L'écriture retrouvée

Daniel Lavoie s’est réconcilié avec sa propre écriture. Il en résulte son nouvel album, intitulé Docteur Tendresse.
Photo: Jacques Grenier Daniel Lavoie s’est réconcilié avec sa propre écriture. Il en résulte son nouvel album, intitulé Docteur Tendresse.

Il n'y a pas de mal à se faire du bien, surtout quand le mal est tout autour... C'est un peu ça que clame Daniel Lavoie dans Docteur Tendresse. Mais ce nouvel album consacre surtout sa réconciliation avec sa propre écriture, pleinement assumée.

Après onze années passées à chanter les histoires des autres, l'auteur-compositeur-interprète reprend la plume pour lui-même, avec bonheur. «Je me suis beaucoup ennuyé de mes propres mots, confie-t-il en entrevue. Je pensais au départ que j'arriverais à bien défendre les textes des autres, mais je me rends compte que je suis beaucoup plus à l'aise avec mes textes, que je peux changer à mesure, adapter selon... Je suis très heureux d'avoir repris ça.»

Il avait pourtant avoué se sentir plus libre en interprétant les mots des autres, à la sortie de Comédies humaines (2004). Rompu au travail ô combien formateur mais ô combien formaté des comédies musicales (Notre-Dame-de-Paris, Le Petit Prince), il renoue avec la vraie liberté, celle qui donne des ailes parce qu'elle implique le risque et des doutes.

«Ç'a été un Club Med extraordinaire, lance-t-il à propos de sa vie de music-hall. Je me suis amusé comme un petit fou. Mais on s'en lasse. J'ai eu envie de revenir à ce que je fais, à ce que j'ai choisi comme métier: écrire des chansons. J'avais perdu confiance en moi au niveau de l'écriture, j'avais perdu un peu le fil, je ne savais plus comment faire un texte et on me proposait des textes tellement bien écrits, tellement beaux, que ça me donnait des complexes. Mais j'ai repris confiance. Si je fais ce métier, c'est parce que j'aime ça me sentir en danger... »

Il annonce même qu'il poussera le risque plus loin en signant toutes les chansons de son prochain album. En attendant, Docteur Tendresse est là, avec ses 13 pièces douces-amères qui éveillent juste un peu les consciences (Sauvez, Z'avez des bonbons, Le Vieux Con) et les réconfortent surtout, en rappelant les petits et grands plaisirs de l'existence (La Liberté, Sous les cèdres, Les Amoureux du pont de fer).

Cette légèreté grave ou gravité légère, «c'est ma perception de la vie et ma façon de la rendre vivable, dit celui qui ne croit ni à la révolte ni à la chanson engagée ou moralisatrice. La vie, c'est grave, ça fait mal. Mais je refuse de la laisser m'abattre et je la combats avec l'humour et l'optimisme. C'est ce qu'on retrouve sur l'album, qui reconnaît que les choses ne sont pas faciles, que la bêtise est rampante, mais qu'il y a toujours une voie de service où on peut trouver de la joie et du bonheur.»

La chanson semble justement en être une pour l'auteur-compositeur-interprète, qui a d'ailleurs construit son album, avec Alexis Dufresne, comme une victoire progressive du bonheur sur le malheur. D'abord plus sobre et dépouillé, il s'étoffe en paroles et en musique au fil des morceaux, jusqu'au paroxystique et orchestral La Naïade, un de ses morceaux préférés, admet-il — un des seuls dont il n'a pas signé le texte. Louise Forestier et Mari-jo Thério viennent lui prêter leur voix le temps d'une chanson.

Il se permet aussi une bonne dose d'ironie, comme dans Les Marchands d'artistes. «Je suis confronté à ce milieu de marchands d'artistes depuis 35 ans, je le vois fonctionner sur deux continents et des fois, il me fait vraiment chier, avoue-t-il en reconnaissant faire lui aussi partie de ce drôle de cirque. J'avais envie de le dire... en riant.»

Tel un baume, un câlin ou une petite pilule, Docteur Tendresse, la pièce qui a donné son titre à l'album, rappelle à l'espoir, deux fois plutôt qu'une puisqu'elle ouvre et clôture l'album dans des versions musicales distinctes. «On vit dans un monde qui s'en va vers un égoïsme exacerbé. Je pense que ce qui va nous sauver, c'est la tendresse, dans le sens de bonté, d'égard envers les autres.»

De la bonté, il en aura d'abord pour son public, puisqu'il annonce deux formules de spectacle plutôt qu'une, quelque part à l'automne: «une forme band et une forme solo», avec son piano et son micro, afin de pouvoir conquérir des salles de tout gabarit. Avec ses sourcils qui parlent bonté et ses yeux qui rient de retrouver l'auteur en lui, Daniel Lavoie s'en défend bien, mais ce pourrait bien être lui, le docteur Tendresse...

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