Musique classique - Marc-André Hamelin entraîné dans le «Hattogate»!

Chaque jour nous amène son lot de révélations dans le cadre de la vaste mystification autour des enregistrements de la pianiste anglaise Joyce Hatto. Hier, l'ingénieur du son britannique Andrew Rose, de Pristine Classical, a découvert que Marc-André Hamelin a fourni sans le savoir une des plages du disque Chopin-Godowski de «Joyce Hatto».

Andrew Rose est, avec les journalistes américains Jed Distler et David Hurwitz, la personne qui s'est penchée le plus sérieusement et le plus sobrement sur ce qui, en quelques jours, est devenu le «Hattogate».

Sachant que d'autres plages du CD Chopin-Godowski sont dues à Carlo Grante, cela montre bien que l'identification des sources de plusieurs enregistrements s'avérera très délicate dans la mesure où «l'interprétation de Joyce Hatto» a été constituée à partir des disques de pianistes différents. David Hurwitz a découvert l'identité du pianiste du finale du Premier Concerto de Tchaïkovski, mais celle de l'interprète des deux premiers mouvements demeure inconnue. Je me suis cassé la tête de la même manière sur la dernière sonate de Schubert, où un scénario similaire est plus que probable.

William Barrington-Coupe, le mari de la défunte pianiste et producteur des enregistrements, a choisi le Daily Telegraph de Londres pour nier toute malversation dans l'élaboration d'un mythe discographique. M. Barrington-Coupe, très évasif, affirme toutefois ne pas pouvoir donner d'explication. Ce serait pourtant simple: il suffirait de fournir les bulletins de paie des musiciens d'orchestre engagés pour les concertos, de communiquer à des experts les bandes maîtresses des enregistrements ou de montrer ne serait-ce que les factures de matériel.

Cela étant, personne ne se plaint vraiment, car nombre de pianistes piratés ont à présent des coupures de journaux dithyrambiques de la part d'une presse musicale anglaise qui les avait snobés durant toute leur carrière. La liste des virtuoses piratés s'allonge au fur et à mesure que des passionnés, jusqu'au Japon, révèlent leurs découvertes sur Internet. À ce titre, la phrase du jour est celle du grand pianiste Gary Graffman, ancien directeur du Curtis Institute de Philadelphie, qui a déclaré au Philadelphia Inquirer: «Si aucun de ces enregistrements piratés n'est de moi, j'en serai profondément vexé!»

Dans les faits, il n'est pas évident que le principal suspect de la fraude, William Barrington-Coupe, soit inquiété. Les préjudices financiers sont minimes, les pianistes piratés peu connus sont fiers, les acheteurs floués commencent à vendre leurs disques sur eBay comme des collectors et beaucoup imaginent maintenant un film qui raconterait cette fabuleuse histoire. Aux dernières nouvelles, dans les forums de discussion sur Internet, Meryl Streep avait la cote parmi les actrices que les amateurs de piano verraient bien incarner la désormais inoubliable Joyce Hatto.

Collaborateur du Devoir

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