Vitrine du disque

Coffret
Forever Johnny Cash
Johnny Cash
Universal - DEP
Depuis la mort de Johnny Cash, en 2003, on ne compte plus les compilations, les best-of et les rééditions, le film oscarisé Walk The Line ayant contribué à le remettre au goût du jour.

En ce début d'année, un nouveau coffret fait surface, Forever Johnny Cash. Vendu sous la forme d'une jolie boîte métallique, cette compilation compte trois disques qui rassemblent 40 titres. Mais Forever... n'est pas une sélection représentative de l'ensemble de sa prolifique carrière: c'est plutôt une collection de pièces enregistrées surtout dans les années 1950-60, alors qu'il était sur l'étiquette Sun Records. Si le premier disque rassemble ses succès convenus (Folsom Prison Blues, Cry, Cry, Cry, Big River, Get Rhythm), les deux autres disques offrent un choix plus intéressant, pigeant hors de ces classiques faciles à trouver sur n'importe quelle compilation. Une constante: ce rythme, cette guitare qui rappelle le son mécanique et régulier du train qui roule. En prime dans la boîte, un téléfilm obscur, The Pride of Jesse Hallam, dans lequel Cash joue le rôle principal. Il faut croire qu'on n'a pas fini d'en apprendre sur l'homme en noir!
Philippe Papineau

Chanson
DOCTEUR TENDRESSE
Daniel Lavoie
Marmalou - GSI Musique - Sélect
D'emblée, la chanson-titre ravit. Primesautière, sautillante, accueillante, bigrement efficace. Ce Docteur Tendresse fait du bien. À nous comme à lui: on sent Lavoie ragaillardi, rajeuni. Ce qui n'est pas rien, après le gâchis Félix. On comprend vite que Lavoie a décidé de se soigner lui-même: le compositeur fait à nouveau confiance à l'auteur. Le précédent Comédies humaines, paru en 2004, album pas mauvais en soi, était écartelé entre deux paroliers, Patrice Guirao et Brice Homs. Cette fois, pour neuf des treize titres, c'est du Lavoie par Lavoie. Et du Lavoie par Lavoie, en 2007, c'est élégant et à la bonne franquette en même temps, c'est du sentiment et de l'humour, ça coule comme un fleuve tranquille et ça rafraîchit comme une brise sur la prairie. Ça demande simplement: «Z'avez des bonbons?» Et ça s'inquiète de savoir si «les chats attendent à la porte». Même quand Lavoie chante avec Louise Forestier (Cette journée m'attend) ou Marie-jo Thério (Nous passons sur la mer), ça évite la surenchère et ça respire la bonne santé. Osons le dire: ce disque est à prescrire.
Sylvain Cormier

Chanson
REPENTI
Renan Luce
Barclay - Universal - Disques Double
Inconnu au bataillon il y a sept mois hors de sa Bretagne, Renan Luce est passé vite fait bien fait en première ligne de la nouvelle chanson française. La critique s'est embrasée, carburant aux grands noms: Fersen, Bénabar, voire Brassens. Le public a suivi. De fait, tout le monde s'entend: le jeune homme de 26 ans, tel les susnommés, est un as portraitiste. Du cocasse, du truculent, de l'émouvant, il tourne les clichés sens dessus dessous et débusque la nature humaine. Entre Monsieur Marcel le fossoyeur narcoleptique, Camelote la vendeuse de babioles, le type obnubilé par sa belle qui le maltraite (Chien mouillé) et l'insomniaque qui voit la carte de la France dans les craquelures des murs (Nuit blanche), on est, en sa compagnie, au cinéma de la vie. Qui plus est, forme et fond se font risette sur des airs de valse pour petit bal, de chanson folk-pop sans prétention ou de p'tit rock pas énervé. Vous avez dit irrésistible? Allez goûter ça mercredi prochain au Verre Bouteille ou le 1er mars à L'Intendant de Québec: deux showcases en amuse-gueule, ça nourrira le bouche-à-oreille.
Sylvain Cormier

