka Salonen à Los Angeles, Michael Tilson Thomas à San Francisco, Osmo Vänskä à Minneapolis ou Paavo Järvi à Cincinnati a autant sinon plus de valeur musicale et orchestrale qu'une représentation de routine d'un big five. Mais le prestige d'une telle nomination est indéniable.

Charles Dutoit ne décroche pas tout à fait la lune puisque, dans les termes, il n'est pas nommé directeur musical de l'Orchestre de Philadelphie et que le titre de conseiller artistique ne lui laisse aucun pouvoir décisionnel ultime, notamment dans le choix des chefs invités et de leurs programmes, même s'il sera actif en matière de recrutement de nouveaux musiciens et de représentation de l'orchestre auprès des partenaires et des mécènes. On notera aussi que sa présence en saison régulière n'est que de huit semaines, ce qui représente le plancher en la matière, et que cette présence minimale est stable sur la durée du contrat. C'est ce qui a mené Peter Dobrin, du Philadelphia Inquirer, à titrer «Orchestra's interim pick: Dutoit». Il est évident que dans la configuration adoptée, l'orchestre utilisera le volant de quatre années pour tester les prétendants à la succession de Christophe Eschenbach, directeur musical démissionnaire, qui quittera son poste au printemps 2008.

Une vieille relation

La greffe entre Philadelphie et Eschenbach n'avait pas vraiment pris. Le chef allemand affrontait à Philadelphie, pour ses interprétations personnelles et son style, la fronde de certains leaders d'opinion de la presse, sans compter une opposition au sein de l'orchestre et de la nouvelle administration. Ce n'était en tout cas pas la lune de miel vécue par l'ancien orchestre de Stokowski et Ormandy avec les deux directeurs musicaux précédents: Riccardo Muti et Wolfgang Sawallisch.

Charles Dutoit avait sans doute été dépité lors de la nomination d'Eschenbach en 2003, lui qui entretient d'étroites relations depuis 1980 avec cet orchestre, avec lequel il a enregistré l'intégrale des symphonies de Rachmaninov pour Decca et dont il dirige la saison estivale depuis 1990. Hier, le chef s'est dit «très honoré et heureux de [se] voir confier ce nouveau rôle auprès de l'une des plus grandes institutions musicales du monde». Il a aussi exprimé sa «profonde admiration pour le talent et le sens artistique des musiciens de l'orchestre».

Parmi les qualités reconnues à Charles Dutoit à Philadelphie, il y a le respect de la tradition de l'orchestre et de sa sonorité ainsi que ses relations privilégiées avec certains solistes prestigieux. Il dirigera d'ailleurs l'Orchestre de Philadelphie et Martha Argerich au Carnegie Hall de New York à la fin de la semaine prochaine. L'orchestre de New York cherche aussi un nouveau chef. Si les paris étaient ouverts, je miserais avec confiance sur Riccardo Muti.

Collaborateur du Devoir

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