Mes Aïeux: des bûches et dix bougies

Les gars et la fille de Mes Aïeux: Frédéric Giroux, Stéphane Archambault, Marie-Hélène Fortin, Éric Desranleau et Marc-André Paquette.
Photo: Jacques Grenier Les gars et la fille de Mes Aïeux: Frédéric Giroux, Stéphane Archambault, Marie-Hélène Fortin, Éric Desranleau et Marc-André Paquette.

Après une décennie de travail de terrain et de propagation au bouche à oreille, Mes Aïeux offre à sa descendance un album de famille en forme de coffret CD-DVD et obtient en retour une prime: un premier succès dans les radios commerciales avec la chanson Dégénérations... deux ans après sa sortie. De quoi célébrer, sourire en coin.

Les gars et la fille de Mes Aïeux s'assoient autour de la grande table de ma salle à manger. J'aurais pu écrire: se tirent des bûches, rapport à Tire-toi une bûche, le titre de leur tout récent coffret CD-DVD, qui est à la fois le vibrant document témoin de la longue et fructueuse tournée En famille et une sorte de bilan d'activité de leurs dix années de généalogie appliquée (il y a tout un tas d'extras: vidéoclips, passages marquants à la télé et même une recette de fraises au poivre).

Une parution qui arrive à point nommé. Éric Desranleau, le bassiste (et fils du guitariste des Habits Jaunes), en témoigne: «On se faisait dire souvent que Mes Aïeux, c'est en show que ça se passe. Tôt ou tard, ça s'imposait. C'est vraiment un cadeau pour les fans.» Stéphane Archambault, le chanteur (et le comédien de la télé), nuance: «On se fait plaisir aussi. C'est un peu la photo-souvenir de nos dix ans. Qu'on va regarder dans 20 ans!» Frédéric Giroux, le guitariste à lunettes, trouve une justification pratico-pratique: «En fait, le DVD nous remplace temporairement. On est en vacances, pour la première fois depuis très longtemps. Normalement, dans le temps des Fêtes, on est bookés mur à mur. Alors là, si on veut nous voir, il y a au moins le DVD.» Stéphane renchérit: «On a essayé de vendre le concept au Centre Bell, faire engager le DVD à notre place, mais ça n'a pas marché... » La tablée s'esclaffe.

Dix ans à cinq, à sept si on inclut les cuivres (Benoît Archambault et Luc Lemire), ça peut être long longtemps. Ou alors fulgurant de brièveté. Question de perception. «On n'a jamais pensé longévité, justement, commente Marc-André Paquette (le batteur). On s'est fixé de petits objectifs, faciles à atteindre.» Éric: «On avait déjà tous des emplois au départ. Stéphane était déjà comédien, j'étais avec la LNI, Marc-André est informaticien. Ce qui nous intéressait, c'était faire des chansons, jouer ensemble. Ça n'allait pas plus loin. Et, au fond, c'est encore ça, notre première motivation.» Marie-Hélène Fortin, la violoniste (et grande argentière), a une explication moins musicale: «C'est peut-être parce que je suis la fille, mais on a eu le souci de préserver les relations, régler les différends et les conflits au fur et à mesure.» Éric: «On se parle énormément. On peut passer deux heures à discuter de la gestion de l'eau au Québec. Présentement, on travaille sur notre prochain disque — c'est ça, nos vacances! — et quand on arrive au local, on ne joue jamais tout de suite. On jase.»

Stéphane lâche finalement le morceau: le véritable secret de la longévité de Mes Aïeux tient à la juste répartition du faramineux magot. «On a eu très tôt la présence d'esprit de se pencher sur la rétribution de l'argent. Avant qu'on en fasse! Pour nous, le principe, c'est que les arrangements sont aussi importants que les accords et qu'un texte provient de nos discussions, même si j'écris les paroles. On sépare les chèques de la SOCAN à la gang.»

Ça évite les ressentiments. Surtout quand, pour la première fois en dix ans, on a une chanson (Dégénérations) qui tourne dans les radios commerciales. Allô les bidous! Je dis ça pour rigoler. Les 100 000 exemplaires de l'album En famille, écoulés en deux ans, ça compte aussi. Et les salles toujours pleines itou. En cela, la percée radiophonique est une sorte d'étrangeté. «On trouve que c'est un beau pied de nez, résume Stéphane. Après tous les refus qu'on a essuyés, on a un petit sourire en coin.» Marc-André: «Ça fait drôle, ces temps-ci, d'entendre le mot "succès" dans la bouche de tout le monde. Pour nous autres, toute notre histoire est un succès.» Fred: «On vit ça bizarrement. Pour certains médias, c'est comme si on commençait à exister.» Marie-Hélène: «Ma fierté, c'est qu'on est allés chercher les gens un par un. C'est très palpable, très valorisant. Le succès à la radio n'ajoute pas à notre valeur, c'est quelque chose d'étranger.»

Encore une fois, c'est Stéphane qui monte aux barricades: «La vérité, ce n'est pas que les radios commerciales nous ont acceptés, c'est que nos fans nous ont imposés aux radios commerciales. On a atteint une masse critique, c'est tout. Et ça ne change rien à la manière dont la radio fonctionne. Il y a des animateurs qui ne connaissent que Dégénérations. Je suis content que Mes Aïeux soit dans les radios commerciales, mais pas quand c'est la même toune qui joue dix fois par jour. J'ai peur que le monde se tanne, c'est sûr. Faut faire attention.»

Le groupe fait front commun. Pas question de jouer seulement Dégénérations lors des passages à la télé. De la même façon qu'on n'a jamais laissé le populaire Stéphane «représenter» Mes Aïeux. Marc-André: «Je suis assez fier de nous là-dessus. À la télé, à la radio, quand on est invités, c'est en tant que groupe. On s'est battus pour ça. Et ce n'est pas parce qu'on a maintenant un hit que ça va changer.» S'il le faut, ils tireront des bûches aux mécréants.

Collaborateur du Devoir

- Tire-toi une bûche, Mes Aïeux, CD + DVD, Victoire - D.E.P.