Concerts classiques - Ce n'est pas du hockey!

Il est toujours assez pénible, quand on vient se détendre en musique un dimanche après-midi de subir un discours préalable. Celui, longuet, d'hier était tenu, si j'ai bien compris, par le président du conseil d'administration de l'Orchestre du CNA. Les francophones ont eu droit à des allusions poétiques, les anglophones à des métaphores tirées de l'univers du hockey, tout cela pour dire que contrairement aux Sénateurs et au Canadien, il n'y a pas de rivalité et de compétition en musique (bien sûr...), que tout le monde finit vainqueur et que la profession d'avocat est formidable. Monsieur l'orateur semblait en effet être un avocat; il a même remercié les collègues de son cabinet!

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DIMANCHES EN MUSIQUE
Mozart: Concerto pour violon n° 3, K. 216. Hétu: Symphonie n° 3. Brahms: Symphonie n° 2. Orchestre du Centre national des arts, violon et direction Pinchas Zukerman. Salle Wilfrid-Pelletier, dimanche 19 novembre.
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Tout le monde vainqueur? C'est vite dit, car je ne vois pas ce que Brahms gagne à être dirigé par Pinchas Zukerman! Moins de six mois après la 2e Sérénade à la Basilique Notre-Dame, il s'attaquait hier, avec le même résultat, à la 2e Symphonie. Zukerman n'a pas trouvé la respiration typique de Brahms, de laquelle découlent la pulsation, le chant et la matière sonore. Très scandée — cf. le phrasé note par note du 2e mouvement — la musique ne s'épanouit pas. Il manque aussi à Zukerman la rigueur dans la cadrage des tempos: aucune raison de scléroser ainsi l'entrée en matière de la symphonie, d'emblée Allegro non troppo; aucune raison de faire fluctuer ainsi la pulsation dans le Finale. Ironie absolue: le seul moment où Zukerman soutient le rythme est la section «tranquillo-sempre più tranquillo» avant la réexposition du Finale, la seule où la respiration pourrait se relâcher! L'orchestre est décent, mais en rien impressionnant, surtout les cuivres —cors, trompettes, trombones.

Les cors se signalent d'ailleurs dès le concerto de Mozart par une somme de bévues. Zukerman joue la partie soliste de manière très intimiste, avec des nuances subtiles. Tout n'est pas toujours imparablement juste, mais l'esprit, assez romantique, est chaleureux. Le chef a eu par ailleurs le mérite d'imposer au programme la 3e Symphonie de Jacques Hétu (1971), composition qui oppose de manière récurrente pendant quinze minutes des épisodes de calme menaçant et des éléments plus énergiques. Jacques Hétu est aujourd'hui un créateur plus subtil, mais, enrobé dans des habits qui semblent prêtés par Henri Dutilleux, le style du compositeur est déjà présent dans cette oeuvre vieille de 35 ans.

Collaborateur du Devoir