Un autre son pour Metropolis

L'un des grands moments de Montréal/Nouvelles Musiques, qui démarre ce soir à la Société des arts technologiques, sera la projection, jeudi prochain, à la salle Pollack, du célèbre film de Fritz Lang, Metropolis, avec une musique d'accompagnement créée en 1995 par le compositeur d'origine argentine Martin Matalon.

Metropolis, film muet réalisé en 1927, chef-d'oeuvre de l'expressionnisme allemand, atteste de l'extraordinaire puissance du cinéma d'avant la période nazie. L'oeuvre, qui repose sur un imaginaire phénoménal, décrit la vie dans Metropolis, ville du futur divisée en une ville haute, où vivent les nantis, et une ville basse, où le prolétariat fait «tourner la machine». La version intégrale de Metropolis, qui durait plus de trois heures, est perdue. La meilleure version restaurée, montrée pour la première fois à Berlin en 2001, dure aujourd'hui environ deux heures et demie, contrairement à la mouture courte et psychédélique que Giorgio Moroder avait présentée dans les années 80.

Nouvelles musiques

La bande sonore originale de Metropolis est due à Gottfried Huppertz qui, en 1924, avait travaillé avec son ami Fritz Lang sur Die Niebelungen, rarissime trésor qui intéresserait tous les wagnériens. Cette musique de Huppertz a été réenregistrée par l'orchestre de Saarbrücken sous la direction de Berndt Heller pour accompagner la version «Berlin 2001» lors de son édition sur DVD en 2003 — par Kino Video au Canada, Eureka en Angleterre et Marin Karmitz en France.

Lorsque Martin Matalon s'est attelé à donner une musique à Metropolis, le travail sur la bande originale de Huppertz n'avait pas été effectué et le lien entre Metropolis et la musique se résumait hélas au vidéoclip de Radio Ga Ga de Queen (avec des scènes du film) et à la bande «revampée» par Moroder dix ans auparavant.

Martin Matalon a écrit sa musique pour seize instruments (flûte, clarinette, saxophone, deux trompettes, trombone, trois percussions, deux claviers numériques, harpe, guitare électrique, guitare basse, violoncelle, contrebasse) et électronique. Le compositeur argentin, qui vit en France, est connu, notamment, dans le même registre, pour son travail sur Le Chien andalou de Buñuel et le triptyque dont ce film fait partie.

«Metropolis est une commande du Centre Pompidou à Paris.» Martin Matalon avoue en entrevue au Devoir avoir passé «deux ans et demi, dont une année à l'IRCAM [Institut de recherche et de coordination acoustique/Musique], à composer cette musique».

Changer de registre

Le travail sur un tel film se distingue nettement du quotidien du compositeur contemporain, qui reçoit essentiellement commande d'oeuvres brèves. Dans Metropolis, Martin Matalon distingue deux films. «Un au niveau de la narration, du script, que je trouve conventionnel, moralisateur et pas très intéressant, et un autre au niveau des images, avec un univers poétique, futuriste, révolutionnaire, très intéressant à traiter. C'est à partir des images que j'ai élaboré la musique.» Il est vrai que Thea von Harbou, la femme de Fritz Lang, a beaucoup touché au scénario en évitant d'en faire une violente illustration de la lutte des classes.

L'électronique utilisée par le compositeur permet d'amplifier et de traiter le son des instruments. Martin Matalon est heureux de cette aventure. «À l'époque, je ne pensais pas trop au niveau pratique, mais c'est un film qui se joue beaucoup et j'ai dû avoir jusqu'à maintenant au moins vingt-cinq reprises de mon travail, plus dix qui arrivent cette année. C'est une ouverture pour la musique contemporaine, car cela touche un autre public et c'est plus facile à programmer.»

Martin Matalon s'intéresse beaucoup à ces autres débouchés de la musique contemporaine. Il vient ainsi de finir un conte musical: «Toutes ces oeuvres nourrissent le travail que je peux réaliser par la suite dans la musique pure. Avec Buñuel, on apprend le sens de la narration: c'est une leçon. Depuis, il n'y a pas une pièce nouvelle dans laquelle je ne pense pas à cela — à Jorge Luis Borges également, qui m'a beaucoup influencé.»

Le travail de Martin Matalon s'annonce intéressant. Dans la présentation de l'une des représentations de Metropolis au Luxembourg, on peut lire: «Le compositeur Martin Matalon traque avec malice et humour cet univers chargé d'expressionnisme à l'aide d'un mobile musical, spatialisant les timbres pour créer l'illusion d'un son mouvant autour de l'auditeur. Mêlant les sons acoustiques — percussions, peaux frappées, rythmes latino-américains — à l'électronique, Martin Matalon révèle les images visionnaires de Fritz Lang.»

Nous verrons cela jeudi.

Collaborateur du Devoir

***

METROPOLIS

Film muet de Fritz Lang (1927). Musique de Martin Matalon (1995).

À la salle Pollack, jeudi 1er mars à 20h. Rens.: 514 398-4547.

À voir en vidéo