Musique classique - De rares récitals

Il y a quelques semaines, de jolis albums cartonnés et vernis ont été édités par Deutsche Grammophon. Ils proposent des récitals vocaux fort rares, pour la plupart indisponibles depuis plus de trente ans. Le CD lui-même reproduit sur sa surface l'aspect d'un disque vinyle pour ajouter à la nostalgie. Les visuels sont ceux du microsillon original et une étiquette attire l'attention sur la singularité de la parution. Quatre CD ont, a priori, attiré notre attention. Elles sont consacrées à Montserrat Caballé, Galina Vishnievskaïa, Giuseppe di Stefano et George London.

Il convient hélas de ne pas trop s'enflammer, car, en résumé, chaque disque a son vice — plus ou moins grand — caché. D'abord, pour les esprits plus matérialistes, signalons, même si la chose est logique, que, reprenant les programmes originaux, les CD ont une durée assez brève, autour de quarante-cinq minutes. Ensuite, il y a quelques réserves au plan artistique.

Les deux récitals masculins sont les plus décevants. Dans son disque paru en 1963, le ténor Giuseppe di Stefano, partenaire à la scène de Maria Callas, expose une voix déjà abîmée par ses quinze ans de carrière. L'agencement des plages n'est d'ailleurs guère heureux, puisque le premier air (celui de Radamès dans Aïda) est le pire. Outre le style qui transpose à des airs d'opéras le schéma émotionnel d'O sole mio, le problème de Di Stefano est une décoloration et une fatigue des aigus, ce qui, pour un ténor, est tout de même fâcheux. Même si la suite s'améliore, on constate ces plafonnements par exemple dans l'aigu final de l'air d'Enzo de La Gioconda. Pour se «rincer les oreilles», on attendait monts et merveilles de la basse canadienne George London dans un récital de spirituals enregistré à Munich en 1963, dont le chanteur n'autorisa jamais la publication. On le comprend un peu. Faire accompagner des negro spirituals par des choristes bavarois n'est peut-être pas l'idée du siècle! Par ailleurs, George London, dont l'intégrité vocale est préservée, abuse de sonorités couvertes (le chant dit cuppo) dont la couleur n'est pas belle.

En regrettant que Deutsche Grammophon semble avoir oublié les deux récitals des débuts de Grace Bumbry, on se tournera vers les chanteuses avec bien plus de bonheur, même si qualités et défauts sont également faciles à cerner ici. Galina Vishnievskaïa chante des mélodies de Rachmaninov et de Glinka accompagnée par Mstislav Rostropovitch au piano. Le disque est paru en 1976, soit pour les cinquante ans de la soprano russe. Le style et l'expression sont parfaits, mais la voix est déjà un peu atteinte, juste de quoi laisser des regrets en l'entendant bouger ainsi dans Vocalise, un choix de répertoire d'ailleurs inutile lorsqu'on connaît la beauté d'autres mélodies de Rachmaninov, plus adaptées aux moyens de la soprano à l'époque.

Quant à Montserrat Caballé, dans son seul récital pour DG, la voix, au début des années 1970, est tout simplement sublime. Le répertoire est français, et ce qui ne colle pas tout à fait, c'est la prononciation, avec des voyelles «é», «a» parfois exotiques. Mais, sur le plan vocal, ne vous privez pas de cela...

Dernier petit aparté: si vous lisez ces lignes, c'est que vous vous intéressez sans doute aux archives discographiques. Nous vous signalons donc un précieux coffret de 4 CD consacré aux enregistrements Columbia (1946-1950) de Claudio Arrau, enregistrements monophoniques évidemment, mais très intéressant et bien restaurés sur le plan sonore. Le Chilien, alors plus pianiste que penseur, y interprète entre autres les Préludes de Chopin, Gaspard de la Nuit de Ravel, les Sonates nos 21 et 26 de Beethoven, les Images de Debussy, les Livres I et II d'Iberia d'Albéniz et les Kreisleriana de Schumann. Ce coffret rouge, édité par United Archives, est distribué par Pelléas.

Collaborateur du Devoir

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