Idoménée de Mozart présenté à Berlin - Des responsables musulmans n'iront pas voir l'opéra

Berlin — Des responsables de la communauté musulmane d'Allemagne, invités par le gouvernement à assister ce soir à Berlin à une mise en scène contestée de l'opéra Idoménée de Mozart, ont fait savoir qu'ils déclinaient cette offre.

Le secrétaire général du Conseil central des musulmans d'Allemagne, Aiman Mazyek, et le président du Conseil de l'islam, Ali Kizilkaya, cités par le journal dominical Tagesspiegel am Sonntag, ont déclaré qu'il n'assisteraient finalement pas à la mise en scène controversée de Hans Neuenfels.

Cette version de l'opéra de Mozart, un temps déprogrammée par crainte de violences islamistes, doit finalement être montrée aujourd'hui au Deutsche Oper à Berlin, pour la première fois depuis qu'a éclaté la polémique fin septembre.

Bien qu'aucune menace précise n'ait été recensée, l'opéra sera placé sous forte protection policière. «Nous nous assurerons qu'aucun objet dangereux ne soit introduit» dans l'établissement, a indiqué hier un porte-parole de la police, tout en précisant que les contrôles ne ressembleront pas à ceux en vigueur dans les aéroports.

La directrice du Deutsche Oper, Kirsten Harms, avait provoqué une vive polémique fin septembre en annonçant qu'elle déprogrammait l'Idoménée version Neuenfels, qui devait initialement être présentée à quatre reprises en novembre, par crainte de représailles de la part d'islamistes.

«J'étais et suis toujours fermement opposé à la déprogrammation d'Idoménée», a rappelé à ce propos M. Mayzek, cité par le Tagesspiegel. Mais le responsable religieux affirme qu'il s'est senti «politiquement instrumentalisé» après que le ministre de l'Intérieur Wolfgang Schäuble eut annoncé fin septembre, à l'issue d'une conférence nationale sur l'islam, que les principaux représentants musulmans en Allemagne se rendraient ensemble à l'opéra le 18 décembre pour montrer leur opposition au fondamentalisme religieux.

«Je vais à l'opéra pour me détendre et pas pour mélanger religion, art et politique», a souligné M. Mazyek, ajoutant que la scène controversée où le roi de Crète Idoménée vient déposer sur des chaises les têtes de Poséidon, de Jésus, de Bouddha et de Mahomet ne le rendait «naturellement pas heureux».

«La liberté de l'art doit être préservée, et la représentation doit pouvoir avoir lieu», a affirmé de son côté M. Kizilkaya. Cependant, la liberté suppose aussi que «chacun puisse choisir de ne pas aller» assister à une mise en scène «sans goût et irrespectueuse».

Critiquant l'invitation «un peu populiste» du ministre de l'Intérieur, le responsable religieux met en garde contre un raisonnement trop rapide qui consisterait à mesurer l'intégration des musulmans en Allemagne à l'aune de leur présence parmi le public d'Idoménée.

En revanche, le président de la communauté turque d'Allemagne, Kenan Kolat, a regretté le revirement des responsables musulmans. «Je trouve dommage que les présidents [des organisations musulmanes] n'aillent pas à l'opéra», a-t-il déclaré au quotidien Tageszeitung d'aujourd'hui. «Les musulmans peuvent s'engager pour la liberté de l'art, et ne le font pas [...] Nous devons afficher ensemble notre position», a-t-il martelé.