Concerts classiques - Robe rouge et service minimum

Difficile de s'imaginer en plein concert de Noël dans cette Salle Wilfrid-Pelletier, sans le moindre arrangement floral ou la plus infime branche de résineux (par peur qu'un juge les enlève?). À vrai dire, il y a plus d'ambiance de Noël dans le White Christmas qui clôt le Gala de l'Opéra que dans cette soirée entière sans âme ou émotion. Il est vrai que l'OSM, qui avait sorti le carnet de chèque pour se payer la star Renée Fleming, n'avait peut-être plus de quoi investir dans un petit supplément d'âme décoratif.

Renée Fleming a égayé nos pupilles en choisissant une belle robe rouge à traîne. On notera qu'elle a besoin de se dénuder les épaules pour chanter (assez médiocrement, avec de bien vulgaires ports de voix), le «Laudamus Te» de la Messe en ut de Mozart. La soprano a trouvé depuis deux ans le bon filon pour se reposer la voix en décembre tout en gagnant très confortablement sa vie. Seul, après Mozart, le «Rejoice» du Messie sollicitait le souffle et la technique, le reste des oeuvres évoluant en de longues lignes tranquilles dans le milieu du registre vocal. Dans ce créneau, Mariä Wiegenlied de Reger, l'Ave Maria de Schubert et A Simple Song de Bernstein distillaient un vague semblant de début d'ébauche d'émotion.

Un réveil tardif

Le plus beau est venu de Kent Nagano, là où on ne l'attendait pas: dans le Concerto grosso «pour la nuit de Noël» de Corelli, léger, fin et doux, malgré un effectif orchestral important. Il a aussi réveillé un peu la salle dans ses deux bis: la «Valse des fleurs» puis la «Danse russe» du Casse-Noisette de Tchaïkovski. Il s'est par contre mépris en programmant Orient et Occident, une sinistre oeuvre d'Arvo Pärt qui n'avait rien à faire là.

La soirée a permis une fois de plus de relever l'excellence du choeur de l'OSM, préparé cette fois par un invité, le Suisse Michael Zaugg. Les chanteurs disciplinés et précis dans le choeur introductif de l'Oratorio de Noël de Bach et dans l'«Alleluia» du Messie de Haendel ont su préserver la pureté d'intonation dans les pianissimi d'un Adieu des Bergers de Berlioz pris à un tempo figé. On signalera enfin les lubies de l'auteur de la notice, Guy Marchand, pour qui ce célèbre choeur de Berlioz est écrit avec un solo de soprano et pour lequel le théâtre musical intitulé Mass de Bernstein est une «messe» (au sens d'«office») qui s'inscrit dans le prolongement de Vatican II.

Collaborateur du Devoir

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CONCERT DE NOËL.

«Renée Fleming chante Noël». Îuvres de Bach, Pärt, Berlioz, Haendel, Mozart, Franck, Reger, Schubert, Corelli, Ochs, Gruber, Eccard, Humperdinck et Bernstein. Choeur et Orchestre symphonique de Montréal, dir. Kent Nagano. Salle Wilfrid-Pelletier, mardi 19 décembre.