La Traverse miraculeuse - Rencontres maritimes entre les âges

Les Charbonniers de l'Enfer pourront enfin respirer l'air salin pendant que la soprano Meredith Hall, habituellement reconnue pour ses interprétations de pièces médiévales et baroques, se frottera au répertoire traditionnel de Terre-Neuve, sa province natale. Et ces spécialistes de l'art vocal au pluriel seront parfois accompagnés par La Nef et les Voix Humaines, deux ensembles qui puisent très loin dans le temps, de même que par le joueur de cistre Sean Dagher et Laura Risk, violoneuse spécialisée en musique écossaise, maintenant établie à Montréal. Tous seront réunis autour de chansons de bord de mer.

«Je viens du Cap-Breton et j'aime beaucoup les chansons de là-bas, précise d'entrée de jeu Kelly Rice, le réalisateur coordonnateur de la soirée. Je connais aussi le folklore acadien puisqu'il y en a dans l'île, et je pensais trouver un lien entre les provinces maritimes de l'Est canadien». Du répertoire de Terre-Neuve, de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et du Québec fut donc regroupé. «Ce fut facile à trouver. Michel Faubert et Michel Bordeleau des Charbonniers nous ont fourni des pièces en français alors que Meredith Hall connaît très bien celles de Terre-Neuve.»

La plupart des chants qui seront présentés lors de La Traverse miraculeuse le 23 novembre à la salle Redpath de l'Université McGill, évoqueront donc la mer avec son lot de naufrages, de combats navals, d'histoires de matelots, de filles qui ont perdu leur amour et tout l'imaginaire historique propre à ces régions côtières. «On va chanter des textes qui parlent de la rivalité entre les Français et les Anglais alors que l'on sera tous ensemble sur la même scène. On va s'amuser», estime Michel Bordeleau des Charbonniers.

Les parallèles seront intéressants. Presque uniques. Et là ne s'arrêtent pas les différences, puisque dans les complicités et convergences, les créateurs se livreront à une véritable rencontre entre deux univers apparemment contradictoires: ceux des musiques traditionnelle et ancienne, de l'art séculaire et savant: «Nous les Charbonniers, on a retrouvé des versions du dix-huitième siècle de pièces beaucoup plus vieilles. C'est comme si on jouait le même répertoire qu'eux, mais après deux cents ans d'utilisation. Il a évolué, s'est transformé, est passé entre les mains du peuple qui l'a écorché», s'esclaffe le célèbre podorythmiste.

«Les deux ont leur façon de travailler, poursuit Kelly Rice. Les Charbonniers chantent à l'oreille alors que les autres recherchent partitions et recueils de chansons. Ils ont harmonisé tout cela et ont rapidement appris à travailler ensemble avec une profondeur étonnante.» La soirée est donc divisée en six parties de façon à permettre à chacun des artistes d'entrer dans son propre monde, mais en ouvrant la porte pour des interactions inédites.

Collaborateur du Devoir

- La Traverse miraculeuse avec Les Charbonniers de l'Enfer, la Nef, Les Voix humaines et leurs invités, le 23 novembre à 19h30 à la Salle Redpath.