Un opéra controversé joué sans incident à Berlin

Le Deutsche Oper a été placé sous étroite surveillance policière hier.
Photo: Agence Reuters Le Deutsche Oper a été placé sous étroite surveillance policière hier.

Berlin — L'opéra Idoménée de Mozart, retiré cet automne de l'affiche à cause d'une scène controversée autour de Mahomet, a finalement été joué sans incident hier à Berlin, l'aspect artistique disparaissant totalement au profit de plaidoyers pour la liberté d'expression.

La mise en scène par l'iconoclaste Hans Neuenfels de cette oeuvre de 1781 a été applaudie par une salle comble, a constaté une journaliste de l'AFP.

Le Deutsche Oper, dans l'ancien Berlin-Ouest, avait été placé sous étroite surveillance policière. Les spectateurs, accueillis par des nuées de caméras de télévision et de flashs de photographes, ont dû franchir des portiques de sécurité, tandis que les téléphones portables étaient inspectés un par un, sous l'oeil de nombreux policiers en uniforme ou en civil.

«Nous n'avions jamais utilisé un tel dispositif de protection pour un opéra», a déclaré Bernhard Schodrowski, porte-parole de la police.

La scène la plus controversée du spectacle, au cours de laquelle Idoménée, figure de la mythologie grecque, brandit les têtes décapitées de Bouddha, Poséïdon, Jésus et Mahomet en signe de révolte contre les dieux, a suscité quelques applaudissements, des réactions amusées et une ou deux huées.

Auparavant, les quatre divinités avaient déjà été mises à rude épreuve par les choix provocateurs de Neuenfels, finissant notamment en caleçon sur la scène.

«Bien fait!», a crié un spectateur à l'apparition de la tête décapitée de Jésus, tandis qu'un «Bravo!» isolé retentissait lorsqu'arrivait le tour de Mahomet, contré par un ou deux «Bouh!».

Cette scène finale, qui dure une poignée de secondes et qui était passée inaperçue lors d'une première présentation en 2003, avait été invoquée pour justifier la déprogrammation de l'opéra fin septembre, de crainte de représailles islamistes.

En l'absence de menaces terroristes concrètes et devant le tollé suscité en Allemagne, la directrice du Deutsche Oper, Kirsten Harms, avait dû revenir sur sa décision.

«Il s'agissait d'un événement très politique», a déclaré le maire de Berlin, le social-démocrate Klaus Wowereit, à des journalistes à sa sortie de la salle, ajoutant: «C'était une mise en scène de la liberté de l'art, et c'était en ce sens une réussite.»

Le président de la Communauté turque d'Allemagne, Kenan Kolat, a quant à lui dit en sortant de la salle: «Il y avait une critique de toutes les religions, c'est quelque chose que l'on peut et que l'on doit accepter.» Il a par ailleurs invité tous les hauts responsables de la communauté musulmane à se faire une opinion.

Le gouvernement avait proposé à de nombreux représentants musulmans d'assister au spectacle, mais certains invités de marque se sont abstenus, en particulier le secrétaire général du Conseil central des musulmans d'Allemagne, Aiman Mazyek, et le président du Conseil de l'islam, Ali Kizilkaya.

«J'étais et suis toujours fermement opposé à la déprogrammation d'Idoménée», a expliqué M. Mayzek qui s'est toutefois dit «politiquement instrumentalisé» par cette invitation.

La liberté suppose aussi que «chacun puisse choisir de ne pas aller» assister à une mise en scène «sans goût et irrespectueuse», a souligné M. Kizilkaya.

L'invitation avait été lancée par le ministre de l'Intérieur Wolfgang Schäuble à l'issue de la première Conférence sur l'islam tenue fin septembre, destinée à favoriser l'intégration des musulmans. M. Schäuble a déclaré hier soir à l'AFP «respecter ceux qui ne viennent pas», tout en soulignant que deux tiers des responsables concernés dans la communauté musulmane avaient répondu présent.