Musique classique - L'opéra en direct au cinéma: c'est géant!

Samedi 13 janvier au cinéma Paramount de la rue Sainte-Catherine à Montréal. Une salle comble regarde et écoute en direct dans un silence quasi religieux la retransmission, depuis le Metropolitan Opera de New York, d'un opéra créé trois semaines plus tôt, Le Premier Empereur de Tan Dun.

La salle est très hétéroclite: têtes blanches, adeptes des après-midi musicaux et jeunes spectateurs en quête de nouvelles expériences se côtoient pour cette nouvelle grand-messe de l'opéra. Car l'idée qui permet de retransmettre — en direct, en haute définition et dans d'excellentes conditions sonores — des représentations de l'une des plus prestigieuses scènes lyriques du monde est une révolution dans notre paysage musical. Ce n'est pas seulement «comme si vous y étiez», c'est quasiment «mieux que si vous y étiez».

On doit sans doute à la miniaturisation des caméras cette liberté dans la prise de vue. Le spectateur est en fait assis entre l'orchestre et la scène et perçoit mieux qu'aux premières loges la musique en train de naître. Évidemment, il y a plus de contre-plongées que dans une captation traditionnelle d'une représentation d'opéra, mais on s'y fait assez vite et, dans le cas du Premier Empereur, on s'amuse à entendre la souffleuse sauver Placido Domingo à plusieurs reprises. Le compositeur, Tan Dun, lui, aide la star de sa distribution en doublant aux instruments les lignes vocales un tant soit peu complexes.

La critique de l'opéra de Tan Dun, également retransmis sur Espace Musique, n'est pas l'objet de cet article. Disons que le compositeur chinois, à qui les États-Unis font un triomphe, est l'un des plus malins du monde. Il est le plus habile dans la création d'une musique pour un temps où le fin du fin de la gastronomie chez nos voisins du Sud est la «fusion». En appelant au mélange d'idiomes chinois et de repères de la tradition moderne occidentale — Puccini dans la première partie; un gros leitmotiv comme chez Wagner, la fin du War Requiem de Britten dans la seconde partie et même le Messiaen d'Éclairs sur l'au-delà avant le suicide le l'héroïne —, Tan Dun réussit à ficeler un spectacle efficace et qui n'effarouche pas.

Si Tan Dun a fait le plein, à Kirkland comme à Montréal ou à Sainte-Foy, où il a fallu ouvrir une seconde salle, on vous laisse imaginer la ruée lorsqu'on projettera La Traviata! Dès ce samedi sera d'ailleurs rediffusée La Flûte enchantée (version pour enfants, raccourcie et en anglais), qui avait rempli la salle à cent pour cent. Ensuite, il faudra attendre le 24 février pour Eugène Onéguine de Tchaïkovski, suivi du Barbier de Séville de Rossini et du Triptyque de Puccini. Pour l'heure, seule l'Amérique du Nord et la Norvège diffusent les six opéras en direct. D'autres diffusions, partielles et en différé, ont lieu au Danemark, au Japon et au Royaume-Uni.

Le partenaire du Met au Canada, pour 28 écrans, est Cineplex Divertissement. Son coefficient de remplissage avoisine les cent pour cent et plus de 30 000 personnes en Amérique du Nord ont déjà réservé leurs billets pour la reprise de La Flûte enchantée après-demain.

Ce nouveau phénomène, qui, au passage, prouve l'existence d'un public sans doute plus vaste qu'on ne le pense, aura une suite. Peter Clark, directeur associé des communications du Metropolitan Opera, a confié au Devoir que les opéras qui feront l'objet de diffusions vidéo lors de la saison 2007-08 seront révélés d'ici environ un mois. L'aventure continue et elle risque d'avoir de plus en plus d'adeptes.

Collaborateur du Devoir