Monde
A ROAR OF SOUTHERN CLOUDS
Pedro Aznar
LCL - Fusion 3
Pedro Aznar compte parmi les centaines d'artistes qui révolutionnent le paysage musical de leur pays sans être trop connus plus au nord. Célébré pour ses participations au sein du Pat Metheny Group et de la formation mythique rockera Seru Giran, l'Argentin propose maintenant, après la réalisation de dix albums, une compilation de 17 titres, un répertoire hétéroclite et parfois déroutant. Compositeur, chanteur et multi-instrumentiste, Aznar touche à tout et joue de tout, habillant les folklores du sud de l'Amérique, intellectualisant le rock, faisant swinguer l'espagnol à l'harmonica, surfant sur la chanson intime, traduisant des Brésiliens comme Gilberto Gil, Lenine ou Seu Jorge. Il y va de croisements insolites pour l'amateur nordique, comme cette façon d'intégrer le jazz fusion au sein d'un rock urgent ou la flûte de Pan sur une ballade pop. Certains moments paraissent convenus. La voix d'Aznar est pourtant remplie de tendresse, survolant les aigus et ouvrant parfois bien grand les a. Les duos vocaux avec Nilda Fernandès, Mercedes Sosa et Angela Irene sont déchirants. Dans l'ensemble, il s'agit d'un disque disparate d'un artiste important.
Yves Bernard

Monde
SO THE JOURNEY GOES
Autorickshaw
Tala-Wallah Records - Festival
Catherine Potter de Montréal, Tasa et Autorickshaw de Toronto: tous les chemins mènent à l'Inde. Et de la trajectoire inverse, tout devient également possible. D'autant plus que Suba Sankaran, chanteuse d'Autorickshaw et fille de Trichy Sankaran, le maître de la rythmique indienne de la Ville reine, a grandi dans un environnement ouvert: apprentissage de la musique carnatique orientale aussi bien que de la musique classique de l'Ouest. Mais le groupe est funky. Évidemment pas dans le sens du godfather of soul. Non, funky avec des percus tous azimuts et des parfums de l'Est, avec cette voix éthérée qui surfe sur le solfège indien, scatte en jazz, s'imprègne de dévotion, se lance dans la percussion vocale, change si subtilement de vocabulaire, et ce bassiste fabuleusement mélodique, un brin lyrique, qui s'accroche au chant, le suit, le cajole, lui donne parfois un ton jazzé et souvent... funky. Comme les arrangements, le répertoire est original: une superbe reprise atmosphérique de Bird On A Wire de Leonard Cohen, du Bollywood pas complètement kitsch avec des cuivres, un gimbri marocain qui galope sur un folk tamoul, un duo avec le père et la fille très complices. Douce et belle envolée de funk!
Yves Bernard

Classique
RACHMANINOV
Concertos pour piano nos 1 et 4,Rhapsodie sur un thème de Paganini. Boris Berezovski, Orchestre philharmonique de l'Oural, Dmitri Liss. Mirare MIR 019 (distr. SRI).
Cette parution achève une admirable trilogie discographique consacrée par Boris Berezovski à Rachmaninov. Parus précédemment, les Concertos nos 2 et 3, ainsi que l'intégrale des préludes, avaient fortement impressionné par leur rigueur et leur intransigeance. Ce disque a été réalisé au même moment et au même endroit — la salle, d'une acoustique bénie, de l'Arsenal de Metz — que les deux autres concertos. Les paramètres esthétiques sont donc, logiquement, les mêmes. Berezovski et Liss tournent délibérément le dos à la tradition «langoureuse» de l'interprétation de Rachmaninov. Leurs enregistrements vont à l'essentiel — la partition —, avec une force et une énergie admirables. Berezovski est ainsi le premier à prendre la relève des enregistrements révélateurs de Zoltan Kocsis, réalisés il y a vingt ans déjà pour Philips. Rares sont les interprètes qui ont la franchise de tourner le dos à tout romantisme sirupeux dans la musique de Rachmaninov, et le mouvement central du 1er Concerto trouve ici une vraie respiration, celle, andante, prescrite par le compositeur.
Christophe Huss

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