Entrevue avec Éric Goulet - Volontaire pour Dédé... et pour le rock

C'est à lui que Lise Raymond a pensé, sans avoir à y penser longtemps. Ça allait de soi: Éric Goulet était l'homme de la situation. Le gars idéal pour diriger le house band du spectacle-bénéfice Dédé... pour la vie, présenté mardi prochain sur la scène à peine assez grande du Spectrum (plus d'une soixantaine d'artistes s'y colleront serré). Normal aussi que la famille Fortin ait pensé à la relationniste Lise Raymond, que tout le monde aime dans le métier, soeur de coeur de Dédé Fortin et des Colocs, pour les soutenir dans l'organisation pas du tout évidente de ce show collectif pas comme les autres, première activité de financement de la Fondation André Dédé Fortin, dont la mission est la prévention du suicide (vous en saurez plus en allant fureter du côté du site www.fondationandrededefortin.com). Un show qui se veut d'abord un bon show, Lise Raymond insiste fort là-dessus: ce ne sera pas un hommage à feu Dédé (au sens larmoyant du terme) tout en ayant rapport à Dédé (au sens festif du terme). Compris.

D'où Goulet à la direction musicale. Il ne pouvait pas en être autrement. C'était inscrit dans les astres. «Lise Raymond, Dédé et moi, on est nés le 17 novembre, précise le vétéran musicien. Ça lie. Bon, sérieusement, si je suis là, c'est parce que c'est Dédé, que j'ai connu un peu, et parce que j'ai vécu quelque chose d'extraordinaire au Coup de coeur avec un autre show collectif, qui s'appelait Chapeau à Plume. Où Lise faisait les communications.»

Tout se tient: en novembre dernier, c'est en effet notre belle Lise nationale qui s'occupait des relations de presse pour Coup du coeur francophone, notamment la mémorable soirée d'ouverture intitulée Chapeau à Plume (Latraverse, pardi!), show à mille et un participants dont le directeur musical était... Éric Goulet. Lequel avait déjà travaillé avec au moins la moitié des mille et un (faites le calcul). Normal, ça aussi, après 20 ans de musique. Goulet est de la même génération de musiciens que Dédé et les Colocs. Voyez comme ça s'imbrique?

Et encore, ce n'est pas tout. Les briques s'empilent. L'édifice bâti par Goulet au fil des ans a des tas d'étages. Pas surprenant qu'on le retrouve un peu partout ces jours-ci, l'éternel rockeur alterno. «C'est par effet d'entraînement. Une chose en a amené une autre. Et puis j'ai fini par avoir plus de temps. Depuis cinq ans, je peux gagner ma vie en faisant juste de la musique. Avant, j'avais toujours une job à côté. Je considère que je suis dans la meilleure phase de ma vie, à bien des égards.» Une phase d'intense productivité et de saine diversité. Il a son groupe, Les Chiens (décanté de son groupe d'avant, Possession Simple). Il a son incarnation en solo, ce Monsieur Mono qui nous a donné un album sombre, douloureux et magnifique. Il a son groupe de bluegrass, Pilgrim. Il a sa récréation, Les Ringos, où il s'offre le catalogue des Beatles. Et puis il y a qu'on se l'arrache à droite et à gauche pour réaliser des disques, de Vincent Vallières au groupe André.

C'est patent: la présence d'Éric Goulet est devenue gage de crédibilité. Référence en béton pour les artistes émergents des dernières années. Quand je lui dis ça, il est à la fois content et gêné. «Quoi dire? C'est sûr que j'ai jamais eu de quoi m'asseoir sur mes lauriers, on n'a jamais vendu tellement de disques, ni avec Possession Simple, ni avec Les Chiens. Mais j'ai gardé la même drive. Ça finit par faire des petits. En y réfléchissant, je me dis qu'avec mes bands, on a travaillé plus en profondeur qu'en hauteur. On a fait du rock pour musiciens. L'influence est plus dans l'approche: l'idée d'une certaine indépendance, d'une débrouillardise par rapport à l'industrie.»

Chose certaine, à la bringue pour Plume, il ralliait tous les suffrages: les versions étaient aussi solides que rafraîchies, et il servait de génératrice à l'assemblée tout entière. Gageons que ce sera pareil mardi. «Il y a Michel Rivard et Richard Séguin qui vont probablement faire leurs chansons en solo, faute de temps, mais sinon, on est volontaires pour jouer avec n'importe qui dans n'importe quel style.» Avec Marc Déry, Goulet prévoit reprendre Maudit que l'monde est beau, des Colocs (avec les Gumboots et 30 percussionnistes!). Avec Martin Léon, ils vont essayer de faire rebondir Julie. La redoutable Cha Cha Da Vinci souhaite raviver avec la bande à Goulet un p'tit rockabilly du temps où Dédé était le batteur de son Chain Gang. Et ainsi de suite: Antoine Gratton, Stéphane Côté, Damien Robitaille, Biz, Jonathan Savage, Lilison Di Kinara, Xavier Caféine et les anciens Colocs Vander et Mike Sawatsky seront aussi de la partie. François Parenteau lira. Monique Giroux animera. Et Goulet, sans qu'il y paraisse, présidera. «Nous autres, c'est pas compliqué, on fournit le courant.»

Collaborateur du Devoir