Musique classique - Cadeaux de Fêtes: cinq idées musicales

Pour les mélomanes qui seraient encore en quête d'un cadeau musical pour les fêtes de fin d'année voici cinq idées, dans cinq registres très différents de la musique classique.

Un coffret

Monteverdi: Madrigaux guerriers et amoureux, Livre VIII (intégrale)

Concerto Italiano,

Rinaldo Alessandrini.

Naïve OP 30435 (Naxos)

Dans le Livre VIII (1638), Monteverdi (1567-1643) met en oeuvre tous ses préceptes qui ont tant fait avancer l'esthétique et l'expression musicales. Il écrit aussi une préface dans laquelle il fait partager sa dernière découverte: le stile concitato, le «style agité», qui permet d'élargir la palette expressive. Comme la peinture du Caravage, la musique de Monteverdi accentue de plus en plus les contrastes.

L'expression ne se limite plus à la tendresse, à la gaîté ou à la tristesse, mais ouvre un nouveau champ d'affects: la colère et les emportements. Il y a ainsi, dans le «théâtre musical» de ce Livre VIII, des madrigaux guerriers, dont le plus célèbre est le Combat de Tancrède et de Clorinde, et des madrigaux amoureux, parmi lesquels Le Bal des ingrates.

Rinaldo Alesandrini, mêlant élégance musicale et fulgurance expressive, avait révolutionné l'interprétation avec son «volume amoureux» paru en 1997. Il vient, en 2005, de compléter l'intégrale. Le sommet des trois CD se situe à la plage 20 du premier disque, dans la bouleversante plainte finale de l'«ingrate». Seule réserve musicale: le millésime 2005 du Concerto Italiano, notamment au niveau des ténors, n'est pas aussi glorieux que celui, unique, des années 1997 et 1998. Mais l'ensemble reste une merveille dans un jalon important de l'histoire de la musique. Dernier regret: Naxos importe uniquement la présentation CD «normale» et non le somptueux livre-CD (référence OP30425, pour ceux qui achètent leurs disques à l'étranger) édité parallèlement.

Un livre

Musiques, une encyclopédie pour le XXIe siècle

Tome 4: Histoires des musiques européennes

Sous la direction de Jean-Jacques Nattiez

Actes Sud/Cité de la Musique, 1515 pages, 2006 (pour la traduction française)

Cette encyclopédie pas comme les autres, avait notamment débuté par un brillant volume sur les musiques du XXe siècle. Voici donc le volume attendu ou «habituel», celui qui, dans des entreprises encyclopédiques plus traditionnelles, est censé nous donner un aperçu complet de l'histoire de la musique dite «savante européenne». Pour éviter tout débat sur le traitement un peu rapide de tel ou tel sujet, Jean-Jacques Nattiez prend soin de mettre un «s» à «Histoires», prudence salutaire quand les thèmes ne sont pas abordés géographiquement ou chronologiquement, mais transversalement. On trouve ici des thématiques telles que «Aria et récitatif dans l'opéra» ou «Rhétorique et narrativité musicales». De ce que j'ai pu absorber de ces 1515 pages, le puzzle est un peu délicat à assembler, mais la méthode «par sujet» peut être très éclairante, à l'exemple du chapitre sur l'opérette, sujet qu'on n'aborde pas habituellement dans ce type d'ouvrage, ou de thèmes plus pointus comme «Le mythe de Faust dans la musique du XIXe siècle». Ce volume ne dispense pas d'avoir dans sa bibliothèque l'Histoire de la musique occidentale de Jean et Brigitte Massin (Fayard), mais les deux ouvrages se complètent magistralement.

Un disque de démonstration

Le Sacre du printemps

Esa-Pekka Salonen et le Los Angeles Philharmonic au Walt Disney Hall de Los Angeles.

Un SACD Deutsche Grammophon 477 6198

Vous avez une très bonne chaîne haute-fidélité. Mieux encore: vous êtes équipés pour écouter de la musique en multicanal et disposez d'un lecteur SACD. Vous êtes donc à la recherche d'un disque qui va mettre au défi et en valeur votre installation. Le voici! Dans le premier enregistrement réalisé dans la nouvelle salle, déjà mythique, de Los Angeles, Esa-Pekka Salonen nous propose des oeuvres qui lui ont valu la gloire, notamment Le Sacre du Printemps d'Igor Stravinski. Contrairement à de nombreux projets artistiques techniquement impressionnants et artistiquement vulgaires, ce SACD est à la fois une référence sur le plan sonore et sur le plan musical. La clarté de la direction de Salonen est celle d'un grand maître de l'orchestre et, plus encore dans les deux compléments de programme — Une Nuit sur le Mont chauve de Moussorgski et la version de concert du Mandarin merveilleux de Bartók —, l'expressivité est fulgurante.

Une découverte

Jean-Marie Leclair (1697-1764).

«Le Tombeau», avec les Sonates IV, VI et VIII du 3e Livre de Sonates pour violon et basse continue

Patrick Cohen-Akenine et Les Folies françoises.

Alpha 083 (SRI).

Le 4e Livre de Sonates pour violon et basse continue (intégrale)

Patrick Bismuth et La Tempsta

Zig Zag Territoires 3 CD ZZT 060401-3.

Si l'année 2005 avait été celle de la redécouverte des oeuvres orchestrales de Nikolaus von Reznicek, 2006 restera comme celle du surprenant Johann Wenzeslaus Kalliwoda et celle du retour en grâce de Jean-Marie Leclair, le plus grand violoniste-compositeur du XVIIIe siècle français. Mort assassiné un peu plus d'un mois après la mort de Rameau, le taciturne et solitaire Leclair laisse un important oeuvre pour violon. Les Livres III et IV de ce corpus unissent à la fois l'inspiration française et le panache instrumental italien, le tout assaisonné d'une invention musicale qui se mesure quasiment à celle de Rameau.

Le disque Alpha des Folies françoises est le disque parfait pour aborder ce compositeur. Si vous êtes enthousiasmé par Leclair, tournez-vous alors vers l'intégrale du Livre IV, le plus italianisant et le plus marqué par la rencontre de Leclair avec le grand maître italien du violon, Pietro Antonio Locatelli. Le trop rare Patrick Bismuth, sommité du violon baroque, en est un parfait interprète. Il est juste dommage que la flûtiste soit captée de trop près.

Un DVD

La Bohème de Puccini au Teatro Real de Madrid (2006)

Mise en scène: Giancarlo del Monaco. Avec Inva Mula (Mimi) et Aquiles Machado (Rodolfo).

Direction musicale: Jesus López-Cobos

Opus Arte OA 0961D

Il est toujours gratifiant de recevoir le DVD d'un opéra populaire dans une production qui ne cherche pas à bousculer les codes de l'ouvrage pour exister. Cette Bohème, captée en 2006 à Madrid, existe d'abord à travers un décorum parfait, d'une force d'évocation quasi cinématographique. Encore plus belle que les productions de Zeffirelli à Milan et New York, de Jonathan Miller à Paris, celle signée du décorateur Michael Scott, et du metteur en scène Giancarlo del Monaco, nous montre une Bohème de carte postale, dans le Montmartre de Lautrec. Mené par une distribution très équilibrée, dirigé de manière méticuleuse et détaillée par López-Cobos et marquant, enfin, la consécration de la soprano Inva Mula, ce grand spectacle lyrique est un DVD de base d'une vidéothèque d'opéra.

Collaborateur du Devoir