The Arcade Fire à la Fédération ukrainienne - Baptême du feu

The Arcade Fire en concert pour les victimes de l’ouragan Katrina, en septembre 2005, à New York. Le groupe se produisait hier pour un petit auditoire complice à Montréal.
Photo: Agence Reuters The Arcade Fire en concert pour les victimes de l’ouragan Katrina, en septembre 2005, à New York. Le groupe se produisait hier pour un petit auditoire complice à Montréal.

C'était pas exactement le baptême du feu pour The Arcade Fire, hier soir à la Fédération ukrainienne. Il y a eu le show top secret du 20 janvier dernier dans une église polonaise du même Mile End. Et un autre, plus secret encore, le vendredi d'avant à l'ancien «high school» du bassiste Richard Parry (à Ottawa), sans compter les cinq soirs à l'église St-John's de Londres. Mais pour ceux qui ont bravé les engelures au petit matin sibérien d'hier pour obtenir les 50 billets supplémentaires mis en vente chez le disquaire L'Oblique, pour les 600 autres fans extatiques qui sont parvenus à dénicher une entrée par l'un ou l'autre subterfuge (chacun avait son histoire), c'était une fois à l'intérieur de la Fédération ukrainienne une sacrée bonne chaleur. Qui ressemblait fort, pour la plupart, à un baptême du feu: chose certaine, à une telle proximité, ça crépitait de bonheur.

C'était néanmoins un peu pas mal le même show qu'à Londres, à quelques permutations près. Ça débutait sur les chapeaux de roue avec Keep The Car Running, plutôt qu'avec l'intense Black Mirror. Détail. Bonnet blanc, blanc bonnet. Il s'agissait pareillement de lancer dans les flammes près d'une dizaine des chansons de l'album Neon Bible, dont la sortie est attendue comme l'avènement du Messie le 6 mars. Le fond de scène, sorte de livre aux contours enluminés au néon (la Bible, suppose-t-on), donnait la couleur: The Arcade Fire n'était pas là pour rejouer la totale de Funeral, le fameux premier album, celui-là même qui reçut la bénédiction du dieu Bowie. Tout au plus le groupe émaillerait-il les nouveautés de quelques offrandes: Neighborhood # 3 (Power Out), par exemple.

Qu'importe. L'auditoire était parfaitement complice, aussi prêt à soutenir son groupe dans ses nouvelles aventures que les bretelles noires de Win Butler ses pantalons. À chaque intro, ça hurlait: ou bien ces gens-là avaient déjà tout entendu le show de Londres par le truchement d'Internet (ou celui du 20 janvier à Montréal, disponible itou), ou bien ils étaient simplement contents et le manifestaient bruyamment. Un dix sur la deuxième possibilité.

Si les fans étaient beaux à voir, le groupe l'était aussi, formidablement dynamique et mobile malgré la trop petite scène pleine d'équipement. On aurait dit un wagon de métro à Tokyo, où tout le monde changerait de place à chaque station. Jeu de chaise musicale fou braque, typique de cette bande de multi-instrumentistes. Personne n'entremêle guitares, cuivres et cordes, claviers et percussions d'aussi subtile et fascinante manière que The Arcade Fire: c'était particulièrement patent dans une chanson en deux temps intitulée Black Wave / Bad Vibrations, où Régine Chassagne démarrait l'affaire presque à gogo (très Annette Funicello dans le genre), puis Butler la détournait en somptueuse chanson triste. Autre belle découverte (pour moi, à tout le moins): la plaintive My Body Is A Cage, donnée sur lit d'orgue, passant du dénuement à la plénitude dans l'orchestration. The Arcade Fire, c'est ça, me disais-je en pensant à Phil Spector: le «wall of sound» du 21e siècle. Jusqu'à samedi. Avec 50 billets à L'Oblique tous les jours. Courage.

Collaborateur du Devoir