Concerts classiques - Bonnes surprises dans un bel écrin

Dans le cadre de son «Opera Project», Seiji Ozawa avait couplé, notamment à l'Opéra de Paris, L'Heure espagnole de Ravel et Gianni Schicchi de Puccini. Opera McGill a préféré L'Enfant et les sortilèges du compositeur français. Le choix n'est pas mauvais, les deux opéras sondant avec une certain cynisme - à travers une allégorie pour l'un et une comédie pour l'autre - certains travers de la nature humaine; l'égoïsme et l'abus de pouvoir chez Ravel, l'appât du gain chez Puccini.

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OPÉRA McGILL

Ravel : L'Enfant et les sortilèges. Puccini : Gianni Schicchi. Avec, entre autres, Margaret Meyer (l'enfant, Ravel) ; Marc-Antoine D'Aragon (Gianni Schicchi), Devon Wilkinson (Lauretta), Martina Govednik (Zita), Gaetan Sauvageau (Rinuccio). Orchestre symphonique de McGill, dir. Julian Wachner. Mise en scène: Guillermo Silva-Marin. Décors : Vincent Lefèvre. Éclairages : Serge Filiatrault. Costumes : Mireille Vachon. Salle Pollack, mercredi 31 janvier. Reprise ce soir, demain et samedi à 19h30.

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De la soirée, que l'on a encore trois occasions de voir cette semaine (demain dans la même distribution, ce soir et samedi avec d'autres chanteurs), on retiendra, suite à la soirée Purcell de l'automne, le luxe de moyens mis en oeuvre par l'Université McGill pour présenter ses opéras dans les meilleures conditions scéniques. La profusion des costumes et accessoires, ainsi que le très efficace cadre scénique dépassent largement ce qu'on peut attendre habituellement d'une production estudiantine.

On ajoutera, dans ce diptyque Ravel-Puccini la parfaite emprise du chef, Julian Wachner, sur l'action musicale, conduite avec un beau mordant. Scéniquement, les deux trames sont bien cadrées, malgré quelques dialogues dans lesquels les protagonistes se tournent le dos (mère-enfant, princesse-enfant et air «O mio babbino caro»). Étrange aussi, cet sorte de syndrome de Stockholm des éléments rebelles vis à vis de l'enfant à la fin de l'opéra de Ravel.

Les deux ouvrages présentent une relative profusion de rôles et absence d'airs. Il m'est délicat de rentrer dans une hiérarchisation des voix, car je ne sais à quel point les uns et les autres sont (ou ne sont pas) à des stades de formation différents. Mais, assurément, la mezzo Martina Govednik (la mère, la libellule, l'écureuil et Zita) a dominé le plateau. Dommage que son «ladro» adressé à Gianni Schicchi manquait de haine viscérale. Seul Marc-Antoine d'Aragon, égale sa collègue dans la constante maîtrise de la voix et de sa projection. Gaétan Sauvageau et Devon Wilkinson ont un très beau matériau, mais encore du travail pour le domestiquer, notamment cette dernière qui couvre les «a» et, un peu, les «o».

Jolies prestations de Brodie MacRae et Sean Waugh dans Puccini, ainsi que de Margaret Meyer dans Ravel. Pour le reste les éléments féminins surpassent nettement les garçons, avec, chez ces derniers, trois cas - Michael Imbimbo, Jonathan Ayers et Patrick Gartner - assez désespérés, hélas.

Collaborateur du Devoir