Vitrine du disque

Instrumental
À l'abri du convoi
Psychocaravane
L—Abe/Select

À vos chapeaux de cowboys, Psychocaravane est de retour! Le trio composé de Roger Miron (Les Chiens), Jean Larocque et d'Éric Rathé livre son second effort, À l'abri du convoi, un disque intrumental aux saveurs country-rock et aux ambiances poussièreuses. Au fil des 13 pièces se succèdent les routes de terre brulées par le lourd soleil du Nouveau-Mexique, les siestes sur la large banquette arrière de la Cadillac décapotable, l'entrée au village perdu sous les regards des résidents inquiets, voire quelques bottes de foin poussées par le vent... Il y a du Ennio Morricone là-dessous — c'est une évidence, parfois un peu trop évidente —, et même une petite touche de vieux Genesis à la fin de En otage. À l'abri du convoi se laisse écouter très facilement, tellement qu'on peine un peu à en retenir un air, mais quand on s'y attarde, on ne peut qu'apprécier le son bien travaillé des guitares, des claviers et du lap-steel. Psychocaravane vous offre une bonne trame sonore, à vous de vous faire le cinéma.
Philippe Papineau

Électro
Amour
Jimpster, Fusion III

Avec l'âge, tout le monde s'assagit, c'est bien connu. Le DJ britannique Jimpster ne déroge pas à cette règle. Et cette dernière création musicale, la première depuis son Domestic Science On Kudos (2003), en témoigne. Après avoir rythmé les pistes de danse de l'Europe rave et électro, l'alchimiste du code binaire explore désormais des univers franchement plus casaniers et pantouflards avec cet Amour qui vient de débarquer en Amérique du Nord après un lancement remarqué de l'autre côté de l'Atlantique l'été dernier. Normal: sous ce titre accrocheur, Jimpster livre en effet ici un assemblage, à écouter dans son salon ou sa chambre à coucher, de 13 pièces ancrées dans des tonalités down tempo qui fleurent bon l'électro un brin cochonne, comme dirait l'autre. Bref, rien pour déplaire. Du minimalisme de Distant Light (la chute de cet album) à la sensualité très jazzy qui se dégage de Slippin' (un morceau de choix mettant en vedette Elsa Hedburg), cette balade sonore exploite toutes les textures sonores à la chaleur débordante qui animent la branche décorative de la scène électro mondiale.
Fabien Deglise

Chanson
12h33
Jeronimo, Anorak - V2 - D7
Belge, oui, mais pas rigolo: le deuxième disque de Jérôme Mardaga, dit Jeronimo, qui lui vaut le prix Rapsat-Lelièvre 2006, est sombre, très beau et très sombre. La seule issue, comprend-on, est l'expression même de ce mal de vivre. D'où ces titres jojos et hilares: Je vais tout plaquer sauf toi, Les mains qui tremblent, Pour partir (avec sa finale de fin du monde) et la primesautière Tous les gens que tu aimes vont mourir un jour. Même Avoir un petit, chanson dans laquelle une femme tente de convaincre son homme qu'avoir un enfant «change la vie», se termine sur un échec: le gars est fichu à la porte. Lucidité ou pessimisme? Catharsis, en tout cas. À force d'écouter, on comprend qu'entre les lignes écrites au trait noir foncé et les guitares grinçantes, il y a Jeronimo qui continue d'avancer, avec l'espoir de ne pas correspondre au portrait implacable qu'il dessine. C'est la douleur même, la douleur d'avoir aimé, comme dans la chanson De l'autre côté de la mer, qui le sauve. Puisqu'il peut encore ressentir ça, tout est encore possible. Et d'abord un bon disque. Sylvain Cormier

Classique
DU FAY
Vissa Sancti Jacobi. La Reverdie. Arcana A 342 (distr. Pelléas).
Vous avez écouté les Gurre-Lieder de Schoenberg cette semaine et voulez retourner aux racines de la musique? Vous aviez assisté aux concerts de l'Ensemble Huelgas et n'en êtes toujours pas revenu? Voici le CD qu'il vous faut. Il est lumière et tristesse à la fois. Tristesse, parce que Michel Bernstein, l'un des plus grands éditeurs de disques des cinquante dernières années (il créa Astrée et y engagea notamment Jordi Savall), est décédé il y a quelques semaines et qu'il s'agit là de l'un de ses derniers opus. Lumière, parce que Michel Bernstein, preneur de son inspiré, qui savait si bien faire respirer la musique, a capté cette messe de Guillaume Du Fay, écrite autour de l'année 1426, dans un espace sonore qui laisse s'épanouir toute la pureté de ses lignes. La Reverdie est depuis vingt ans l'un des ensembles à la pointe de la recherche et de l'exécution de musiques médiévales. La subtilité, l'équilibre avec des instruments, ainsi que la pulsation recréée pour chaque mouvement sont tout simplement parfaits, dans un disque érudit, touché par la grâce. Christophe Huss

Classique
DEBUSSY
Les Préludes (livres I et II), Steven Osborne (piano). Hyperion CDA 67530 (distr. SRI).
Les livres de Préludes de Debussy sont devenus, ces vingt dernières années, l'une des oeuvres pianistiques les plus enregistrées. Jadis l'apanage de Walter Gieseking, Monique Haas et Robert Casadesus, les Préludes ont attiré une large attention avec les enregistrements d'Arturo Benedetti Michelangeli (DG) (bien moins déterminants que la légende le laisse supposer). Claudio Arrau en a gravé une version à part, brumeuse et aux sonorités profondes, ce qui a laissé la voie libre à Krystian Zimerman pour décaper l'ensemble et l'éclairer. Depuis cet enregistrement majeur, les grands interprètes se sont appelés Zoltan Kocsis (Philips), Alice Ader (Pianovox) et Hakon Austbø (Simax), tous très analytiques. Steven Osborne réussit d'abord la prouesse d'attirer l'attention dans une telle pléthore. Et on s'aperçoit que, tout en restant fidèle au texte, il conjugue, comme Zimerman mais avec plus d'élan, rigueur et narration. Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir: c'est la plage 4, celle où Osborne nous agrippe, celle qui résume la magie d'un disque. C. H.