Concerts classiques - Le piano dans tous ses états

Quatre heures et demie avec les entractes! Voilà qui témoignait bien du sens de la démesure et de l'enthousiasme de Walter Boudreau, directeur artistique de la SMCQ, et aussi de sa véritable foi en la musique qu'il défend. Mais parfois, Walter Boudreau doit se sentir un peu seul. Malgré un soutien médiatique important (y compris de la Première Chaîne de Radio-Canada!), environ 400 personnes avaient choisi de fêter cet anniversaire. Parmi elles, une large majorité de compositeurs, d'universitaires et de gens du milieu musical.

Peut-être le public ne se sent-il pas concerné par ces rituels qui virent à l'autocélébration d'un groupe. Pour organiser le concert, les onze membres du comité artistique de la SMCQ avaient été consultés pour déterminer les oeuvres les plus éminentes des quarante dernières années. Résultat: huit de ces membres ont programmé l'une de leurs propres oeuvres ou celle de l'un d'entre eux! L'impression récurrente d'entendre des musiques avant tout conçues pour être adoubées entre pairs n'est certainement pas fortuite.

Garant, Tremblay, Bouliane, Fergusson (ce dernier avec un sens plus serein du temps et de la résonance) traitent en lignes brisées le piano en instrument de percussion. Cette musique, à force d'être actuelle, est déjà passée.

Daoust, Dufort et Gonneville (ce dernier intéressant par ses recherches dans l'association entre bande et piano) amplifient ou ajoutent un synthétiseur, une bande pré-enregistrée, parfois de la vidéo. Ce qui les distingue? Moins disciplinés, les adeptes du genre s'applaudissent entre eux à la fin de chaque pièce, ce qui brise le parfait continuum imaginé et demandé par Walter Boudreau, avec de brefs hommages en vidéo pendant les changements de solistes. Pour donner plus de densité à la soirée, il aurait fallu se cantonner à une composition par auteur (dans le cas de Garant et Tremblay, cette redondante duplication est particulièrement inutile) et éviter les oeuvres de plus de quinze minutes. Ont dérogé à ce sage précepte deux cycles de variations, l'un, insupportable, de José Evangélista et l'autre, signé John Rea, en collages et métamorphoses autour de Schumann et Debussy. Le virtuose décalque similaire créé par André Hamel sur les Danses symphoniques de Rachmaninov démontre que les oeuvres originales sont plus intéressantes que le commensalisme qu'elles peuvent engendrer chez ceux qui nient le pouvoir de la mélodie en musique.

De ce que j'ai vu (tout, sauf Marcel, Posvost et Arcuri) se sont dégagés, en primus inter pares, Boudreau lui-même, par un spirituel haiku musical filmé, et Claude Vivier, avec, dans Shiraz, un vrai concept sur la symétrie, le parallélisme puis l'indépendance des mains, tout au contraire de Bruce Mather, véritable Gurdjieff de la fausse note, avec son piano accordé en seizièmes de ton et sa musique insipide.

Les pianistes furent tous très dédiés à la cause. Perdue?

Collaborateur du Devoir

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SMCQ

«Piano FORTE!». Concert du 40e anniversaire de la Société de musique contemporaine du Québec. Îuvres de Bouliane, Dufort, Tremblay, Daoust, Evangelista, Gonneville, Ferguson, Garant, Boudreau, Rea, Vivier, Mather, Hamel, Marcel, Provost et Arcouri. Louise-Andrée Baril, Louise Bessette, David Cronkite, Jacques Drouin, Francis Perron, Brigitte Poulin, Bruce Mather, Richard Raymond et Jacynthe Riverin (pianos). Salle Claude-Champagne, le 14 décembre 2006.