Dernier tour de piste pour Atach Tatuq

Chaque grand spectacle du collectif Atach Tatuq est coloré par sa touche théâtrale, la douzaine de membres du groupe se costumant en superhéros, en Québécois couillon ou en policier au gré des chansons. Depuis huit ans, il a proposé deux albums acclamés par la critique et le public. Dénouement de plusieurs années d'efforts, son dernier opus, Deluxxx, s'est ainsi fait remettre le prix de l'album de l'année au dernier gala de l'ADISQ. Le collectif se scindera pourtant après un dernier tour de piste, demain au Club Soda.

La production majestueuse de chacun des disques du groupe est nettement au-dessus du niveau de la grande majorité de ses comparses du rap local. La qualité des rythmes d'Atach Tatuq cache une délicate manipulation d'échantillons soul et funk des années 70. Ceux-ci accompagnent avec finesse des paroles à la fois critiques et personnelles, exposant un monde obsédé par la productivité. Le grand collectif a ainsi été l'exemple même de la force de la collaboration dans un monde hip-hop trop souvent individualiste.

La production et la promotion d'un groupe indépendant de cette taille sont pourtant éprouvantes. C'est d'ailleurs une des principales raisons derrière cette mort annoncée. «On va encore collaborer sur plusieurs projets», raconte le rappeur Rodolphe Tremblay, alias R.U., réuni autour d'une bière avec DJ Naes et le rappeur Jeanbart d'Omnikrom. «Par contre, on est aussi très contents parce que le groupe, c'est 12 grosses têtes, ou plutôt 12 personnalités assez fortes, et c'est difficile à gérer. On était trois pour tout organiser, et la quantité de travail et de logistique que ça demandait était trop prenante.»

Ce n'est pourtant pas la dernière fois que la richesse de ses rythmes entraînants se fera entendre puisque les membres d'Atach Tatuq se subdivisent maintenant en diverses cellules. La rappeuse Dee prépare un premier disque; même chose pour R.U., Egypto, DJ Naes et DJ Ephiks, qui prévoient un premier album pour l'automne prochain avec leur projet Paiz Play. «L'idéal pour Paiz Play, ajoute R.U., c'est d'arrêter de courir partout pour faire de la business et se concentrer sur ce qu'on aime le plus: la musique.» Le groupe a donc deux raisons de célébrer: un projet passionnant qui arrive à terme et la promesse d'un avenir axé uniquement sur le travail de musicien.

Annoncée depuis la sortie de l'album Deluxxx, il y a un an, la fin du groupe se conjugue ainsi avec un dernier spectacle haut en couleur. En plus de ses gigantesques décors cartonnés et des musiciens invités, il s'associe pour l'occasion à l'irrévérencieux groupe électro-rap Omnikrom. «Ne venez pas nous écouter, ce n'est pas bon pour vous», ajoute Jeanbart sur le ton défiant et ironique habituel de son groupe. «Les lecteurs du Devoir ne sont pas assez cool.»

La soirée se terminera en une grande fête avec lumière et piste de danse, et ce, jusqu'à 5h. Le DJ Skratch Bastid et les deux DJ de Paiz Play seront aux tables tournantes.

Collaborateur du Devoir