Raphaël à La Tulipe - Au-delà de l'idole

Virée à Sacacomie, journée de promo, deux spectacles à Montréal, un à Québec: le séjour de Raphaël chez nous tenait un peu du prétexte: l'idée était de changer d'air, le statut d'idole en Europe francophone pesant son poids. Aller jouer là où l'on vous connaît peu ou pas, c'est relaxe, on décompresse. C'était sans compter le petit contingent de Français, Belges ou Suisses d'ici, sans compter les étudiantes plus que ravies de Stanislas ou du Collège Français, sans compter le noyau dur de fans québécois, modeste mais véhément. De quoi remplir La Tulipe un mercredi soir, assurément. De quoi faire entendre à Raphaël qu'on l'attendait.

Chaque chanson, aux premières notes, provoquait une petite éruption du Krakatoa. Route de nuit? Ouiiiiiii! C'est bon aujourd'hui? Ouiiiiii! Ne partons pas fâchés? Ouiiiiii! Ça semblait l'étonner, le fils Haroche: il en rougissait presque, ce qui le rendait évidemment plus charmant, comme si c'était possible. Ici aussi, l'idolâtrie? Eh oui. Caravane, Les petits bateaux, Et dans 150 ans étaient entonnés de bout en bout. Même les titres d'avant Caravane, l'album au million d'exemplaires, étaient identifiés illico: Ô compagnons, Poste restante, Sur la route, la salle était incollable. Incollable et extatique: pensez, obtenir Raphaël de si près, de plus près que dans les écrans géants des scènes de festivals en Europe, il y avait de quoi se pincer.

Chacun en jouissait. Y compris l'intéressé. En formule portative, avec piano, accordéon, contrebasse et percussions légères entourant sa guitare acoustique et sa voix haut-perchée, Raphaël semblait prendre plaisir à ne pas jouer fort, à retrouver les éléments de base de sa musique, chanson folk-pop de qualité, sans démesure. Et il en profitait pour chanter des chansons d'autrui, s'autorisant du Christophe (J'l'ai pas touchée, version magnifique), du Bashung (Angora), du Dick Annegarn (Bruxelles, ma belle). Pas chiche, il a même chanté du Claude Léveillée, lecture de Frédéric certes approximative, mais qui avait du coeur et du souffle. Même quand il lisait les couplets sur le plancher, c'était beau.

Approximatif, tout le spectacle l'était: les musiciens n'avaient pas joué ensemble depuis un petit moment, cela s'entendait, et la voix si joliment plaintive de Raphaël cassait dans les cimes. Dans La Petite chanson, c'est la mémoire qui a momentanément flanché. Toutes imperfections bienvenues: l'idole descendait du piédestal, le gars retrouvait sa fragilité, de là son humanité. Et souriait. Autant que nous. Une idole en goguette c'est bien. Faire connaissance avec Raphaël Haroche, c'est mieux.

Collaborateur du Devoir

À voir en vidéo